Manchester by the Sea: réussite (presque) totale ***1/2

Casey Affleck compose un homme taciturne, rongé par... (Fournie par Métropole Films)

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Casey Affleck compose un homme taciturne, rongé par le désespoir, fantôme de lui-même qui erre dans une vie dont il est dépossédé par la souffrance.

Fournie par Métropole Films

Le SoleilÉric Moreault 3/5

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CRITIQUE / Les nominations sont encore inconnues que, déjà, Manchester by the Sea figure parmi les favoris aux Oscars. Ce drame familial très touchant de Kenneth Lonergan se distingue par son approche délicate et nuancée des tourments d'un homme qui vit avec le poids d'une terrible tragédie, mais aussi par sa véracité psychologique. Le tout porté par une performance exceptionnelle de Casey Affleck dans la peau de cet écorché vif. Une réussite (presque) totale.

Lee Chandler (Affleck), modeste concierge, doit retourner dans sa ville natale de Manchester après le décès soudain de son frère aîné, Joe (Kyle Chandler). À sa grande surprise, le testament lui confie la garde de son neveu Patrick (Lucas Hedges), 16 ans.

Lee ne veut rien savoir, tourmenté par les souvenirs qui le hantent et les regards que lui lancent les habitants de la petite communauté. Sauf que Patrick ne veut rien savoir, lui, de déménager à Boston. Sa vie d'ado - son école, ses deux blondes (!), son équipe de hockey, son (très mauvais) band rock - est à Manchester. Le bateau de son père aussi.

Touche par touche, à l'aide de courts retours en arrière implicites misant sur le non-dit, le réalisateur américain dévoilera des pans de la vie somme toute heureuse des frères Chandler, tout en explorant la cohabitation forcée et la relation maladroite entre Lee et Patrick. La vie dans ce qu'elle a de plus concret.

Kenneth Lonergan est un dramaturge respecté qui a fait ses premiers pas au cinéma comme scénariste - les comédies Analyse-moi ça et Gangs of New York de Scorsese. Il passe derrière la caméra avec Tu peux compter sur moi (Grand prix à Sundance en 2000) et Margaret (2011), deux films remarqués pour leurs qualités cinématographiques.

Manchester by the Sea pousse sa démarche un cran plus loin.

Lonergan ne cherche pas à forcer l'émotion. Il préfère installer sa caméra à distance, cadrant large, pour laisser toute la charge émotive s'imposer d'elle-même. Cette approche respectueuse et attentive génère des moments très forts. De l'humour, judicieusement utilisé, vient dédramatiser et offrir une couche supplémentaire de vraisemblance à des personnages qui ont l'épaisseur du réel.

On ne comprend donc pas l'utilisation abusive de violons qui viennent souligner à grands traits des moments émouvants. C'est non seulement contre-indiqué, mais ça va aussi à l'encontre des prémisses de sa réalisation. Vraiment dommage parce que Lonergan vient un peu gâcher un très grand et beau film.

D'autant que malgré des accès mélodramatiques, Manchester n'est pas une histoire de rédemption couronnée par une fin heureuse imposée - plutôt une magnifique lueur d'espoir. Avec beaucoup d'à-propos et de lucidité, Lonergan scrute les notions d'amour fraternel, de transmission, de communauté, de sacrifice... De survivance aussi. Celle d'un homme dévasté par une erreur impardonnable.

À ce chapitre, l'interprétation tout en intériorité de Casey Affleck est absolument remarquable. Il compose un homme taciturne, rongé par le désespoir, fantôme de lui-même qui erre dans une vie dont il est dépossédé par la souffrance. Son visage douloureux, fermé comme un poing, livre à chaque instant son fardeau. Il n'en est pas antipathique ou pathétique pour autant. Affleck a gagné cinq prix d'interprétation déjà pour ce film et il est un candidat logique à l'Oscar d'interprétation.

Manchester by the Sea devrait aussi gagner la statuette du meilleur scénario original. Un des meilleurs films américains de l'année.

Au générique

  • Cote:  ***1/2
  • Titre: Manchester by the Sea (v.o.s.-t.f.)
  • Genre: drame
  • Réalisateur: Kenneth Lonergan
  • Acteurs: Casey Affleck, Lucas Hedges et Kyle Chandler
  • Classement: 13 ans et plus
  • Durée: 2h13
On aime: l'interprétation d'Affleck, l'approche nuancée, les surprenants moments d'humour

On n'aime pas: les violons mélodramatiques

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