Sidse Babett Knudsen, la femme qui vient du froid

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La Danoise Sidse Babett Knudsen joue la Erin Brockovich française dans La fille de Brest.

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PARIS / Sidse Babett Knudsen est une grande vedette dans les pays nordiques. Et de plus en plus partout dans le monde grâce à son rôle de première ministre dans la série Borgen, une femme au pouvoir (2010-2013). Elle joue à Hollywood (Inferno récemment) et en France, où son vaste talent est récompensé. Pourtant, en personne, la brillante Danoise de 48 ans est d'une simplicité aussi désarmante que charmante. Coquette, en plus.

Sidse Babett Knudsen dans Borgen ... (Photothèque Le Soleil) - image 1.0

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Sidse Babett Knudsen dans Borgen 

Photothèque Le Soleil

À 18 ans, la jeune femme déménage à Paris, où elle restera six ans. Elle étudie en théâtre et fait mille petits boulots. Mais pas question de parler en français en entrevue. L'argot qu'elle a appris à l'époque ne convient pas, dit en riant celle qui maîtrise quatre langues. 

Sauf exception. Comme lors du tournage de L'hermine (Christian Vincent, 2015) avec Fabrice Luchini. «Je ne voulais pas improviser avec lui, mais nous parlions beaucoup [entre les scènes]. Il est tellement intelligent qu'il me hissait, même si mon français est pauvre.»

Grâce à Deneuve

La belle femme, sobrement vêtue, cheveux bruns en cascade et sourire craquant, a donc deux solides longs métrages en France. Dont La fille de Brest, un rôle à sa mesure, obtenu grâce à un coup de pouce de Catherine Deneuve!

Sachant qu'Emmanuelle Bercot peinait à trouver une interprète, l'iconique actrice a suggéré à la réalisatrice de voir Borgen. «Presque tout de suite, je lui ai proposé le rôle [de la docteure Frachon] et elle a dit oui rapidement», souligne Mme Bercot. 

«J'ai été séduite à l'idée de jouer une réelle héroïne», explique celle que tout le monde appelle simplement Sidse. Même s'il s'agissait d'un contre-emploi. «Je n'aime pas les hôpitaux, je m'y sens malade.» Comme la réalisatrice, la rencontre avec Irène Frachon s'avérera donc déterminante. 

Cette pneumologue, la Erin Brockovich de Brest, a mené à partir de 2007 un combat acharné pour faire interdire le Mediator. Le médicament, largement prescrit, cause des problèmes cardiaques, parfois fatals. La lanceuse d'alerte déclenche un immense scandale en France, impliquant l'industrie pharmaceutique, mais aussi les agences de surveillance publique.

«Elle est fascinante, impressionnante et tellement intelligente», s'exclame l'actrice, aussi charmée par sa personnalité exubérante. Séduite, elle s'est toutefois inquiétée de réussir à lui rendre justice. «Je me devais d'être crédible» en évitant, surtout, de l'imiter. 

Elle passera une journée avec son alter ego pour étudier sa façon d'interagir avec les patients. Et aussi sa gestuelle. «Même quand elle parle, elle mime beaucoup.» Habituée à un jeu minimaliste, l'actrice avait toujours un peu peur d'en faire trop, même quand Emmanuelle Bercot insistait. 

Sidse Babett Knudsen a tout de même demandé que la docteure soit absente du plateau au début du tournage, histoire de s'approprier le rôle. «Sauf qu'il a fallu tourner à l'hôpital, dans son bureau. Elle devait donc travailler dans un autre bureau. Je me souviens qu'à un moment, quelqu'un a dit "coupez, Irène Frachon est dans le cadre." On la voyait par la grande fenêtre où elle faisait coucou», rigole-t-elle.

Si on en croit Benoît Magimel, qui lui donne la réplique, «Sidse a réussi à la transposer avec beaucoup de justesse. C'est une fantastique actrice». Ce que semblent prouver la diversité et l'étendue des rôles qu'elle interprète depuis quelques années. 

