Tête-à-tête l'ex-007 George Lazenby

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L'ex-James Bond George Lazenby est de passage à Québec pour la présentation du documentaire Becoming Bond, samedi, au Palais Montcalm.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Rien ne destinait George Lazenby à une carrière d'acteur. Encore moins à devenir James Bond, à 29 ans, le plus jeune de l'histoire, dans Au service secret de Sa Majesté (1969), devenu un film culte. Le modeste Australien de naissance a pourtant connu toute une vie hollywoodienne. Et à 78 ans, le sympathique géant, très affable et de bonne humeur, n'a rien perdu de sa prestance et de son charisme.

Bien calé dans un confortable fauteuil de son hôtel de Québec, l'homme, cheveux blancs ramenés par en arrière, polo ligné et pantalon sport couleur sable, veut bien nous accorder une entrevue même s'il s'agit de son premier séjour ici. Il est l'invité du Festival de cinéma de la ville de Québec (FCVQ) qui présente Becoming Bond de Josh Greenbaum, documentaire consacré à son improbable carrière - il vendait des voitures à Londres lorsqu'un recruteur le convainc de devenir modèle. Une chose en entraînant une autre, il tourne des publicités où Albert R. Broccoli, le fameux producteur des 007, le remarque. Le reste appartient à la petite histoire du cinéma.

De nos jours, George Lanzenby est confortablement installé à Santa Monica, Californie, pas très loin de ses trois enfants qui vivent avec leur mère, Pam Shriver. C'est justement l'ex-joueuse étoile de tennis qui appelle au début de notre entretien, pour des petits soucis de santé du benjamin. Nous avons ensuite pu reprendre le fil de notre conversation.

Q  Après ce premier film de James Bond, on vous a offert un contrat pour plusieurs films et 1 million $ en prime à la signature. Vous avez refusé et indiqué, avec le recul, que c'était une erreur. Plusieurs versions ont circulé. Si vous nous racontiez ce qui s'est réellement passé?

R  Ronan O'Rahilly, mon agent, m'a convaincu que c'en était fini de James Bond. C'était l'époque d'Easy Rider et ce genre de films. Il a ajouté que personne ne réussirait à surpasser Sean Connery [le premier 007 au cinéma]. Ils te mettent dans une drôle de position alors que tu es un acteur débutant. Tu peux faire autrement : il y a Clint Eastwood qui tourne des westerns en Italie et qui reçoit 500 000 livres pour un mois [de tournage]. [Les producteurs] ont augmenté mon indemnité de 100 $ à 1000 $ par jour et j'ai quand même refusé (rires). Pourquoi j'ai fait ça? D'un autre côté, c'était l'époque des hippies. J'aimais bien baiser. Et les gars en habit ne baisaient pas aussi souvent que les hippies. [...] Je me suis dit qu'il fallait que j'en devienne un. Je me suis laissé pousser les cheveux et la barbe. J'y suis allé comme ça à la première...

Q  Ensuite, qu'avez-vous fait?

R  Je suis allé aux États-Unis où je me présentais aux émissions de télé en disant que j'étais le nouveau James Bond. Le film n'était pas encore sorti, mais je les ai toutes faites, même Johnny Carson. Puis un jour à New York, je suis arrivé à l'hôtel et il y avait beaucoup de gens. J'étais au milieu de foule, puis quelqu'un a dit : «C'est lui.» (rires) L'hôtel m'a jeté dehors en raison du chaos que je créais. La vie était soudainement très différente.

George Lazenby incarne James Bond dans Au service secret... (Archives Le Soleil) - image 2.0

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George Lazenby incarne James Bond dans Au service secret de Sa Majesté (1969).

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Q  Avez-vous essayé de profiter de votre nouvelle renommée?

