Dalida: bonheur tragique

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Il aura fallu 30 ans après la disparition de Dalida avant qu'un drame biographique lui soit consacré.

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(Paris) Avant Madonna, il y a eu Dalida. Une mégavedette internationale dont les chansons ont marqué des générations - en constante réinvention, sa carrière demeurera florissante même après sa mort. Mais cette réussite professionnelle exemplaire cache mal une succession de tragédies, qui viendront à bout de sa vie. Il aura pourtant fallu 30 ans après sa disparition avant qu'un drame biographique lui soit consacré!

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La vie de Dalida sera profondément transformée à la suite de sa tentative de suicide, en 1967.

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Il est tout de même étonnant qu'on ignore pendant aussi longtemps la chanteuse française la plus populaire du XXe siècle, après Édith Piaf, qui n'a patienté que neuf ans après son décès avant que le cinéma retrace les hauts faits de sa carrière.

Est-ce les suicides consécutifs de ses amants et amis, ses dépressions puis sa mort volontaire qui ont découragé les cinéastes? Lisa Azuelos ne «sait pas» ou ne veux pas en discuter. L'idée du film ne vient pas de la réalisatrice, d'ailleurs, qui connaissait peu la chanteuse égypto-italienne. Mais le récit de sa vie l'a convaincue.

En fait, «surtout sa recherche du bonheur à tout prix. Et cette foi inéluctable en l'amour, quoiqu'il arrive.» Iolanda Cristina Gigliotti de son vrai nom en paiera le gros prix, dont en 1967, lorsqu'elle fait une première tentative de suicide après la mort violente de son compagnon.

Le long métrage débute d'ailleurs par ce drame, qui devient un prétexte à un récit raconté par ses proches, qui relatent les grandes étapes de l'interprète de Gigi l'amoroso, d'Il venait d'avoir 18 ans et Besame mucho qui a vendu plus de 140 millions d'albums. «Ça permet un traitement en kaléido-scope et non en linéarité. C'est un film sur la mémoire, sur sa mémoire à elle. On se rappelle les choses par petites touches impressionnistes. J'avais envie de donner ce sentiment à la fois chaotique et rangé.»

Le récit de cette tentative ratée n'est pas qu'une astuce scénaristique. La vie de Dalida en sera profondément transformée - elle reste en convalescence pendant des mois -, son aura publique aussi. Après, «ça devient une résiliente. Elle doit trouver d'autres profondeurs à la vie pour y rester», estime la réalisatrice de Dalida. Notamment par une exploration de la philosophie orientale, tout en combattant un épuisement chronique lié à sa carrière et à ses angoisses existentielles.

Ironiquement, la femme de 51 ans nous rencontre à Paris sans Sveva Alviti, victime d'un épuisement (qui nous a ensuite accordé un entretien téléphonique, voir autre texte). Trouver l'interprète, un mannequin italien, n'a pas été facile. «J'ai longtemps cherché. On voulait une incarnation. La ressemblance n'était pas secondaire. Elle lui ressemble, mais pas tant que ça. Elle avait cette émotion et cette grâce toute particulière.»

Collaboration bénéfique

Par contre, pour l'authenticité du matériel, la scénariste et romancière n'a pas eu à chercher bien loin. Orlando, frère et gardien du temple Dalida, veille au grain. Une collaboration bénéfique, insiste-t-elle. «Il a très bien compris que ça allait être mon film, donc ma vision. Que j'allais dire des choses que lui n'aurait pas forcément mises dedans. Il m'a fait confiance.»

D'autres ont moins apprécié, comme souvent dans ce genre éprouvé. Notamment la famille de son premier mari et pygmalion, Lucien Morisse. La cinéaste hausse les épaules. «Je sais que j'ai traité les gens avec beaucoup de bienveillance. Souvent, ils sont mieux dans les films que dans la vraie vie. Moi, je suis à l'aise avec ça. Après, si les gens ont des souffrances, c'est pas tellement mon problème.»

Ce qui ne l'a pas empêchée de prendre certaines libertés dramatiques pour être en accord avec sa vision, sans pour autant négliger le public de la chanteuse. «C'est pour ça qu'il y a autant de chansons, de robes, mais aussi en coulisses, ce qui est moins connu des fans. Après, l'histoire, c'est moi qui ai décidé. Il y a des choses que tout le monde sait, d'autres que personne ne sait.»

«La vérité, mais pas tout»

Mais ne vous attendez pas à de grandes révélations sur la vie personnelle de Dalida. «La vérité, mais pas tout. C'est OK si je suis passée à côté de certaines choses. Et c'est OK si j'ai raconté certaines choses qui ne sont pas exactement ça, mais qui vont donner l'impression de la réalité.» Il n'y a d'ailleurs aucune image d'archives: la production a tout recréé.

