Noces ou le choc des civilisations ***

Dans Noces, Zahira (Lina El Arabi, d'une intensité... (Fournie par K-Films)

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Dans Noces, Zahira (Lina El Arabi, d'une intensité remarquable) est déchirée entre l'amour pour ses parents, qui lui imposent un mariage arrangé, et son désir de vivre sa vie.

Fournie par K-Films

Le SoleilÉric Moreault 3/5

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CRITIQUE / Que se passe-t-il quand une ado qui a grandi en Occident se voit forcée d'épouser un homme choisi par ses parents? C'est le sujet explosif qu'explore Noces. Le long métrage aurait facilement pu devenir un film à thèse, mais le Belge Stephan Streker a plutôt choisi le chemin de la tragédie et du respect des différences. Une réalisation terne vient un peu affaiblir une oeuvre forte, portée par une véritable révélation : Lina El Arabi.

Noces s'ouvre avec un plan-séquence où Zahira (El Arabi) discute d'avortement avec une infirmière en voix hors champ. La Belgo-Pakistanaise a 18 ans et des parents très croyants. Dès lors, une seule voie s'offre à la fière et indépendante jeune femme : un mariage arrangé. 

Déchirée entre l'amour pour ses parents et son désir de vivre sa vie, Zahira oscille entre sa volonté de se plier aux traditions et son mode de vie européen, entre son frère aîné confident (Sébastien Houbani) et son amie d'enfance Aurore (Alice de Lencquesaing). 

Ce drame se déroule dans une famille bien sous toutes les apparences, ce qui en renforce l'effet.

Journaliste de formation, Streker a enquêté et s'est inspiré de faits réels pour bâtir son scénario - irréprochable jusque dans ses aspects les plus difficiles à croire. Comme ce mariage par Skype (célébré par un vrai imam!). 

On comprend son désir d'exactitude, mais il aurait eu avantage à proposer des personnages moins monolithiques. Mis à part Zahira, chacun des membres de sa famille est unidimensionnel et cantonné dans ses déterminismes, sans aucun espace pour le doute.

Comme s'ils étaient imperméables à toute influence extérieure, contrairement à la fille cadette. Pour les parents, on peut, à la limite, comprendre. D'autant que le père devient de plus en plus intransigeant quand il s'agit de sauver les apparences. Il ne veut rien savoir des valeurs, traditions et coutumes de sa société d'accueil. Ce qui pose avec acuité toute la problématique de l'intégration...

Conséquemment, Noces décrit assez bien la pression familiale qui s'exerce sur la jeune femme rebelle, le chantage émotif pour la convaincre de se soumettre... Zahira a l'impression de vivre une terrible injustice : on brime sa liberté. Ajoutez à ça l'insouciance et la témérité de la jeunesse, et tous les éléments sont réunis pour un violent choc.

Un pied dans chaque monde

Sans jamais porter de jugement, dans un sens ou dans l'autre, Noces illustre le décalage entre l'Orient et l'Occident. Décalage incarné par Zahira, un pied dans chaque monde. Elle aime s'amuser, danser et sortir en boîte de nuit. Mais elle porte le voile et prie...

Ce n'était pas évident de trouver une actrice pour incarner cette dualité. Lina El Arabi s'en tire à merveille. La jeune actrice française (d'origine marocaine) démontre beaucoup d'aplomb, mais surtout une intensité remarquable : elle a, souvent, du feu dans ses beaux yeux. Sébastien Houbani, dans le rôle du frère écartelé entre son amour pour sa soeur et le respect des traditions, est très juste.

Noces suit une très belle courbe dramatique, gâchée par la réalisation sans imagination de Streker (Le monde nous appartient, 2012), notamment dans son abus du champ/contrechamp dans les dialogues : c'est figé, tout ça. Une réalisation plus vivante aurait contribué à exacerber la tension, déjà vive.

Ces mariages arrangés existent, même ici, il ne sert à rien de le nier. Mais il ne faut pas généraliser non plus. Cela étant, le réalisateur s'est avancé sur un terrain miné sans que ça lui explose dans la face. Noces s'avère une fantastique amorce de discussions et de réflexions sur une quantité d'enjeux sociaux liés à l'immigration. 

D'ailleurs, si les autorités scolaires et municipales de Québec sont trop frileuses pour présenter aux jeunes Djihad, la pièce sur la radicalisation d'Ismaël Saïdi, je leur suggère Noces. Ce serait déjà ça de pris...

Au générique

  • Cote: ***
  • Titre: Noces
  • Genre: drame
  • Réalisateur: Stephan Streker
  • Acteurs: Lina El Arabi, Sébastien Houbani et Babak Karimi
  • Classement: général
  • Durée: 1h38
On aime: une bonne courbe dramatique, l'intensité de Lina El Arabi

On n'aime pas: la réalisation terne, les personnages unidimensionnels




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