Frantz: l'art du mensonge ***1/2

Drame d'époque à la réalisation maîtrisée, Frantz est... (Fournie par Métropole Films)

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Drame d'époque à la réalisation maîtrisée, Frantz est porté par deux acteurs (Pierre Niney et Paula Beer) en état de grâce.

Fournie par Métropole Films

Le SoleilÉric Moreault 3/5

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CRITIQUE / D'une oeuvre à l'autre, le prolifique François Ozon ne cesse de nous étonner. Après deux films contemporains sur l'identité sexuelle, le voici qui place le secret et le mensonge au coeur d'un drame mélancolique d'époque à la réalisation parfaitement maîtrisée, porté par deux acteurs en état de grâce. Frantz est un long métrage délicat, tout en retenue.

Nous sommes en 1919, dans une petite ville allemande où les blessures de la guerre sont encore vives. Anna (Paula Beer) vient de se recueillir au cimetière. En partant, elle remarque Adrien (Pierre Niney), un Français de 24 ans, qui fleurit la tombe de son fiancé Frantz. Intriguée, la jeune femme cherche à connaître les motifs du geste du soldat.

Anna vit chez les parents de Frantz, qui ont perdu leur fils unique et la considèrent comme leur propre fille. Peu à peu, la famille et Adrien, un fils de bourgeois introverti, vont s'apprivoiser, malgré l'animosité et la rancoeur des villageois. Malgré tout, Adrien semble tourmenté par un lourd secret. Cette rencontre va finir par bouleverser leur vie.

Comme d'habitude chez Ozon, le dispositif scénaristique, habilement construit, est riche en thèmes : deuil, résilience, amour, patrie, culpabilité, humiliation, angoisses, pardon... Lui qui mise souvent sur la confusion du vrai et du faux avait amplement matière à exploiter dans cette adaptation d'une pièce de Maurice Rostand (1930).

Adrien, en prenant la place du fils disparu, devient le fils retrouvé. Il est le double de Frantz (qu'on aperçoit à peine sur quelques plans, fantôme qui hante tout le film et sa famille). Tout est construit en miroir, à commencer par les deux pays en cause.

Comme souvent, aussi, le réalisateur des solides Potiche (2010) et Dans la maison (2012) épouse le point de vue d'une protagoniste féminine : Anna (mais qui est aussi celui de ceux qui ont perdu la guerre...). C'est à travers sa peine, son désarroi puis son désir de vivre retrouvé que se déroule devant nos yeux le récit, d'abord dans sa ville puis dans sa découverte de la vibrante Paris de l'entre-deux-guerres.

Brillant et doué

Ozon est un brillant scénariste, mais aussi un réalisateur doué. Vrai qu'il économise son talent cette fois, alternant entre les plans larges qui témoignent de l'époque et les gros plans à la recherche de l'émotion. On lui reconnaît toutefois cette sensibilité lorsqu'il filme la douleur d'Anna, les tourments d'Adrien ou le chagrin des parents de Frantz.

Ce film éthéré est parfois un peu poussif, mais le cinéaste pouvait difficilement faire autrement puisqu'il se déroule en 1919! Le choix du noir et blanc, dans cette optique, se révèle fort juste. La photographie de Pascal Marti, qui lui a d'ailleurs valu un César, est absolument superbe. Plus discutable, toutefois, le choix d'insérer des plans en couleur pastel dans les moments d'émotions très fortes. Un gimmick à la Ozon...

Autre constat : son talent à la direction d'acteurs - surtout les actrices, en fait, qui récoltent souvent nominations et récompenses  dans ses films. Paula Beer - une belle révélation - ne fait pas exception, portant Frantz sur ses épaules sans coup férir. Quant à Pierre Niney (Yves Saint Laurent), on connaît son rare talent à exprimer beaucoup en faisant très peu, avec son visage et son regard. Son Adrien fiévreux et angoissé est impeccable.

L'élément le plus paradoxal de Frantz, qui était en compétition officielle à Venise, est certainement que sa partition d'époque axée sur le mensonge soit devenue brûlante d'actualité. Pas celui, éhonté, pratiqué par une certaine classe politique, mais celui qui, dans certaines circonstances, peut parfois se justifier. 

Frantz est un drame qui, lentement, passe de l'ombre à la lumière en épousant le parcours d'Anna et son émancipation. Un très beau film.

Au générique

  • Cote: ***1/2
  • Titre: Frantz
  • Genre: drame
  • Réalisateur: François Ozon
  • Acteurs: Paula Beer et Pierre Niney
  • Classement: général
  • Durée: 1h57
On aime: la réalisation maîtrisée, les acteurs en état de grâce, la richesse thématique du scénario, la superbe photographie

On n'aime pas : l'utilisation inutile de la couleur




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