La déclaration d'amour de Nicolas Bedos

Partenaires dans la vie comme à l'écran, Nicolas... (Fournie par MK2-Mile End)

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Partenaires dans la vie comme à l'écran, Nicolas Bedos et Doria Tillier ont coécrit Monsieur et Madame Adelman, une comédie de moeurs caustique sur un couple qui traverse les épreuves et les époques.

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(Québec) Nicolas Bedos était attendu avec une brique et un fanal en France pour sa première réalisation, dans lequel il joue le rôle principal. Irrévérencieux, fêtard, homme à femmes, polémiste, un brin narcissique, selon son célèbre père Guy Bedos, l'artiste de 37 ans ne laisse personne indifférent. Évidemment, il m'a fait faux bond lundi. Le lendemain, il prévient de faire ça court, sa copine se meurt de faim. Sympathique...

On lui pardonne vu qu'il s'agit de Doria Tillier, qui a coécrit Monsieur & Madame Adelman et lui donne brillamment la réplique. L'actrice de 31 ans a servi de déclic à son envie de cinéma, après deux échecs («ça m'a traumatisé un peu») et beaucoup de temps consacré au théâtre et à la télévision. «C'est elle qui m'a donné confiance.» 

Cette arrivée sur le tard a été une bonne chose, juge-t-il, d'autant que la critique a été «relativement clémente» avec le long métrage, qui a aussi été plutôt bien reçu côté public pour un film d'auteur ambitieux sur le plan formel - on suit les personnages pendant un demi-siècle.

«Je ne cessais de me demander quel serait le meilleur premier film. J'ai perdu du temps à douter. Et des choses moins essentielles ont pris beaucoup de place.» Ces années de réflexion et de doute «m'ont permis de préciser mes envies. Avec le temps, on fait du cinéma comme on l'aime et non pas comme on aimerait le faire pour faire plaisir à des chapelles, la galerie, je ne sais qui», analyse celui qui se décrit comme «un melting-pot de beaucoup de cinéma». Il cite volontiers Cassavetes, Scorsese, Paul Thomas Anderson (et aucun cinéaste français...).

Résultat : une comédie de moeurs caustique sur un couple qui va traverser les épreuves et les époques; lui, Victor, un écrivain «qui vieillit mal», et elle, Sarah, une femme de l'ombre «qui vieillit bien». Autrement dit, une variation sur l'amour à l'épreuve du temps, «puis l'évolution des sentiments en fonction des époques».

Hommage aux femmes

Le film repose sur les épaules de Sarah. «Elle est la porte-parole de ma mère, d'une petite amie que j'ai eue, de ces femmes que j'ai beaucoup observées... Je m'y suis un peu plus intéressé parce que c'est elle qui raconte l'histoire. Doria, d'ailleurs, pendant l'écriture du scénario, me disait souvent : "n'oublie pas Victor." C'est mon côté sentimental. Je suis plus intéressé par les femmes que par les hommes. Et je ne m'aime pas beaucoup. J'avais plus de plaisir à la filmer qu'à me filmer. C'est ce qui fait que le film est une forme de déclaration d'amour aux femmes.»

Un juste retour du balancier puisque l'artiste confie avoir beaucoup été encouragé par les femmes de sa vie. Une façon de leur rendre hommage, mais aussi à ces femmes d'artistes, de politiciens, de restaurateurs, qu'il a côtoyées dans sa jeunesse. À l'instar de Flaubert et sa Bovary, Bedos est Victor, «un cauchemar de moi. J'espère mieux vieillir», rigole-t-il.

«Dans une première oeuvre, on parle bien de ce qu'on connaît bien. Je suis un écrivain et lui aussi. Mais ça reste une fiction. Je me suis aussi beaucoup inspiré de certains amis de mon père.»

Ce paternel humoriste dont le poids n'est pas trop pesant, jure-t-il en rappelant que chacun est le fruit de son enfance et que la seule différence est que son père était célèbre. «La chance et la cruauté de ces métiers publics, c'est que pour les gens de moins 35 ans, mon père n'est pas une référence. C'est à la fois angoissant, parce que ça démontre la cruauté de nos métiers où on est oublié, et c'est, en même temps, une chance. Si mon père m'avait eu plus jeune, j'aurais eu plus de mal à me sortir de cette comparaison permanente.»

Les nombreuses références littéraires dans Monsieur & Madame Adelman s'expliquent par ce qui précède. Cette influence s'étend jusqu'à la forme du film où les deux protagonistes se mettent en scène et où Victor y puise la matière pour ses romans. 

«Ces scènes de vie sont des films dans le film. Le film est un grand roman. Je voulais aussi montrer comment les livres qu'on écrit sont aussi des lettres à soi-même, à sa femme, à sa mère... Le film s'amuse à montrer comment ces personnages vivent leurs vies comme ils écrivent. Ça les rend un peu plus théâtraux, un peu plus soucieux de la poésie de leur réplique. Ils se regardent vivre.»

Monsieur & Madame Adelman n'est pas pour autant un reflet du couple formé par Nicolas Bedos et Doria Tillier. Des improvisations sur différents personnages qu'ils s'amusaient à incarner, dans l'intimité, ont servi de base. Puis les auteurs s'en sont éloignés et se sont amusés à se projeter dans le futur, une forme d'exorcisme, au fond.

Mais sans jamais trop s'éloigner. D'ailleurs, Nicolas Bedos nous quitte sur une boutade qui en dit long : «J'ai un miroir dans ma salle de bains.»




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