Jean-François Laguionie: de main de maître

Louise en hiver est l'oeuvre de Jean-François Laguionie, un... (Fournie par Axia Films)

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Louise en hiver est l'oeuvre de Jean-François Laguionie, un des meilleurs cinéastes d'animation en France.

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(Paris) PARIS / Jean-François Laguionie, avec ses douces manières, sa voix traînante et ses cheveux blancs, a l'air rassurant du papy qui raconte des histoires. Ce qu'il fait d'ailleurs admirablement avec ses pinceaux - il est considéré comme l'un des meilleurs cinéastes d'animation en France.

Le réalisateur livre avec Louise en hiver, histoire d'une vieille femme «oubliée» qui se résigne à passer l'hiver dans une station balnéaire, son film le plus intime. À 77 ans, il caresse deux autres projets de long métrage : «Je ne sais rien faire d'autre.» Rencontre avec un maître et un sage affable.

Q Qu'est-ce qui vous a inspiré ce récit sur l'abandon et la résilience?

R C'est une vieille histoire, que je destinais plutôt à la prise de vue réelle. C'était un peu un caprice. Je n'aurais sans doute pas été capable. Je cherchais un sujet après Le tableau (2011), mon film précédent, et comme le temps passant j'avais l'âge du personnage, je trouvais que c'était l'occasion de m'y attaquer. À condition que ça reste léger, un peu surréaliste... Je me suis dépêché d'inclure des choses qui ne sont pas très vraisemblables, comme je l'ai toujours fait dans mes films [notamment La traversée de l'Atlantique à la rame, Palme d'or en 1978]. C'est un film sur la résilience, en effet, à propos [d'une femme âgée] qui, à l'occasion d'un petit accident, va se dire : «Pourquoi pas revoir ma vie autrement?» Louise va tout ouvrir, abandonner sa maison pour s'installer sur la plage. Pourquoi? Je n'ai pas grand-chose à répondre sinon que j'en ferais autant... (rires)

Q Louise en hiver est aussi un film sur la solitude?

R Oui. Mais la solitude est pleine de choses (rires). Ça va lui permettre de découvrir, d'abord, qu'il y a tout un tas de vie autour d'elle : les animaux du rivage, les oiseaux... Et puis elle va découvrir la vie qui était en elle dans son passé, ses souvenirs, ses rêves, qu'elle n'osait peut-être pas aborder. Cet accident va réveiller tout ça. Je ne me suis pas cassé la tête, vous savez (rires). D'autant plus que ses souvenirs [d'enfance] sont des souvenirs personnels. J'ai vécu, par exemple, d'avoir été confié à ma grand-mère au pays des Falaises, juste après la [Seconde Guerre mondiale]. Je pouvais faire n'importe quelle connerie et elle me fichait la paix. C'est pas comme maintenant!

Q Louise n'est pas si seule puisqu'elle est rejointe par Pépère le chien. Est-ce qu'il existe?

R Oui. C'est le chien d'un couple d'amis restaurateurs qui habitent à un kilomètre de chez moi. Je m'en suis inspiré. Il n'était pas dans la première version. Mais il m'a servi pour qu'elle puisse dialoguer avec quelqu'un d'autre qu'elle-même. En plus, les chiens me bouleversent. Ils sont tellement couillons (rires)...

Q C'est un outil scénaristique, mais rien n'indique qu'il est réel. Louise peut se l'imaginer, non?

R Complètement. Cette histoire est très ouverte, il y a plein d'interprétations possibles. J'ai des spectateurs qui m'ont demandé si toute l'histoire n'était pas un rêve que Louise fait sur la plage. Je n'y avais jamais pensé, mais c'est tout à fait possible.

Q Ah non! J'aime bien l'idée que c'est une femme qui va se découvrir des ressources insoupçonnées en elle.

R Exactement. Elle va se découvrir elle-même. C'est dans la résistance qu'on se connaît un peu mieux et par rapport aux autres, évidemment. [...] Louise m'a marqué.

Q Parmi vos influences pour ce film, vous citez En attendant Godot. Qu'est-ce que Beckett vient faire là-dedans?

R (Rires) C'est une autre passion pour moi. C'était un peu une boutade. 

Q Parlant de passion, vous avez dit qu'il s'agissait de votre film le plus intime. Dans quelle mesure?

R D'une part, parce que j'ai réveillé des souvenirs d'enfance. D'autre part, parce que je n'ai plus envie de me laisser embarquer dans des films d'aventures. J'ai envie de faire des choses qui sont un peu plus éprouvées sur le plan humain. L'animation a été trop longtemps marquée par le spectacle distrayant. Ça ne fait pas longtemps que le public accepte qu'un film d'animation puisse être grave ou inquiétant. Alors qu'on pourrait tout faire en animation. J'ai l'impression parfois que c'est un moyen d'expression qui n'en est qu'à ses débuts. Si on continue comme ça, on va adapter Shakespeare, faire des films érotiques ou policiers... En ce moment, on est passé une marche au-dessus.

Louise en hiver prend l'affiche le 3 février.

Les frais de ce reportage ont été payés par UniFrance.

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