Elvis: un rendez-vous manqué avec le cinéma

Elvis dans Jailhouse Rock en 1957... (Archives Le Soleil)

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Elvis dans Jailhouse Rock en 1957

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(Québec) Malgré son succès colossal sur disque - plus d'un milliard d'albums vendus -, Elvis Presley n'a jamais connu la carrière souhaitée au cinéma et une véritable reconnaissance comme acteur. Lui qui se voyait en émule de James Dean a été cantonné le plus souvent dans des productions de série B qui le laissèrent aigri. Le King au grand écran ou l'histoire d'un rendez-vous manqué.

Le 9 septembre 1956, un jeune chanteur de 21 ans aux cheveux teints en noir ébranle l'Amérique en interprétant en direct Don't Be Cruel et Love Me Tender au Ed Sullivan Show, à New York, devant un auditoire de 60 millions de téléspectateurs. Le «King du rock'n roll» venait d'entrer dans la légende. À l'autre bout du pays, Hollywood ne tarde pas à voir dans ce beau bonhomme au sourire dévastateur une façon de faire sonner les tiroirs-caisses.

Quand son gérant, le colonel Parker (de son vrai nom Andrea Cornelis van Kuik), un faux colonel ayant fui les Pays-Bas après un sombre fait divers, lui fait signer son premier contrat pour le film Love Me Tender (Le cavalier du crépuscule), Elvis ne se doute pas que cette carrière qui s'amorce, et qui comptera au final 31 longs métrages, laissera un piètre souvenir dans les annales. Aucun de ses films ne décrochera la moindre nomination aux Oscars.

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Love Me Tender

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Alors qu'il rêve d'avoir son étoile sur Hollywood Boulevard et de marcher dans les traces de James Dean et de Marlon Brando, Elvis doit se résoudre à enfiler les films où ce sont d'abord ses talents de chanteur qui sont mis à l'avant-plan. Plus que tout, il veut signer un vrai film, et non «un film avec Elvis Presley». Quand il apprend qu'il doit y aller de quatre chansons dans Love Me Tender, on raconte qu'il serait devenu fou de rage.

C'était sans compter de la mainmise exercée sur sa carrière par son imprésario. Au plan marketing, le colonel Parker ne laissait aucun détail au hasard pour mettre en valeur le talent de son célèbre client. Pour lui, le cinéma représentait une façon de garantir la visibilité d'Elvis partout dans le monde sans avoir à sortir du pays. 

Avant l'ère de la convergence, l'omnipotent imprésario voyait aussi le grand écran comme un instrument de promotion pour faire vendre des disques. En retour, les disques permettaient d'amplifier le succès du film, et rebelotte. D'où sa volonté de voir à ce que chaque long-métrage compte au moins quatre ou cinq chansons du King.

Bellâtre aseptisé

Malgré son ressentiment et les mauvaises critiques à son endroit - «gras, mou, inexpressif» écrira-t-on - Elvis continue à s'impliquer dans le cinéma de façon professionnelle, allant jusqu'à tourner trois films par année. Pendant ce temps, le colonel Parker voit à faire tomber les dollars dans la machine Elvis, peu importe la médiocrité des scénarios proposés.

Lentement, le rêve d'Elvis de marcher dans les traces de James Dean s'évanouit. En coulisses, on parle davantage de lui comme d'un bellâtre aseptisé et faussement rebelle, plus proche de Pat Boone que du rebelle d'À l'est d'Éden. Natalie Wood, partenaire de Dean à l'écran, le voit comme quelqu'un ayant un «côté enfant perdu, poli, clean et indifférent à la notoriété», ajoutant que «c'était probablement le meilleur être humain que j'aie rencontré».

Sur le plateau de G.I. Blues (Café Europa en uniforme), Elvis éprouve du mal à cacher sa frustration d'avoir à jouer un personnage aussi fade et conventionnel. «Et pour ne rien arranger à l'impression de bêtise et au sentiment d'humiliation que lui a laissé le film, écrit Peter Guralnick dans Elvis Presley - Careless Love, les gars avaient des petits sourires en coin devant les scènes "mignonnes" qu'on lui faisait jouer et ses vains efforts pour contrôler son débit vocal, accéléré par les amphétamines.»

Même devant la caméra du talentueux Don Siegel, sur le plateau de Flaming Star (Les rôdeurs de la plaine), Elvis ne parvient pas à trouver ses repères. «Malgré toute sa sincère application [...], jamais il ne semble à l'aise à l'écran. Il est raide, peu sûr de lui, il mange perpétuellement ses mots, ajoute Guralnick. Lui qui est le plus instinctif des interprètes [...] semble incapable de jouer en s'en remettant à son instinct. Au lieu de cela, il patauge à la recherche de gestes types.»

