L'histoire de Grand Corps Malade portée à l'écran

Grand Corps Malade, Pablo Pauly et Mehdi Idir.... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Grand Corps Malade, Pablo Pauly et Mehdi Idir. Avec Patients, le chanteur devenu réalisateur voulait faire découvrir la réalité largement méconnue qu'est le quotidien dans un centre de réadaptation.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) En 1997, Fabien Marsaud a 20 ans lorsqu'il se déplace des vertèbres en plongeant dans une piscine dont le niveau d'eau est trop bas. Le Français aurait pu rester paralysé, mais après une année de rééducation, il marche. Son accident lui inspire son nom de scène de slameur : Grand Corps Malade. Et, 15 ans plus tard, un livre autobiographique, Patients, devenu récemment un film du même nom. Où toute ressemblance avec des personnes existantes n'est pas le fruit du hasard.

Fabien Marsaud, alias Grand Corps Malade... (Le Soleil, Yan Doublet) - image 1.0

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Fabien Marsaud, alias Grand Corps Malade

Le Soleil, Yan Doublet

Alors qu'il prend la pose pour notre photographe, l'image du poète et de sa béquille est familière. Mais elle prend une nouvelle dimension après ce beau long métrage profondément humain et drôle. Assis pour l'entrevue, l'artiste confirme «qu'il n'y a pas vraiment de fiction. Tous les personnages ont existé et toutes les scènes ont eu lieu. C'est vraiment mon histoire. Bien qu'on ait voulu rendre le personnage principal plus universel. C'est pour ça qu'il s'appelle Ben, pas Fabien. On s'en fout un peu que ce soit l'histoire de Grand Corps Malade avant qu'il fasse de la scène».

Défi artistique

Bien que cette histoire très personnelle lui ait donné le goût du livre, qui a lui-même généré l'envie de cinéma, explique le cinéphile. «La transition s'est faite par l'écriture du scénario. J'aime bien écrire, me frotter à différents types d'écriture. J'avais écrit des slams, des chansons pour moi et pour d'autres, ce livre... Petit à petit, l'envie de le réaliser est arrivée, d'aller jusqu'au bout du projet. C'était un défi artistique. Le cinéma est un art que j'aime et qui regroupe tellement de disciplines.»

Un défi bien relevé. Même si sa grande popularité n'est pas étrangère au fait que la comédie dramatique ait passé le cap du million de spectateurs depuis sa sortie le 1er mars en France. Marsaud et son coréalisateur, Mehdi Idir, ne s'y attendaient «vraiment pas». Le duo envisage maintenant un autre long métrage dont «il est trop tôt pour parler». Bien sûr.

Mais il n'y a pas que l'affection qui explique ce succès critique et public. Il y a le ton humoristique. On rit beaucoup dans ce récit de la rééducation de Ben (Pablo Pauly, voir autre texte) et de ses potes en fauteuil roulant.

Humour nécessaire

Ce qu'il y a de bien avec cette soupape, croit Mehdi Idir, c'est qu'elle «libère le spectateur». Mais, précise Grand Corps Malade, la chose la plus importante réside dans le fait que «dans ces milieux, cet humour-là est présent. Pendant cette année, j'ai découvert cet humour handicapé, ces jokes permanentes, parfois assez dures les uns envers les autres. Cet humour et cette autodérision sont indispensables. Bizarrement, je me suis même presque bien amusé, même si c'était la plus dure année de ma vie.»

Fabien Marsaud garde de bons souvenirs de son séjour, des gens qu'il a côtoyés, mais aussi du personnel soignant pour qui ce film devient un hommage non déguisé - en particulier à son physiothérapeute. Mais ce qu'il voulait d'abord, c'est faire découvrir cette réalité largement méconnue qu'est le quotidien dans un centre de réadaptation.

«Les gens vont découvrir énormément de choses. Le principal problème, en fait, c'est pas de marcher, c'est d'aller aux toilettes. Ça, on ne se rend pas compte. [...] On va apprendre ce qui s'y passe, mais, en même temps, on va vite découvrir que dans ce contexte très dur et très lourd, il y a beaucoup de vie et d'humour», explique-t-il.

Ce qui l'a inspiré, «c'est vraiment l'envie de témoigner, de raconter ce qui passe dans un centre comme celui-là. Vous savez, quand on a 20 ans, très sportif, et qu'on se retrouve quadriplégique, je pense que c'est une expérience assez incroyable. Heureusement qu'il n'y a pas beaucoup de personnes qui la vivent.»

Mais comme le dit le grand homme, dans les deux sens du terme, Patients est la convergence de plusieurs envies. Dont celle de faire changer le regard des gens ordinaires, ou plutôt son absence, sur les handicapés. Pour toutes sortes de raison, «on se côtoie très peu. Forcément, il y a une espèce de crainte, de méconnaissance, de gêne qui s'installe. Du coup, on espère qu'en sortant de ce film, si tu croises quelqu'un en fauteuil roulant, tu vas avoir l'impression de mieux le connaître, ce par quoi il est passé.»

