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Je ne suis pas votre nègre: percutante leçon d'histoire ***1/2

James Baldwin avait placé la discrimination au centre... (Fournie par Métropole Films)

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James Baldwin avait placé la discrimination au centre de son oeuvre. La prospérité américaine, disait-il, s'est faite au détriment de l'exploitation de sa population noire et autochtone.

Fournie par Métropole Films

Le SoleilÉric Moreault 3/5

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CRITIQUE / En 1979, l'écrivain James Baldwin décide d'écrire un manuscrit révolutionnaire relatant l'histoire du racisme américain à travers le prisme de l'assassinat, entre 1963 et 1965, de ses trois amis et militants célèbres : Medgar Evers, Malcolm X et Martin Luther King Jr. Il n'en écrira qu'une trentaine de pages. Raoul Peck a décidé de mettre en images, de façon très puissante, cette percutante leçon d'histoire à l'aide des mots éclairants de l'homme et d'un titre sans équivoque : Je ne suis pas votre nègre (I Am Not Your Negro). Un must.

Le documentariste haïtien n'en est pas à ses premières passes d'armes avec le pouvoir blanc. Son puissant Lumumba, la mort d'un prophète (1990) questionnait l'implication des États-Unis (par l'entremise de la CIA) et de la Belgique dans la mort du premier ministre du Zaïre. Ce que les deux pays ont reconnu depuis.

Cette fois, il tourne sa caméra vers l'intérieur de notre voisin du Sud et son racisme systémique. Pour l'essentiel, il laisse les mots de Baldwin, à l'aide d'entrevues d'archives ou de passage narrés par Samuel L. Jackson, nous guider à travers ce voyage au coeur de la noirceur. Raoul Peck se sert aussi d'extraits de films hollywoodiens qui sont extrêmement révélateurs et dévastateurs.

James Baldwin (1924-1987) a touché à toutes les facettes de la littérature, mais il s'est surtout avéré un essayiste courageux qui a placé la discrimination au centre de son oeuvre. Selon l'humaniste, celle-ci loge dans l'indifférence, l'ignorance et la peur de l'autre : «Je suis terrifié par cette apathie morale et leur indifférence.» Il met en exergue le rôle dégoûtant du pouvoir politique et économique. La prospérité américaine, dit-il, s'est faite au détriment de l'exploitation de sa population noire et autochtone.

Le documentaire de Peck le démontre méthodiquement en utilisant des images d'époque (certaines, dégoulinantes de haine, sont révoltantes dans leur illustration du racisme ordinaire). Toute l'intelligence de la démonstration tient toutefois dans la juxtaposition d'images des émeutes et des manifestations d'époque (Birmingham, Oakland, Watts, etc.) avec les récentes comme à Ferguson (2014). Plus ça change...

Un seul extrait d'une entrevue avec Robert Kennedy s'avère saisissant. Le procureur général des États-Unis (1961 à 1964) et frère cadet de JFK déclare qu'il est envisageable qu'il y ait un président noir d'ici une quarantaine d'années. Il a eu raison. Mais son propos illustrait également l'énorme fossé de l'époque, creusé depuis l'esclavagisme et jamais comblé, même de nos jours.

Le film manque toutefois cruellement de contexte pour quiconque n'est pas familier avec l'intense période de la lutte pour les droits civiques qui a secoué les États-Unis. Il tient aussi pour acquis que le spectateur a une bonne connaissance de Medgar Evers, de Malcolm X et de Martin Luther King Jr. Ce qui n'enlève pas grand-chose à la puissance de Je ne suis pas votre nègre.

Si l'Académie avait un peu de sens, elle décernerait dimanche à ce film intègre et courageux l'Oscar du meilleur documentaire, malgré son manque de perspective. Et bien que ce soit carrément impossible avec le président actuel, on devrait obliger tous les étudiants du secondaire à le visionner. Le fameux vivre ensemble ne s'en porterait que mieux. On pourrait d'ailleurs facilement transposer à notre époque la crainte ressentie envers les musulmans, aux États-Unis comme ici.


Au générique

  • Cote:   ***1/2
  • Titre: Je ne suis pas votre nègre (v.o.a.s.-t.f.)
  • Genre: documentaire
  • Réalisateur: Raoul Peck
  • Classement: général
  • Durée: 1h35
On aime: La démonstration implacable. L'utilisation des images d'époque. La brillance des écrits de James Baldwin.

On n'aime pas: Un manque de contexte.




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