Le mieux payé

Malgré les productions médiocres qui s'accumulent au compteur, Elvis reste néanmoins un nom «bankable» au box-office. Au début des années 60, des contrats avec MGM et United Artists lui garantissent jusqu'à 650 000 $ par film. Il devient la star la mieux payée d'Hollywood en raison de sa capacité à tourner plusieurs productions par année. À l'époque, une vedette comme Elizabeth Taylor pouvait obtenir 750 000 $ pour un seul film, mais qui coûtait deux fois plus cher et dont le tournage prenait deux fois plus de temps.

Ajoutez à cela une participation juteuse aux profits et on comprend que le King avait alors davantage à s'inquiéter de la fin du monde que des fins de mois...

«[Le colonel Parker] était parvenu à signer pour plusieurs films dans un climat de doute, écrit Peter Guralnick. Il n'était pas rare de lire dans la presse des titres comme : ''L'intérêt pour Elvis va-t-il se maintenir?'' et c'était le genre d'inquiétudes que l'on entendait souvent formuler du côté des studios de cinéma, dès qu'il était question d'argent.»

La fin des haricots

Au milieu des années 60, sa carrière au grand écran pique du nez. La formule du chanteur guimauve inséré dans un scénario sans envergure, prétexte à recycler des chansons de moins en moins rock pour un public de plus en plus âgé, n'a plus la cote.

Pour ajouter à la débandade, Elvis est également victime de la nouvelle culture musicale des sixties. En plein mouvement «Peace and Love», de nouvelles voix s'imposent, comme les Beatles et les Rolling Stones. Dans les circonstances, Elvis apparaît plus que jamais comme un dinosaure.

La star s'isole dans sa maison de Beverly Hills, prend du poids, abuse des médicaments en écoutant en boucle Bullitt et L'inspecteur Harry. À moins qu'il ne songe à cette vieille idée qu'il avait eue, un jour, de tourner le remake du film muet The Way of All Flesh, dans lequel un brave homme, ruiné et ayant trop honte pour avouer son échec à sa femme et à ses enfants, se lance dans une vie d'errance sans but.

Comme le King lui-même l'a déjà dit dans une rare confession : «Une chose est pire que de regarder un mauvais film, c'est d'en être l'interprète»...

Cinq films du King

  • 1 Love Me Tender/Le cavalier du crépuscule (1956)
Réalisateur: Robert D. Webb

L'histoire: Un hors-la-loi revient au bercail à l'époque de la guerre de Sécession pour découvrir que son jeune frère, Clint Reno (Elvis), a marié sa bien-aimée.

En coulisses: C'est dans ce premier grand rôle au cinéma, un western, qu'Elvis, alors âgé de seulement 21 ans, interprète l'un de ses plus grands succès, Love Me Tender.

  • 2 Jailhouse Rock/Le rock du bagne (1957)
Réalisateur: Richard Thorpe 

L'histoire: Condamné pour homicide involontaire, Vince Everett se lie d'amitié derrière les barreaux avec un ancien chanteur de country déchu qui lui enseigne la guitare. À sa sortie de prison, il entame sa route vers la gloire.

En coulisses: La covedette du film, Judy Tyler, mourra dans un accident de la route trois jours après la fin du tournage, en juillet 1957. On dit qu'Elvis, bouleversé par sa disparition, ne voulut plus jamais revoir le film. La chanson éponyme, Jailhouse Rock, a été classée au 67e rang des 500 plus grandes chan-sons de tous les temps.

  • Blue Hawaii/Sous le ciel bleu d'Hawaii (1961)
Réalisateur: Norman Taurog

L'histoire: Rentré de l'armée, Chadwick Gates retrouve Hawaii, la plage, le surf et les filles, au grand dam de son père qui voudrait voir son fils joindre l'entreprise familiale d'ananas en conserve...

En coulisses: Le premier de trois films d'Elvis tournés à Hawaii, suivi par Girls! Girls! Girls! en 1962 et Paradise Hawaiian Style en 1965.

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Viva Las Vegas

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  • Viva Las Vegas/L'amour en 4e vitesse (1964)
Réalisateur: George Sidney

L'histoire: Inscrit au Grand Prix automobile de Las Vegas, Lucky Jackson affronte l'aristocrate italien Elmo Mancini. Les deux hommes convoitent la même fille, Rusty Martin. 

En coulisses: Sur le plateau de tournage, Elvis et l'actrice principale, Ann-Margret, ont développé une liaison qui déclencha une foule de ragots. Dans ses mémoires, la comédienne parla d'Elvis comme de son «âme soeur».

  • Change of Habit/L'habit ne fait pas la femme (1969)
Réalisateur: William A. Graham

L'histoire: Un médecin, le Dr John Carpenter, qui travaille dans une clinique d'un quartier défavorisé, s'amourache d'une infirmière qu'il ignore être une religieuse (Mary Tyler Moore).

En coulisses: Dernière présence d'Elvis au grand écran. 

Sources : Elvis Presley : Careless Love (de Peter Guralnick), L'Express, imdb.com, Allociné, Graceland.com




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