Mauvaise expérience américaine

«Avoir de nouveaux terrains de jeu partout dans le monde est simplement fantastique», dit celle qui vit à Copenhague. Jusqu'à un certain point. La femme n'a guère apprécié son expérience américaine récente, où elle a tourné la série Westworld pour HBO. «Ils travaillent tout le temps. C'est intégré que vous apparteniez à la compagnie de production! Je suis plus habituée à avoir une vie familiale et une carrière.»

Sidse Babett Knudsen a tout de même aimé au plus haut point jouer avec Anthony Hopkins, qu'elle qualifie d'homme de la Renaissance. «Ce n'est pas seulement un acteur fantastique, il est attentif à votre jeu. Il voit vers où vous vous dirigez. Il était tellement inspirant. J'étais fascinée de voir un homme avec autant d'expérience être si curieux.»

Parlant d'expérience, elle verrait d'un bon oeil se glisser de nouveau dans la peau d'une politicienne comme dans Borgen. Même si elle a peu apprécié l'attention qui est venue avec. «Des journalistes voulaient parfois que je commente l'actualité comme si j'étais une politicienne. Je ne veux pas», lance celle qui prend le temps de réfléchir avant chaque réponse.

Par contre, elle réagit au quart de tour lorsqu'on lui demande son opinion sur le salaire moindre des femmes dans l'industrie. «C'est un non-sens. En fait, les femmes devraient être payées plus parce que nous passons plus de temps au maquillage (rires). Au Danemark, j'insiste pour être payée autant que les hommes. Il n'y a pas d'arguments possibles.»

Les frais de ce reportage ont été payés par UniFrance.

Le combat pour la liberté selon Emmanuelle Bercot

Emmanuelle Bercot venait tout juste de terminer La fille de Brest lorsqu'elle s'est présentée au Festival de Toronto (TIFF), en septembre, d'où elle nous a accordé un entretien téléphonique. La réalisatrice de La tête haute, film d'ouverture à Cannes en 2015, disait manquer «de recul». Après des années de travail, elle venait néanmoins de boucler un film percutant sur un médicament qui aurait causé au moins 2000 morts, avant son retrait... Un long métrage qui relate un combat pour faire éclater la vérité.

Q Qu'est-ce qui vous a motivée à tourner un film sur ce scandale médical?

R Je suis assez sensible, depuis je suis enfant, aux dangers de l'industrie pharmaceutique parce que j'avais un père chirurgien qui m'en parlait beaucoup. Le pouvoir des laboratoires n'est pas un secret. Le voir sur grand écran peut, peut-être, parler plus à la conscience des gens qu'aux nouvelles. Mais le déclic s'est produit quand j'ai rencontré [la lanceuse d'alerte et pneumologue] Irène Frachon. Sa personnalité incroyable et excentrique m'a donné le goût de faire un film pour raconter son histoire.

Q Ce qui donne une couleur à un sujet plutôt aride. Aviez-vous l'intention de vous en servir comme contrepoint?

R Complètement. Quand j'ai lu son livre, je ne voyais pas vraiment comment en faire un film. C'est à travers son personnage que son histoire a pu devenir une fiction. Une fiction du réel parce que c'est quand même très fidèle à ce qu'elle a vécu.

Q J'imagine que vous avez porté une attention particulière à la véracité et aux faits?

R Il faut être irréprochable. C'est évidemment vulgarisé pour le grand public. Mais ce sont des faits avérés que je restitue de la façon la plus fidèle possible, sur le plan technique et scientifique.

Q Était-ce un défi particulier sur le plan cinématographique et de la scénarisation?

R Complètement. C'est un film d'enquête : il fallait être très efficace et tenir le spectateur en haleine. Après, il fallait que je rajoute un peu d'imaginaire, sinon, aussi bien faire un documentaire.

