La passion de Bérénice Bejo

Les personnages incarnés par Bérénice Bejo et Cédric... (Fournie par Axia Films)

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Les personnages incarnés par Bérénice Bejo et Cédric Kahn dans L'économie du couple se déchirent sur la part exacte que chacun doit recevoir de la vente de leur maison et à propos de la garde de leurs jumelles.

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(Paris) PARIS / «Je suis demeurée la même personne.» Six ans après l'incroyable succès planétaire de L'artiste, de son conjoint Michel Hazanavicius, Bérénice Bejo dit être animée par les mêmes convictions. On serait tenté de la croire. Intelligente, charmante et enjouée, l'actrice de 40 ans choisit ses projets au mérite. Comme tourner un film d'auteur sur... un divorce, de Joachim Lafosse.

On pourrait penser qu'elle a déjà donné après Le passé d'Asghar Farhadi, qui lui a valu le Prix d'interprétation à Cannes, en 2013. Mais son désir de travailler avec le réalisateur belge l'a emporté. La seconde fois. L'actrice a passé son tour pour Les chevaliers blancs (2015) - le rôle était trop similaire à celui de The Search (2014). «Michel me dit en blaguant que j'aurais dû accepter, vu que personne n'a vu son film [un échec commercial]», rigole-t-elle.

Pas question de refuser L'économie du couple. Les films de Lafosse «sont très spécifiques, dans les thèmes, sa façon de diriger les acteurs. Je ne pouvais pas dire non. Et je ne le regrette pas. Même si c'était épuisant. [...] Nous avons tourné certaines scènes 40 fois. La première, plus de 80 fois. J'aimais cette obsession. Pas Cédric [Kahn], il en devenait fou. J'aime les réalisateurs forts. Je me sens en confiance.»

Les deux acteurs jouent un couple qui se déchire sur la part exacte que chacun doit recevoir de la vente de leur maison et, dans une moindre mesure, à propos de la garde de leurs jumelles. Marie, femme intransigeante qui a financé l'achat, n'est pas prête à céder un pouce à Boris, qui a rénové leur nid d'amour. La décharge de sentiments est énorme dans ce film subtil et parfaitement maîtrisé.

Ironiquement, il s'agit de deux Marie, mais très différentes. Celle du Passé est introvertie, alors que celle de L'économie du couple «dit tout, est en colère, frustrée. Elle est méchante et triste.»

Le goût du jeu

Bérénice Bejo a toujours su qu'elle voulait devenir actrice - dès l'âge de cinq ans. C'est tout le contraire pour Cédric Kahn, d'abord et avant tout un scénariste et réalisateur (Roberto Succo, 2001). Lors de notre première rencontre, il y a quatre ans, il jouait pour la première fois dans Alyah. Et y a pris goût depuis. «J'ai découvert que j'avais cette possibilité. Après, je n'accepte que ce que j'ai vraiment envie de faire.»

Pour ce film, «c'était impossible à refuser. À la limite, je fais ce rôle et je peux arrêter. C'est un personnage très riche.» Au contraire de sa situation sociale - Boris est né pauvre. «Il veut réparer cette injustice. À l'intérieur d'une lutte de couple, elle veut qu'il parte, il ne veut pas partir, il y a une lutte de classe. Elle a l'angoisse d'être volée; le pauvre, celle de l'humiliation. Chacun est dans sa névrose.» C'est aussi l'ordre établi contre l'anarchie...

Le sympathique homme de 50 ans ne s'est pas senti intimidé de se confronter à une actrice talentueuse, plusieurs fois récompensée, qu'il n'avait jamais rencontrée avant le premier jour de tournage. «Sur le plateau, on est tous au même niveau. On est dans une autre réalité. Si je devais jouer avec une star hollywoodienne ou une fille trouvée dans la rue, pour moi c'est la même chose.» Curieusement, le père de trois enfants était plus intimidé par les jumelles...

Reste que son naturel, son jeu moins mécanique et plus incarné que bien des acteurs, s'avère un atout pour L'économie du couple. «C'est un vrai compliment. Ça fait partie de mon choix, savoir si je peux être crédible.»

À un autre niveau, il y avait une autre dualité, celle d'un réalisateur qui doit diriger un autre réalisateur - un potentiel de rivalité explosif. «En ce qui concerne mon personnage, j'ai le droit de me confronter à mon réalisateur et défendre mes positions. Mais au-delà, je n'interviens pas. Il faut être vigilant de ne pas franchir la limite.» Il n'avait pas à s'en faire : «Ça a été un complice et un acteur formidables. Il y a peu d'acteurs de sa génération qui ont cette virilité», souligne le réalisateur Joaquim Lafosse.

