Falardeau au pays des boxeurs

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Avec Chuck, Philippe Falardeau relate l'incroyable parcours du boxeur Chuck Wepner, qui a inspiré le personnage de Rocky.

La Presse, Robert Skinner

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(Québec) Au bout du fil, Philippe Falardeau était tout à sa joie de retrouver Montréal après quelques séjours à l'étranger et de savourer sa double paternité : celle de sa fille de six mois et de Chuck, son deuxième long métrage américain. Le drame raconte l'incroyable aventure - qui dépasse la fiction - d'un obscur boxeur du New Jersey qui va tenir 15 rounds contre Muhammad Ali, inspirer à Sylvester Stallone son Rocky, se ramasser en prison puis trouver la rédemption dans l'amour.

Surnommé Bayonne Bleeder au début de sa carrière... (Fournie par Entract Films) - image 1.0

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Surnommé Bayonne Bleeder au début de sa carrière chez les pros, Chuck Wepner (Liev Schreiber) a connu un parcours marqué d'excès et de dérapages.

Fournie par Entract Films

En consultant l'incroyable parcours de Chuck Wepner, on comprend mieux l'intérêt du réalisateur. Né en 1939, Wepner grandit dans les rues calamiteuses de Bayonne, New Jersey, où il apprend à se défendre. Enrôlé dans les marines, il perfectionne son art et, surtout, sa grande capacité d'encaisser. Ce qui lui vaudra son surnom du Bayonne Bleeder au début de sa carrière chez les pros - le drame de Falardeau s'intitulait d'ailleurs The Bleeder. Mais un titre semblable pour un film sorti l'an passé a convaincu le distributeur américain d'en changer le nom récemment.

Wepner réussit à se hisser jusqu'au huitième rang des prétendants au titre des poids lourds, que décroche Ali en 1975 avec sa victoire contre George Foreman (qui a avait passé le K.O. au Bleeder précédemment). Au lendemain de ce légendaire Rumble in the Jungle, l'excentrique promoteur Don King «voulait faire un show» avec un combat Noir/Blanc. Le seul boxeur sur les rangs : Wepner. Qui va tenir son bout, contre toute attente. Et «réussir à rendre la foule sympathique à sa cause. Un underdog, tout le monde aime ça», explique Falardeau.

Coké devant Stallone

Un peu trop. La célébrité subséquente va entraîner cet irresponsable narcissique un peu pathétique, néanmoins sympathique, dans un dérapage incontrôlé d'excès et de gaffes. De la matière brute à cinéma. «Plus c'est invraisemblable dans le film, plus c'est vrai», souligne l'homme de 49 ans. Comme son combat contre le lutteur André le géant ou un ours...

Le réalisateur n'a pas eu à trop prendre de libertés avec la réalité. «Je sais qu'il est allé auditionner pour Rocky II. Il était sur le party et est arrivé coké. Stallone lui a dit : "Va aux toilettes répéter tes lignes et n'essaie pas de jouer quelqu'un d'autre. Reste toi-même." À partir de là, il faut que j'invente une dramaturgie de la scène.»

L'ordre de certains événements a été altéré «pour créer une courbe dramatique plus cohérente et on a compressé énormément. Mais sur le fond, dès que c'est rocambolesque, plus c'est vrai». Autrement dit, tout un personnage! «Que je connaissais pas. Quand j'ai lu le scénario, je n'arrêtais pas de dire : "Ben voyons donc."»

Avec Philippe Falardeau à la réalisation, Chuck, qui met en vedette Liev Schreiber et Elisabeth Moss, devient un drame sportif pas comme les autres. Sa sensibilité permet de montrer que derrière ses comportements excessifs, les rôles qu'il joue et sa quête de reconnaissance, Wepner cherche surtout à se faire aimer. Ce qui donne toute sa pertinence à ce long métrage poignant. «On peut dire sans trop se tromper qu'on est dans une société qui carbure à l'obsession des célébrités, celle des autres, mais aussi celle qu'on aimerait se fabriquer à travers les réseaux sociaux.»

