Doisneau, le rebelle au grand sourire

Clémentine Deroudille pose pour son grand-père à Loubressac... (Fournie par Funfilm)

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Clémentine Deroudille pose pour son grand-père à Loubressac en 1981. «Il venait dîner tous les soirs à la maison. J'ai l'impression de l'avoir vu tous les jours de ma vie», raconte l'historienne de l'art, qui a réalisé Robert Doisneau, le révolté du merveilleux.

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PARIS / Comme beaucoup d'artistes, la carrière de Robert Doisneau (1912-1994) s'est souvent vue réduite à un seul cliché, le fameux baiser de l'hôtel de ville. Mais le célèbre photographe a laissé une oeuvre foisonnante, celle d'un esprit indépendant et en révolte contre les injustices. Clémentine Deroudille en trace un émouvant portrait documentaire dans Le révolté du merveilleux, qui décrit son parcours atypique avec maintes photos et entrevues de ceux qui ont connu cet humaniste doué pour le bonheur. Le Soleil a rencontré sa petite-fille, une historienne de l'art, pour un entretien chaleureux et éclairant.

Q Quelle était votre relation avec votre grand-père?

R On était très proches. Il venait dîner tous les soirs à la maison. J'ai l'impression de l'avoir vu tous les jours de ma vie. C'était plus qu'un grand-père. C'était très joyeux parce que c'était les années où le succès arrivait. Papy ne savait pas trop se débrouiller avec tout ça et ça faisait des moments très cocasses. [...] En vieillissant, je me rendais compte à quel point il est connu à travers le monde. Je trouvais ça super beau. Mais je voyais des gens faire des films sur lui et, chaque fois, j'étais un peu déçue. On avait tendance à le mettre dans une image douceâtre. Je n'avais pas du tout cette perception de lui. Un jour, j'ai eu assez confiance en moi pour faire ce film. [...] Par ce film, j'ai essayé de transmettre un regard, une manière d'être et d'être à la hauteur de mon grand-père dans la vie. Le révolté du merveilleux, c'est vraiment ça. Une attitude, une manière d'être. Papy serait le même de nos jours.

Q J'ai senti dans votre film cette tendresse, cette volonté de montrer l'homme derrière l'artiste alors qu'il vous aurait été facile de faire l'inverse.Est-ce ce que vous avez voulu faire?

R Oui, je voulais vraiment faire un film tendre. Je voulais mélanger les deux parce que son métier et sa vie privée étaient totalement liés. Je voulais que cette tendresse renvoie à tous les grands-pères du monde, aux souvenirs d'enfance... Je voulais parler d'un homme et sa famille, qui était aussi un grand artiste. La famille peut être un endroit de terreur absolue, mais ça peut être aussi un endroit merveilleux, d'entraide, d'amour, d'accompagnement, de fidélité... Mon grand-père symbolisait ça de manière incroyable. [Ce film], au fond, c'est l'histoire d'un petit garçon inconsolable à la mort de sa mère, à 7 ans, un petit garçon qui va essayer de se consoler de cet acte terrible à travers les autres, avec son art et son appareil photo.  

Q Ça paraît dans le film...

R Voilà. Le succès, ça amène plein de fausses vérités. Comme s'il passait ses journées à être interviewé et à palper plein d'argent (rires). Alors que la veille de son entrée à l'hôpital, il était en reportage. Il adorait son métier, mais c'était aussi parce qu'il avait besoin de gagner sa vie. Ce n'était pas du folklore. Il n'avait pas l'idée de ses photographies comme d'un art, c'était vraiment un artisan. Alors que quand tu regardes les photos du film, tu vois à quel point c'était un grand artiste. [...] Il ne cherchait pas la gloire. C'est même quelque chose qui l'emmerdait un peu parce que ça l'entravait dans son travail. À la fin, on le reconnaissait dans la rue (rires). Parfois, il se planquait des heures pour prendre une photo et là, on l'interrompait. Mais la reconnaissance, ça l'amusait aussi. C'était formidable parce qu'il y avait de l'argent qui rentrait et qu'il en avait besoin. Et que ça lui permettait de rencontrer plus facilement les gens, c'était merveilleux. Le reste... Jamais il n'aurait pu imaginer que ses photos soient exposées partout dans le monde. 

Q Parlant de sa personnalité, vous mettez en exergue dans le film cette affirmation de Doisneau : «Désobéissance et curiosité sont les deux mamelles de mon métier.» Si vous nous parliez un peu de ce que ça signifiait pour lui?

R Il connaissait la valeur de son travail, pour lequel il avait des règles de base. Il ne partait pas le nez en l'air. Il était curieux de tout et incroyablement minutieux. [...] Papy, s'il n'avait pas été curieux et désobéi, il serait resté un ouvrier chez Renault [où il oeuvrait comme photographe industriel avant de tout plaquer]. Ça lui a permis de faire ce qu'il voulait. Mais en dehors de ça, c'était un homme charmeur et charmant. Il avait un côté rebelle, mais avec un grand sourire. Tu ne rencontreras pas une personne qui va te dire du mal de Robert Doisneau. C'est un truc de fou.

Q C'est rare pour quelqu'un qui a atteint un tel statut...

R On a critiqué son oeuvre, surtout en France, où on l'a réduit à quelque chose d'un peu mièvre. Qu'est-ce qu'on est snobs (rires). En France, il faut être mort. Et ne pas avoir trop de succès. Quand tu commences à avoir du succès, tu es suspect. Il est mieux compris à l'étranger qu'ici.

Q Que laisse-t-il en héritage?

R Ses photos et une manière d'être au monde. Le goût des autres. Je me sens profondément héritière de mon grand-père, et en faisant ce film, c'était aussi y réfléchir. La curiosité, la gentillesse et l'humour, qui te sort de tout. Et sa façon de ne jamais regarder personne de haut. C'est vachement beau qu'en ayant ces valeurs-là, tu puisses devenir un immense artiste.

Robert Doisneau, le révolté du merveilleux est présenté les 14, 17 et 24 mai au Clap, dans le cadre du Mois du documentaire. Les frais de ce reportage ont été payés par UniFrance.




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