Michael Dudok de Wit: la métamorphose de la tortue

Après un premier acte où le naufragé va... (Fournie par AZ Films)

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Après un premier acte où le naufragé va explorer son île et tenter à quelques reprises de la quitter sur un radeau, il va tomber amoureux de la femme-tortue, fonder une famille et puis vieillir.

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(Paris) Il y a dans La tortue rouge une métamorphose fabuleuse - qui n'a rien à voir avec Kakfa. Celle où la tortue du titre devient une femme à la chevelure... rouge, évidemment! Le bijou d'animation de Michael Dudok de Wit prend alors une tout autre dimension, devenant une superbe histoire sur le cycle de la vie, un film universel qui mérite ses louanges et son Grand Prix du jury de la section Un certain regard, au dernier Festival de Cannes. Le Soleil a rencontré à Paris le réalisateur oscarisé d'origine néerlandaise qui est presque devenu Québécois pour discuter de ce projet qu'il a «adoré».

Grand, barbe et chevelure blanches et d'une franchise presque brutale, le sexagénaire raconte presque avec incrédulité sa trajectoire des dernières années, dont son Oscar pour son court métrage Père et fille (2000). Une récompense qui n'a pas changé grand-chose, avoue-t-il, à part de l'estime et un contrat payant avec une firme américaine de pub.

Il reprend son métier et quelques années passent. Jusqu'à ce courriel du mythique studio Ghibli (fondé par Hayao Miyazaki et Isao Takahata). Lui qui n'avait pas envie de créer un long a «presque dit oui avant d'en avoir fini la lecture». Il prend le temps d'y réfléchir, mais plonge rapidement - c'est quand même La Mecque de l'animation. Sauf qu'il doit réaliser son film en Europe (à Angoulême), avec sa propre équipe, lui, un solitaire! Mais comme le studio a le respect total «du réalisateur et de son oeuvre» et qu'on lui donne carte blanche...

«J'avais quelque chose qui mijotait dans ma tête depuis longtemps.» À savoir, l'idée d'un naufragé seul dans la nature d'une île déserte - inspirée par une série de son enfance sur Robinson Crusoé. Mais ça ne suffit pas. Jusqu'à l'éclair d'inspiration à propos de la tortue. «J'étais très heureux, mais j'ai eu de la difficulté à l'intégrer à l'histoire.»

Ce n'est rien comparé à ce qui l'attendait. Le scénario écrit, l'équipe le transfère sur l'animatique (une ébauche visuelle). «Il y avait des scènes qui marchaient mentalement, mais le feeling n'était pas là. J'avais besoin d'aide.»

Ce coup de pouce va provenir de la réalisatrice et scénariste Pascale Ferran (Lady Chatterley, Bird People): «Elle a sauvé le film!» s'exclame-t-il. «J'aimais bien son intelligence et son aspect très intuitif. Elle connaît très bien le langage du cinéma et comment exprimer des mystères dans une histoire.» Reste que le réalisateur n'était pas au bout de ses peines. «C'est très intime [la création], il y a plusieurs choses que tu ne peux pas expliquer.»

Puis l'équipe s'est rendu compte que les dialogues ne fonctionnaient pas du tout: «C'était artificiel.» Leur absence «n'est pas un statement. Idéalement, je veux que les gens ne se rendent pas compte qu'il n'y a pas de dialogues». 

Mission réussie! Après un premier acte où notre naufragé va explorer son île et tenter à quelques reprises de la quitter sur un radeau, il va tomber amoureux de la femme-tortue, fonder une famille et puis vieillir. 

«Sinon, ça ne m'aurait pas intéressé. Une histoire, c'est chouette. Divertir, c'est chouette. De très beaux décors, je trouve ça essentiel, mais ce n'est pas assez. Je voulais quelque chose qui nous touche plus subtilement et profondément. Les grands cycles de la vie, la présence de la mort, la beauté et les mystères de la nature... Il y a plusieurs couches de lecture. C'est comme ça que j'aime créer.»

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Le réalisateur de La tortue rouge, Michael Dudok de Wit

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Dimension écologique

En sous-texte, bien que la chose n'ait pas été consciente, juge-t-il, le récit a aussi une dimension écologique. «En fait, le film exprime un respect pour la nature. C'est la base. Il n'y a pas un grand message. Mais, idéalement, il doit éveiller chez le spectateur à quel point la nature fait partie de nous.»

Une fois les problèmes réglés, Michael Dudok de Wit a entamé une course contre la montre pour que le film soit prêt pour Cannes 2016 même si le prestigieux festival «ne met pas beaucoup l'animation en valeur». Le prix remporté par La tortue rouge, c'est bien, mais le réalisateur était surtout content de l'énorme visibilité que lui procurait à la base sa présentation sur la Croisette. 

Il a depuis montré son touchant et poétique long métrage dans une dizaine de festivals. Pas mal pour un gars qui n'a pas réussi à percer à l'Office national du film après ses études - on a rejeté le scénario qu'il y a présenté. Michael Dudok de Wit restera un temps à Mont-réal. «J'ai failli immigrer. Je me disais: "Je pourrais vivre ici."» 

Finalement, le destin en a décidé autrement. Il n'en garde aucune amertume. Après tout, ça ne l'a pas empêché, bien au contraire, de mener une fructueuse carrière...

Note: les frais de ce reportage ont été payés par UniFrance.

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