Voyage sonore au pays de la poutine

Après sept ans de labeur, Karl Lemieux arrive... (Fournie par Funfilm)

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Après sept ans de labeur, Karl Lemieux arrive avec Maudite poutine, un film sans compromis à l'esthétique industrielle et très sombre, en parfait accord avec la violence sourde de son récit.

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(Québec) Quand il était ado, Karl Lemieux aimait bien traîner dans le sous-sol de ses amis qui jouaient de la musique. À Kingsey Falls, c'était une façon de tromper l'ennui, comme il le dit, mais aussi d'explorer des formes artistiques plus radicales. Ajoutez à ça les motards, les champs de pot, le mal de vivre masculin et vous avez Maudite poutine, une expérimentation cinématographique qui détonne. «C'est un peu comme un voyage sonore», explique le réalisateur.

Il ne faut guère s'en étonner. Son premier long métrage, après sept ans de dur labeur, est la conjugaison de sa démarche très particulière. Il décrit ses courts expérimentaux précédents comme de la «peinture en mouvement». Il consacre aussi une bonne partie de sa pratique à des projections pour les prestations du groupe culte post-rock Godspeed You! Black Emperor. Le cinéaste de 36 ans l'avoue volontiers : avec un film narratif plus classique, «c'est un tout autre monde qui s'ouvre».

N'empêche. Maudite poutine clame haut et fort sa différence. Film sans compromis, il propose une esthétique industrielle et très sombre, en parfait accord avec la violence sourde de son récit. Il s'intéresse au parcours de Vincent, batteur et gars d'usine en région, qui se met dans le trouble en volant du pot aux motards. Désemparé, il renoue avec son frère délinquant pour se sortir du pétrin...

Un long métrage très masculin, donc. «L'histoire s'est imposée comme ça.» Nourrie par les récits de son enfance sur des pushers qui ont fait l'erreur d'écouler leur marchandise au mauvais endroit. «Il y en a eu des drames sérieux, des histoires troublantes. C'était pas toujours des motards, mais le commerce de la drogue était organisé par des gangs et il fallait pas jouer sur le mauvais territoire. Il y a vraiment eu des histoires d'horreur autour de ça. À un moment donné, ça marque...»

Karl Lemieux a grandi à une vingtaine de minutes de Victoriaville, capitale autoproclamée de la poutine. Mais le titre fait plutôt référence à «un mauvais mélange de choses» - qui va avoir des conséquences tragiques pour Vincent (Jean-Simon Leduc) et son frère (Martin Dubreuil). Il reflète aussi le fait qu'il s'agit «d'un film profondément québécois». En effet. 

Personnel et universel

Un film très personnel, également : «C'est important de puiser à quelque chose qu'on connaît et qui nous habite.» Il y a un peu de lui dans Vincent, étranger à cet univers qui a pourtant longtemps été le sien. Comme le réalisateur : «En grandissant, c'était évident que je ne resterais pas là toute ma vie.»

Maudite poutine a néanmoins une résonance universelle. Lors de sa présentation au Festival de Venise, en sélection officielle, dans la section Horizons, des Italiens ont témoigné se reconnaître dans cette histoire - tout comme des spectateurs qui l'ont vu au Festival du nouveau cinéma.

Il faut dire que son aspect brut s'avère très évocateur. Karl Lemieux a d'ailleurs tenu à mélanger ses acteurs connus à des non professionnels. L'affaire a pris une drôle de tournure pour Robin Aubert, natif de Kingsey Falls, quand il a réalisé qu'il allait jouer avec des amis d'enfance! «Il est très respecté dans ce coin-là. Je me suis dit que ça allait créer une énergie intéressante.»

Le jeune réalisateur a aussi rapidement convaincu les vétérans Dubreuil et Marie Brassard de tenter l'aventure. Le premier s'imposait comme une évidence alors que la deuxième est une «vieille amie» avec laquelle il a travaillé.

Le cinéaste a opté pour un tournage en 16 mm noir et blanc, de la pellicule qu'il utilise «toujours» dans ses installations et projections. «C'est important de travailler avec des outils avec lesquels on se sent plus à l'aise. C'est aussi une référence à l'esthétique de la culture underground des années 80.» 

On ne s'étonnera pas quand le jeune homme dit avoir «fait un film qu'il aimerait voir». «C'est important d'aller dans une direction qu'on aime. J'aime le cinéma exigeant, qui ne donne pas toutes les réponses.»

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