Ceux qui font les révolutions... : un pétard mouillé **

Récit de quatre jeunes déçus du Printemps érable... (Fournie par K-Films Amérique)

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Récit de quatre jeunes déçus du Printemps érable qui sombrent peu à peu dans le terrorisme domestique gratuit, Ceux qui font les révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau s'avère aussi long, prétentieux et hermétique que le titre, qui cite Saint-Just.

Fournie par K-Films Amérique

Le SoleilÉric Moreault 2/5

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(Québec) CRITIQUE / Ceux qui font les révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau arrive sur grand écran précédé d'une odeur sulfureuse. Le long métrage s'intéresse au sort de quatre militants déçus du Printemps érable qui sombrent peu à peu dans le terrorisme domestique gratuit. Radical, militant et poétique, le long métrage de Mathieu L. Denis et Simon Lavoie s'avère toutefois aussi long, prétentieux et hermétique que leur titre, qui cite Saint-Just. Un pétard mouillé.

L'étrange oeuvre suit la radicalisation d'un quatuor d'extrême gauche, qui vit pêle-mêle dans un appartement sombre, depuis l'échec des manifestations sur la hausse des droits de scolarité. Elle juxtapose images d'archives, citations et références (Hubert Aquin, Pierre Vallières, Aimé Césaire, Gaston Miron, Albert Camus, etc.) à son propos, tout en multipliant les digressions sur la forme et le fond.

En entrevue, les cinéastes expliquaient qu'il s'agit d'un film qui n'est pas fait pour plaire et souhaitaient que ceux qui ne l'aiment pas le détestent avec ferveur. J'aurais aimé que ce soit le cas. Leur très, très long métrage (3h03) m'a profondément ennuyé avec ses longueurs (évidemment) et ses travellings interminables qui n'apportent strictement rien. L'écriture cinématographique se réalise aussi beaucoup au montage. De toute évidence, la chose leur a échappé.

Un peu agacé aussi par son parti pris caricatural, notamment dans sa description des parents bourgeois de nos quatre agités en herbe. 

Surtout déçu par le ton de la chose. Passons sur le fait que les techniques de distanciation (adresse à la caméra, citations en surimpressions, tirades engagées, intégration des autres arts, etc.) n'ont rien de révolutionnaire - elles semblent tout droit sorties du cahier de réalisation de Jean-Luc Godard dans sa période Dziga Vertov (1968-1972). 

Non, c'est surtout que le duo aurait pu faire oeuvre utile au lieu de prêcher aux convertis. Il ne réussit pas à réellement cerner les enjeux sociaux en cause, rendant la rage et l'absolutisme des protagonistes presque incompréhensible. La soif d'absolu de la jeunesse n'explique pas tout...

Pour ce qui est de leur insistance à provoquer le spectateur, en multipliant les scènes de nudité en gros plan, en particulier de Gabrielle Tremblay, leur actrice transsexuelle, ou en proposant une ouverture en noir de cinq minutes, par exemple, elle m'est apparue aussi puérile que les motivations de leurs personnages, à peine esquissés. Qui sont, en passant, franchement antipathiques et surjoués (à l'exception de celui de Gabrielle Tremblay, très bonne).

Mathieu L. Denis et Simon Lavoie (Laurentie) vont tenter de nous humaniser tout ça vers la fin, mais rendu là, le spectateur normalement constitué aura depuis longtemps lancé l'éponge. De la même façon, les très beaux moments de cinéma ne réussissent pas à compenser une certaine complaisance dans la réalisation, notamment les lancers de cocktails Molotov au ralenti qui sont carrément obscènes.

D'ailleurs, le quatuor très porté sur l'autocritique s'interroge très peu sur leur violence, les réalisateurs non plus. Dans le contexte, ça me semble un manquement majeur.

Ceux qui font... a tout de même gagné le prix du meilleur film canadien au récent festival de Toronto (TIFF).

Au générique

Cote : **

Titre : Ceux qui font les révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau

Genre : drame

Réalisateurs : Mathieu L. Denis et Simon Lavoie

Acteurs : Charlotte Aubin, Laurent Bélanger, Emmanuelle Lussier-Martinez et Gabrielle Tremblay

Classement : 16 ans et plus

Durée : 3h03

On aime : de beaux moments cinématographiques, le jeu naturel de Gabrielle Tremblay

On n'aime pas : la complaisance, la prétention de l'ensemble, l'occasion manquée

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