Le boxeur est aussi victime de la folie collective de son temps et de ses moeurs dissolues, où personne ne se cachait pour faire une ligne. «Il y a quelque chose qui exalte de l'excès. C'était avant les années sida. C'était bar open, dans tous les sens du terme. Son histoire n'aurait peut-être pas été la même, n'eût été la culture des bars, de la drogue et de la musique.»

Musique des années 70

Parlant de musique, Falardeau ne cache pas s'être éclaté, puisant dans le rock, le disco et le funk de son enfance. Certains choix trop onéreux ont pris le bord, mais le résultat est là. «Les producteurs, quand ils ont entendu la première version, ils ont eu peur. Mais ils ont compris que le film allait vivre et mourir avec sa trame sonore : les années 70 sont trop liées à la musique.»

Même chose pour l'image, qui reproduit le grain de l'époque, ce qui a permis l'insertion d'images d'archives réalistes. Le résultat, d'ailleurs, évoque le premier Rocky (1976). Mais au-delà des ressemblances esthétiques, les deux longs métrages racontent l'histoire d'un prolétaire qui cherche à s'affirmer et à se définir alors qu'il peine à trouver ses repères.

Or, la question identitaire a toujours été au coeur de l'oeuvre du réalisateur québécois. «Il s'agit tout de même de quelqu'un qui se met à déraper et à se prendre pour une image de lui-même qui est fabriquée à Hollywood!» 

Autrement dit, un antihéros. Une figure constante dans ses films, à commencer par le Christophe de La moitié gauche du frigo (2000), puis avec le Michel Roy de Congorama (2006) ou le petit Léon de C'est pas moi, je le jure! (2008). «Pour moi, il y a une parenté dans tous mes films : le regard humaniste.»

Chuck prend l'affiche le 19 mai.

Netflix: aucun regret et un projet

Plus de neuf mois après avoir rejeté l'offre de distribution de Netflix, l'équipe de production de Chuck n'a aucun regret, affirme Philippe Falardeau. Le réalisateur québécois n'a d'ailleurs rien contre les longs métrages produits pour le géant de la vidéo en ligne. À preuve, il explore la possibilité d'en réaliser un.

La volonté de Netflix de s'imposer comme un studio sans offrir ses productions en salle crée bien des remous dans le milieu du cinéma. Le lendemain de notre entretien, on apprenait que la compagnie américaine refusait de diffuser au cinéma ses deux films retenus pour la compétition à Cannes. Ce qui a forcé le Festival à modifier ses statuts pour empêcher que la situation se reproduise.

C'est un peu la même chose qui s'est produite pour Chuck. Les considérations artistiques et non monétaires - Netflix offrait le double des autres - ont primé. «Comme réalisateur, tu veux que ton film existe au moins quelques semaines sur grand écran. L'expérience n'est pas la même. Même si, de toute manière, le film va aboutir sur ces plates-formes-là. [En salle], c'est peut-être l'étape de la minorité, je ne suis pas dupe, mais faut-il tout escamoter toute la démarche?

«Cela dit, je n'ai aucun problème avec de telles productions quand ça provient de Netflix», poursuit Falardeau en indiquant que plusieurs projets de qualité y sont concoctés par des réalisateurs de renom. «Moi-même, j'ai un oeil sur un scénario assez extraordinaire qui serait financé par Netflix.»

Mais pour l'instant, le réalisateur de Monsieur Lazhar (2011) vient de terminer l'adaptation du roman autobiographique My Salinger Year de Joanne Rakoff. La journaliste a travaillé dans les années 90 dans une importante agence littéraire de New York où elle est chargée de la correspondance du célèbre J.D. Salinger (1919-2010), l'auteur du roman culte L'attrape-coeurs (1951).

Le film, tourné en anglais, sera produit par la compagnie montréalaise Micro_scope. «On est à l'étape de chercher le financement et la distribution.»  




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