R  J'essayais de tourner, mais la compagnie [de production des James Bond] leur disait que j'étais sous contrat. Je leur disais que je n'avais rien signé. Personne ne me croyait. Ils faisaient ça pour m'empêcher de travailler et me convaincre de revenir au bercail. Il n'y a qu'Aldo Lado, l'assistant de [Bernardo] Bertolucci, qui était prêt à prendre le risque pour son premier film, Chi l'ha vista morire? Ensuite, je suis parti en mer faire de la voile pendant 15 mois. Il y avait cette fille qui me disait qu'elle ne pouvait pas tomber enceinte. Je lui ai dit : viens avec moi. La première chose que j'ai su, elle était enceinte... Notre fille Melanie est maintenant courtière immobilière à New York. Je suis tombé en amour quand elle est née. 

Q  Mais vous avez dû retourner sur le plancher des vaches pour trouver du boulot d'acteur?

R  Je suis allé voir Bruce Lee [le célèbre acteur d'arts martiaux]. Il a vu que j'étais fauché. Ça ne faisait même pas deux heures qu'on se connaissait et il m'a donné 10 000 $ [comme avance] pour un film. On a passé trois jours ensemble puis il est mort [le 20 juillet 1973]. Mais un tueur engagé par le producteur m'a enseigné le kung-fu pendant trois mois tous les jours. Ma femme était bien heureuse parce que mon corps se raffermissait (rires). J'ai fait trois films pour eux. Ça m'a mis sur une lancée pour quelques années.

Q  Vous avez ensuite pris une décision, disons étrange, en tournant dans huit téléfilms de la série érotique Emmanuelle (1992-1998). Pourquoi?

R  J'avais besoin d'argent. J'ai juste dit : "fuck it". Je n'étais pas dans une situation où je pouvais faire la fine bouche. Je devais prendre ce qui se présentait. La plupart du temps par accident. Comme cette fois où je marchais dans les studios de Warner et cette fille me crie : «George, peux-tu aller à Singapour? Ils ont besoin d'un acteur pour deux épisodes d'Hawaï 5-0.» J'y suis allé et Jack Lord [le premier rôle] a essayé de me faire expulser parce qu'il me trouvait trop beau. Ils m'ont grimé en sans-abri (rires). Un acteur de la production m'a ensuite présenté Peter Bogdanovich pour le tournage de Saint Jack (1979). Ça a toujours été comme ça : de la chance. Je n'ai jamais été un acteur hollywoodien établi.

Q  Vous avez eu une sacrée vie?

R  Oh yeah.

Q  Des regrets?

R  Bien sûr. Quelques-uns.

Q  Mais ce documentaire sur votre vie, Becoming Bond, n'était tout de même pas un coup de chance?

R  C'est David de Rothschild, que je connaissais, qui m'a présenté au réalisateur [Josh Greenbaum]. Ils m'ont installé dans un studio et j'ai fait la narration. Je n'ai rien vu du tournage. Mais les acteurs ne sont pas aussi bons que moi (rires).

Q  En avez-vous terminé avec le métier d'acteur?

R  Non. Je n'ai jamais voulu commencer et je ne veux pas arrêter (rires). Je prends la vie comme elle vient. Si je suis ici [aujourd'hui], c'est parce qu'on m'a invité et que je n'avais rien de mieux à faire...

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Becoming Bond est présenté samedi au Palais Montcalm, à 14h, en présence de George Lazenby.

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À voir au FCVQ samedi

  • Ailleurs (Samuel Matteau), Palais Montcalm, salle Raoul-Jobin, 19h
Le premier long métrage du créatif Samuel Matteau a droit aux grands honneurs de la compétition et d'une première mondiale dans sa ville! Entièrement tourné à Québec, ce récit initiatique suit deux jeunes en fugue. Honnêtement, un incontournable de cette 7e édition.

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  • Beach Rats (Eliza Hittman), Palais Montcalm, salle d'Youville, 20h
Un film qui a obtenu des critiques très élogieuses après son passage à Sundance, à propos d'un ado qui essaie de sublimer son quotidien en traînant avec ses amis, une bande de délinquants, et en flirtant sur le Web avec des hommes plus âgés...

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  • Origami (Patrick Demers), Les gros becs, 21h30
Deuxième long métrage du réalisateur québécois, qui s'est taillé un beau succès d'estime avec Jaloux (2010). Celui-ci s'intéresse à un voyageur singulier qui peut se mouvoir sur sa propre ligne de temps. En compétition.




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