Baccalauréat: le prix de la conscience ***1/2

Jusqu'où peut-on aller pour l'amour de nos enfants?... (Fournie par AZ Films)

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Jusqu'où peut-on aller pour l'amour de nos enfants? C'est une des nombreuses questions que pose le film Baccalauréat, du cinéaste roumain Cristian Mungiu.

Fournie par AZ Films

Le SoleilÉric Moreault 3/5

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CRITIQUE / Il en aura fallu du temps, mais voici enfin que le très bon Baccalauréat prend l'affiche. À Cannes l'an dernier, il a permis à Cristian Mungiu de décrocher un très mérité Prix de la mise en scène (ex aequo avec Olivier Assayas). Son très réussi long métrage a une portée à la fois intime et globale. Le Roumain s'attarde à l'histoire d'un père prêt à tout pour aider sa fille et qui va sérieusement compromettre sa conscience et leur relation.

Eliza (Maria-Victoria Dragus) passe les examens pour le bac, qui lui permettront de décrocher une bourse et une place dans une prestigieuse université anglaise, lorsqu'elle est agressée. Traumatisée, elle n'arrive plus à se concentrer. Romeo, son paternel (Adrian Titieni), se résout à soudoyer un responsable de l'examen, ce qui est contraire à tous ses principes et à ceux qu'il a inculqués à sa fille. Lorsque sa fille se révolte, il devra apprendre à lâcher prise et à la laisser déployer ses ailes. 

Le médecin, qui vit modestement dans une petite ville roumaine, doit aussi composer avec sa maîtresse enceinte et le mépris de sa femme. Surtout, Romeo a perdu ses illusions sur ses capacités à changer la société et est à l'âge où on fait son bilan. «Va refaire ta vie», lui lance sa femme. «Quelle vie?»

Évidemment, Mungiu place le spectateur dans une position inconfortable : qu'aurait-il fait à la place de Romeo? Est-ce que la fin justifie les moyens? Est-ce qu'un simple malheur (l'agression) peut, et doit, gâcher toutes les perspectives d'avenir d'une brillante jeune femme? Jusqu'où peut-on aller pour l'amour de nos enfants? De façon plus large,le réalisateur livre un portrait décapant d'une société gangrénée par la corruption et les retours d'ascenseur. Et soutient que d'y participer, parce que, supposément, tout le monde le fait, a néanmoins un poids moral important.

C'est tout l'intérêt de ce long métrage. Il propose au spectateur beaucoup de matière à réflexion sur les valeurs et les principes qui dirigent une vie. Sur la transmission, la famille, la nature humaine. Et l'éducation que nous voulons transmettre à nos enfants.

Le changement qui n'a pas eu lieu

Mais il livre aussi une réflexion en forme de déception sous l'après-Ceausescu, le dictateur éliminé en 1989. Le changement n'a pas livré ses promesses espérées, doit-on comprendre. De façon plus large, il propose au spectateur de s'interroger sur la société dans lequel il vit. Est-elle à la hauteur de ses attentes? À quel point ses actions, ou l'absence de celles-ci, façonnent son environnement immédiat? Que laisse-t-il en héritage?

Le superbe Baccalauréat, drame social à la Dardenne dans leur grande forme, est réalisé de main de maître avec beaucoup de rigueur en plans-séquences cadrés large, qui accentuent la véracité du jeu des acteurs, tous très bons.

Conte moral, Baccalauréat exige du spectateur une certaine attention et réflexion. Un peu prévisible, malgré tout, il n'en demeure pas moins un récit palpitant.

Ce film démontre que Mungiu, déjà détenteur de la Palme d'or pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours en 2007, est un cinéaste qui compte. Et que le 7e Art, quand il est pratiqué avec autant d'intelligence, de sensibilité et de maîtrise, peut encore en révéler beaucoup sur qui nous sommes. En posant beaucoup de questions et en nous laissant chercher les réponses.

Au générique

  • Cote: ***1/2
  • Titre: Baccalauréat
  • Genre: drame
  • Réalisateur: Cristian Mungiu
  • Acteurs: Adrian Titieni, Maria-Victoria Dragus et Lia Bugnar
  • Classement: général
  • Durée: 2h08
On aime: la réalisation accomplie, les thèmes abordés, le mélange de l'intime et de l'universel

On n'aime pas: parfois un peu prévisible




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