Évidemment, l'exercice a ses limites. Difficile, en deux heures, d'évoquer toutes les multiples incarnations de Dalida, de Miss Égypte à icône pour la communauté gaie, en passant par la chanteuse à textes et la vamp hollywoodienne. Actrice aussi, avec Gainsbourg (L'inconnue de Hong Kong, 1963) et sous la direction du grand Youssef Chahine (Le sixième jour, 1986), par exemple.

Dalida fut, en fait, Madonna avant l'heure dans ce désir de réinventions, de repousser les limites, d'entretenir une relation de proximité avec le public et dans une quête effrénée de popularité. «Oui. Ce sont deux Italiennes après tout», dit Lisa Azuelos, mi--blagueuse, mi-sérieuse.

Dalida prend l'affiche le 28 avril.

Les frais de ce reportage ont été payés par UniFrance.

Dalida en mars 1981 à l'Olympia de Paris... (AFP) - image 2.0

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Dalida en mars 1981 à l'Olympia de Paris

AFP

La chanteuse en cinq dates

  • 1933: Naissance au Caire en Égypte
  • 1956: Succès de Bambino, simple venu à 500 000 exemplaires
  • 1975: Prix de l'Académie du disque français pour Il venait d'avoir 18 ans
  • 1981: Refuse de devenir la «Marianne» de la France
  • 1987: Mort à Paris

Sveva Alviti, l'interprète de Dalida, et Lisa Azuelos,... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 3.0

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Sveva Alviti, l'interprète de Dalida, et Lisa Azuelos, la réalisatrice

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Sveva Alviti: «je suis Dalida»

Quand on y pense, rien ne destinait Sveva Alviti à incarner Dalida. L'ex-mannequin italienne, déménagée à New York pour apprendre le métier d'actrice, était sur le point de renoncer à son rêve après plusieurs années improductives. Au point où la pensée même d'auditionner pour le rôle dans le drame biographique de Lisa Azuelos ne lui disait rien. De guerre lasse, à l'insistance de son gérant, la femme de 32 ans s'est filmée avec son téléphone. Le reste appartient à la petite histoire du cinéma. Entrevue avec une battante sur fond d'accent chantant.

Q  Est-ce vrai que vous ne vouliez pas de ce rôle?

R  Oui. Je me suis demandée: je ne parle pas français, je ne chante pas, je ne danse pas, pourquoi faire une audition? Je voulais quitter le cinéma parce qu'on ne me donnait rien. Parfois les rêves restent des rêves. Je me suis filmée et j'ai envoyé à mon agent les choses qu'il me demandait. À la septième fois que [la production] m'a rappelée, ils m'ont demandé d'aller à Paris et de préparer une chanson. J'ai choisi Je suis malade [de Serge Lama, repris par Dalida en 1973]. J'avais besoin de la chanter pour moi aussi parce que je passais à travers un moment de souffrance amoureuse. J'ai fermé les yeux et j'ai commencé à chanter. Je suis devenue la chanson et la chanson est devenue moi. J'ai tout oublié et pensé à ma douleur. À la fin, je pleurais abondamment. Tout le monde était stupéfait. Ils pensaient: elle est folle ou elle est incroyable (rires). Lisa s'est approchée, je lui dis: «Je suis Dalida.» Je ne sais pas pourquoi j'ai dit ça. Elle m'a dit: «Je sais.»

Q  Quelle était votre relation à Dalida avant cette audition?

R  Je la connaissais, mais pas trop bien. Nous ne sommes pas de la même génération. Je connaissais un peu ses chansons, mais pas son histoire comme aujourd'hui, bien sûr.

Q  Étiez-vous quand même capable de vous identifier à la chanteuse malgré son destin tragique?

R  Elle est un peu toutes les femmes. Nous avons toutes cette fragilité, mais beaucoup de force aussi. Elle a une dualité très forte. C'est une femme qui voulait une famille, se marier, être une femme normale, mais qui était aussi la star Dalida qui donnait tout à son public.

Q  Justement, elle donnait tout et a vécu plusieurs tragédies. Vous avez incarné cette femme fragile de longs mois. Est-ce que c'était dur sur le plan psychologique?

R  Très dur. Je ne jouais pas, je n'imitais pas Dalida, je ressentais les choses. C'est pour ça que le public a aimé ma performance. Ils ont vu une femme vraie.

Q  Dans vos rêves les plus fous, aviez-vous pensé que vous auriez un tel premier rôle et le succès qui vient avec?

R  Pas du tout. Tout comme je ne pensais pas prendre un rôle où il fallait que j'apprenne le français (rires).

Q  Avez-vous encore et toujours le rêve de devenir une actrice?

R  J'ai travaillé toute ma vie pour devenir une actrice. [Dalida], c'est juste le début. J'espère bien après tout ce travail! J'ai beaucoup de propositions maintenant, en français et en italien. Mais je veux trouver quelque chose que j'ai envie de faire.




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