Q Vous utilisez tout de même des images très réelles sur le plan médical, notamment d'autopsie. Vous êtes-vous demandé s'il fallait aller aussi loin?

R Je voulais aller aussi loin. Je voulais que cette histoire s'incarne aussi dans les victimes, qu'on voie ce que les gens ont subi dans leurs corps à cause de ce médicament.

Q Reste que c'est avant tout une histoire de courage et de détermination, celle de l'incessante lutte d'Irène Frachon pour faire interdire le Mediator contre le puissant lobby pharmaceutique...

R Oui. Avant tout, c'est ça. L'affaire du Mediator sert de toile de fond, ça aurait pu être n'importe quel [abus]. L'histoire du film, c'est bien plus ce combat que de dénoncer un scandale. Cette affaire est emblématique de bien d'autres.

Q Était-ce aussi une belle occasion de faire un portrait de femme forte?

R Oui. De femme forte et courageuse, une femme qui a quatre enfants, qui a mené de front sa carrière de pneumologue et un combat qui a absorbé cinq années de sa vie. C'est admirable. Elle n'a eu peur de rien même si elle combattait quelque chose de très puissant. Elle a aussi suivi toutes les étapes du projet et est partie prenante du film parce qu'elle poursuit son combat quotidien pour faire indemniser les victimes.

L'indignation de Benoît Magimel

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Sidse Babett Knudsen et Benoît Magimel dans une scène de La fille de Brest

Fournie par AZ Films

PARIS / Benoît Magimel n'a pas froid aux yeux. Quelques mois après son inculpation pour délit de fuite - il a renversé une femme en voiture -, l'acteur n'hésite pas à rencontrer des journalistes pour discuter de La fille de Brest. D'autres auraient refusé. Pas lui. Parce qu'il juge le film important. La poursuite de la vente de ce médicament qui a tué des gens, «c'est scandaleux!»

L'acteur de talent, Prix d'interprétation à Cannes en 2001 pour La pianiste (Haneke, 2001), incarne Antoine Le Bihan, un chercheur qui lutte aux côtés d'Irène Fachon (interprétée par Sidse Babett Knudsen) pour faire interdire le Mediator. Des crimes comme ça, «il y en a eu et il y en aura d'autres». Ce qui le révolte, c'est la «trahison» vécue par ces citoyens, «comme vous et moi», qui ont «fait confiance au système». Il était d'autant plus emballé de retrouver Emmanuelle Bercot, qu'il estime beaucoup, après La tête haute (qui lui a valu le César du second rôle 2016).

Dans ce contexte, La fille de Brest devient utile pour lutter contre notre insensibilité collective, croit-il. «On utilise aussi le cinéma comme outil politique, tout en proposant un divertissement. C'est un film nécessaire pour mettre la lumière sur les victimes, des vraies personnes. On prend conscience de la tragédie.»

Qui a des répercussions également sur M. Le Bihan, qui a perdu son financement et dû s'exiler à Montréal. «Il pense sincèrement que ça valait la peine de tout perdre pour révéler un scandale pareil. Il savait qu'il y aurait des conséquences à s'attaquer à ces gens-là. Et il l'a fait quand même. C'est un héros discret et je trouve ça très beau.»

Bien que La fille de Brest fasse oeuvre utile, Benoît Magimel ne se fait pas trop d'illusions. «On est face à des puissances économiques très fortes. Je ne pense pas que les labos pharmaceutiques soient inquiétés plus qu'il ne le faut.» Un constat réaliste. Mais ce qui le désole le plus, c'est que la mainmise des pharmaceutiques sur le système français n'offre pas suffisamment de garde-fous pour les médicaments. «Ils ne sont pas là pour sauver des vies, mais pour faire de l'argent.» Quand vous achetez, «vous n'avez aucune certitude»...  

La fille de Brest prend l'affiche le 31 mars.




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