Les proies: relecture féminine ***

Les actrices brillent de tous leurs feux dans... (Fournie par Focus Features)

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Les actrices brillent de tous leurs feux dans Les proies, en particulier Kirsten Dunst dans un rôle à fleur de peau.

Fournie par Focus Features

Le SoleilÉric Moreault 3/5

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CRITIQUE / Sofia Coppola aurait pu marquer l'histoire du récent Festival de Cannes avec Les proies (The Beguiled) en devenant la première réalisatrice à remporter seule la Palme d'or. Les astres étaient bien alignés, mais son drame manquait de tonus et de personnalité. La réalisatrice américaine est tout de même repartie avec la récompense de la mise en scène, qui faisait figure de prix de consolation.

Coppola en était à sa quatrième présence sur la Croisette, troisième en Sélection officielle après Bling Ring (2013) et Marie Antoinette (2006, sous les huées). Il était évident que le jury voulait décerner des prix aux réalisatrices en compétition cette année, histoire de passer un message. Dans ce cas-ci, c'était nettement exagéré.

Remarquez, je suis biaisé : je n'aime pas beaucoup le travail de la fille de Francis Ford. Ses réalisations sont trop maniérées et lisses. J'étais quand même dans de bonnes dispositions au visionnement, compte tenu du sujet et de la distribution féminine, notamment Nicole Kidman, Kirsten Dunst et Elle Fanning. 

La cinéaste a plutôt bien réussi son coup avec ce drame à costumes, même si ce n'est pas transcendant. Les proies se déroule en 1864, en pleine guerre de Sécession, dans le Sud profond. Un soldat yankee (Colin Farrell), blessé, est recueilli par les pensionnaires d'une école pour jeunes filles.

Déjà adapté par Don Siegel en 1971 avec Clint Eastwood, Coppola a voulu présenter cette histoire de l'irruption d'un homme dans un monde de femmes (cinq élèves, une prof et une directrice) du point de vue de celles-ci. 

Dans un tel microcosme sous tension (sexuelle), on entend constamment en sourdine les bruits de la guerre qui fait rage, qui traduisent la peur induite par cette appréhension d'un conflit qui peut faire irruption à tout moment dans un monde préservé de la violence et de la cruauté des hommes. L'arrivée du caporal John McBurney va libérer les tensions qui couvaient jusque-là.

Jalousie, culpabilité et rivalité vont avoir des conséquences funestes. Après une première moitié plus classique, surtout basée sur les regards, Les proies va se transformer en drame gothique avec un humour très noir, parfaitement dosé. À noter que sur le plan métaphorique, c'est la gent féminine qui fait entrer «le diable» dans la maison, où toutes les femmes sont cloîtrées à l'abri de la tentation...

La forme plus que le fond

Coppola a toujours brillé de façon plus ardente sur la forme que sur le fond. C'est encore le cas, de façon moins marquée. Les extérieurs sont luxuriants alors que les intérieurs, dans ce presque huis clos en clair-obscur, prennent une tonalité oppressante grâce à la magnifique photo de Philippe Le Sourd (Le grand maître de Wong Kar-wai, 2013) en pellicule 35 mm. Le dernier plan des Proies, superbement composé, vaut à lui seul le déplacement.

J'aurais tout de même aimé une relecture plus radicale de ce classique. Cette autre version du livre de Thomas P. Cullinan (1966) n'est pas assez troublante et transgressive, et en grand manque d'une véritable tension sexuelle, à peine esquissée. 

Les actrices par contre, brillent de tous leurs feux, en particulier Kirsten Dunst dans un rôle à fleur de peau. Quant à Colin Farrell, en animal en cage, il est d'une bestialité irréprochable.

Ça demeure un film d'auteur américain comme on en voit trop peu - la preuve, il est présenté à Québec seulement au Clap, en version originale anglaise, ce qui est tout de même hallucinant avec une telle distribution et son prix remporté à Cannes. Au moins, les cinéphiles n'auront pas attendu un an avant de le voir sur grand écran. Juste une semaine plus tard qu'à Montréal...

Au générique

  • Cote: ***
  • Titre: Les proies (présenté en v.o.a.)
  • Genre: drame
  • Réalisatrice: Sofia Coppola
  • Acteurs: Colin Farrell, Nicole Kidman et Kirsten Dunst
  • Classement: général
  • Durée: 1h31
On aime: la photo magnifique, la distribution impeccable, la perspective féminine

On n'aime pas: l'aspect trop sage, le manque de personnalité




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