En duo

Reste que l'enfer est pavé de bonnes intentions. Surtout pour un premier film. Le slameur s'est donc adjoint Mehdi Idir, qui réalise ses clips. Le duo a travaillé étroitement. Beaucoup. Découpant chaque scène. Réfléchissant à chaque plan. Profitant, par exemple, du huis clos du centre et de l'immobilité de Ben pour les retourner à leur avantage. Utilisant d'abord des plans très rapprochés, fixes, pour ensuite élargir et adopter des mouvements de caméra élaborés au fur et à mesure de la progression de la rééducation.

Mais ce n'était rien comparé au défi imposé aux acteurs, habitués de jouer avec leurs corps et qui devaient tout faire passer par le regard. L'équipe a beaucoup travaillé en amont, séjournant en immersion dans ce centre qu'a habité Fabien Marsaud pendant un an et posant «toutes les questions possibles». 

«Ça les a nourris. Et en plus, tout au long du tournage, on dormait sur place. Ces gens-là, on les côtoyait quotidiennement. Ça a aidé toute l'équipe, apporté un petit supplément d'âme sur tout le film et mis une ambiance très particulière où tout le monde se disait : "Peut-être qu'on fait un truc important pour certaines personnes"», souligne Mehdi Idir.

***

La chance d'une vie pour Pablo Pauly

Pablo Pauly perfectionnait son art dans une école de théâtre à Londres lorsqu'il a reçu le scénario de Patients. C'était le début d'une grande aventure et une chance unique de faire carrière après quelques rôles secondaires. Quelques mois plus tard, il est assis à Québec, pantalon carreauté, chemise bleu clair, courte barbe rousse et sourire avenant, savourant chaque moment. «Je fais du cinéma, le plus beau métier du monde.» Le Soleil s'est entretenu avec l'acteur de 26 ans, révélation de Patients.

Soufiane Guerrab et Pablo Pauly dans Patients.... (Fournie par MK2 MIle end) - image 3.0

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Soufiane Guerrab et Pablo Pauly dans Patients.

Fournie par MK2 MIle end

Q Comment avez-vous décroché ce premier grand rôle?

R J'ai reçu le scénario à Londres et je l'ai trouvé extraordinaire. Je suis rentré à Paris pour les auditions. Aux premiers essais, je rencontre Fabien [Marsaud] et Medhi [Idir]. On s'entendait vraiment très bien. J'avais un petit peu peur. Fabien n'a jamais réalisé de film et Medhi n'a fait que du clip, qu'est-ce que ça peut donner? Et très vite, je me suis rendu compte qu'ils avaient tellement travaillé que ça ne pouvait être qu'une belle expérience. Leur vision des choses, qui n'était pas misérabiliste sur le monde du handicap, me plaisait. Faire pleurer des gens, ça ne m'intéressait pas.

Q Vous étiez à Londres pour travailler sur le corps dans le jeu. Vous avez eu la totale dans ce rôle de tétraplégique!

R En effet (rires). [Curieusement], je n'ai jamais autant joué avec mon corps. C'est autre chose d'éteindre tous tes muscles et de les concentrer dans ta voix. Il me fallait d'abord trouver le corps avant de m'attaquer aux répliques. Ce qui était passionnant.

Q Comment avez-vous fait pour trouver une juste balance entre l'expression physique du handicap et la vivacité de l'intelligence?

R En observant les handicapés, en parlant avec Fabien. Mais c'était surtout de pouvoir parler avec les gens au centre où on a tourné. Savoir ce qui leur passait par la tête quand on leur dit : tu ne marcheras plus jamais, tu passes enfin en fauteuil roulant... Quand ils te racontent leur histoire, tu le vois dans leurs yeux. Ça transpire de vérité. Je ne voulais pas construire. Si tu y crois, ça va sortir naturellement.

Q Est-ce qu'il avait une certaine appréhension à jouer Fabien?

R Au début, oui. C'est quand même un grand monsieur. Il m'a rassuré très vite. En me disant que je ne jouais ni Grand Corps Malade ni Fabien Marsaud, mais Ben. Et qu'il allait être mon allié. Ça, c'est une chance que j'ai eue. Il y avait toujours des échanges. Et [les deux réalisateurs] prennent le temps. Il y a une expression qui dit : on ne va jamais aussi vite que lorsqu'on prend son temps. On a pris beaucoup de temps pour faire un film qui passe assez vite, je crois.

Q Vous êtes conscient qu'avec la popularité du film en France, ça amène de l'eau à votre moulin d'acteur.

R Oui, énormément. J'ai de belles propositions, trois films dans l'année qui vont me faire grandir en tant qu'homme et en tant qu'acteur. C'est pas un coup d'épée dans l'eau, ce que j'ai fait. Mon travail a payé. Les gens vont peut-être se dire : ah! il n'est pas là pour rien celui-là. Il n'est pas là pour l'argent, mais pour les personnages, des histoires à raconter et des messages à passer. Que ce film m'ait apporté ça, c'est une bénédiction. Ce qui se passe pour moi en ce moment est extraordinaire.  

Patients prend l'affiche le 5 mai.




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