Reste que Cédric Kahn est d'abord et avant tout un cinéaste - il tourne d'ailleurs La prière en ce moment. Mais sa remarquable prestation dans L'économie du couple lui a valu beaucoup d'offres. Il a accepté d'apparaître dans le prochain Mia Hansen-Løve, Maya.

Pas de carrière américaine

Bérénice Bejo a aussi beaucoup de propositions, mais elle ne rêve pas d'une carrière américaine à tout prix - «surtout avec mes deux enfants». Elle tourne régulièrement, avec des réalisateurs de plusieurs pays. Dans la mesure du possible, sa progéniture (8 et 5 ans) l'accompagne. Le jour de l'entrevue, ils allaient d'ailleurs la voir au théâtre, où leur mère tenait un rôle pour la première fois.

Le cinéma reste sa passion. Elle sera du prochain Hazanavicius sur Godard (Le redoutable); celui du frère de son mari (Tout là-haut); Fais de beaux rêves de Marco Bellochio; mais on la verra aussi dans le prochain long métrage du Québécois Ken Scott. Le tournage de L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea est prévu plus tard cette année.

Même si elle partage sa vie avec un réalisateur, la belle Franco-Argentine ne manifeste aucun désir «pour l'instant» de passer derrière la caméra. «J'aimerais bien être scripte-éditrice comme Carrie Fischer. Ou productrice. Mais je suis heureuse avec ce que je fais.»

Joachim Lafosse, un enfant du divorce

Le réalisateur Joachim Lafosse a exploré l'envie de... - image 3.0

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Le réalisateur Joachim Lafosse a exploré l'envie de gémellité du couple par le miroir que sont les jumelles.

L'émancipation féminine est un énorme progrès, mais a eu un petit effet pervers pour certains couples dont la femme gagne plus que l'homme. Joachim Lafosse a voulu explorer ce paradoxe avec L'économie du couple. Tout en rendant hommage à son film fétiche, l'adaptation de Qui a peur de Virginia Wolfe? (1966) par Mike Nichols. 

«Pour qu'il y ait une histoire d'amour, il faut être capable de s'y abandonner. Or s'abandonner, c'est risquer de perdre. On ne peut pas vivre une histoire d'amour sans rien donner. Sauf que, quand elle s'arrête, on aurait le goût de reprendre ce qu'on a donné. C'est souvent impossible», souligne le réalisateur belge, jeans noir, chandail gris, regard allumé et courte barbe.

Ce qui l'intéressait, plutôt qu'une illustration macro de l'économie mondiale, c'était de partir de l'intime pour observer «ce rapport à cette économie, mais dans le couple.» Un vecteur puissant de désunion s'il en est un, mais pas ici. «L'argent n'est pas la cause de la séparation de Boris et de Marie, c'est le symptôme de leurs difficultés. [...] On est autre chose que la valeur économique qu'on a.»

L'homme de 42 ans sait de quoi il parle puisqu'il s'est retrouvé dans cette situation... après le tournage! A-t-il été prescient? «Peut-être. Ma femme et moi, nous avions les mêmes dialogues que dans le film. Qu'est-ce qu'on manque d'imagination!» Par contre, ses parents se sont déchirés pour des questions d'argent. «Je pense que c'est ça que j'ai mis en scène.»

Huis clos dépouillé

Il a aussi exploré l'envie - «impossible» - de gémellité du couple par le miroir que sont les jumelles, les enfants du couple. Il n'a pas eu à puiser loin pour l'inspiration. Quand ses parents se sont séparés, ils ont dit à son jumeau et lui, «c'est pas grave, vous restez ensemble. C'était terrible. On peut faire 20 films avec cette phrase!»

Ce cinéphile averti - il voue un culte à Lumet, Pialat, Lubitsch, Welles et Kiarostami - en aura au moins fait un, ce huis clos qui se distingue par la rigueur de sa réalisation dépouillée. «Ça me fait extrêmement plaisir ce que vous dites. Ça ne se voit pas, mais pour moi, il s'agit du film le plus abouti que j'ai fait. Une bonne mise en scène est une mise en scène qui ne se voit pas.» 

Ce qui importe, c'est le regard du réalisateur sur son sujet. «Virginia Wolfe, c'est ça.» Mais aussi la contribution des acteurs. «Il faut les laisser commettre un hold-up sur le film. C'est comme ça qu'on arrive à la justesse. Richard Burton et Elizabeth Taylor, on sent bien que ça a dépassé Mike Nichols.»

Présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, vendu dans une vingtaine de pays, L'économie du couple a un beau parcours. Joachim Lafosse, lui, tournera ensuite l'adaptation de Continuer de Laurent Mauvignier, avec sa compatriote Virginie Elfira dans le rôle principal. Ils partagent une passion commune pour le roman. «C'est déjà un bon début.»

L'économie du couple prend l'affiche le 31 mars. 

Les frais de ce reportage ont été payés par UniFrance.




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