L'obsession de Jenny selon les Dardenne

Adèle Haenel incarne la docteure Jenny Davin qui,... (Fournie par AZ Films)

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Adèle Haenel incarne la docteure Jenny Davin qui, par culpabilité, tentera de façon obsessive de découvrir l'identité d'une victime dont ella a refusé l'entrée à sa clinique.

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(Québec) Luc et Jean-Pierre Dardenne ont leur personnalité distincte, mais quand ils causent cinéma, on est frappé par l'unicité de leurs voix. Comme un couple de longue date, ce qu'ils sont, au fond, ils complètent la phrase amorcée par l'autre. Ou précisent, au besoin, une réponse. Lorsqu'on a téléphoné aux frères pour discuter de La fille inconnue, lors de leur passage au festival de Toronto (TIFF), ils ont uni leurs voix pour défendre ce drame mal-aimé lors de sa projection en compétition à Cannes, l'an dernier. Un long métrage qui présente un visage inédit de l'immigration. Mais, surtout, celui d'une obsession.

Le duo ne fait rien comme les autres. Son approche naturaliste, sensible, se colle à la vie. Si bien que depuis La promesse (1996), les frères se sont retrouvés huit fois de suite à Cannes, récoltant au passage deux Palmes d'or et quantité d'autres prix. Avec leur 10e long métrage, les Belges se sont un peu éloignés de leur signature habituelle en intégrant les codes du polar - à leur façon, bien sûr.

Les frères ont confié l'enquête à une docteure, Jenny Davin (Adèle Haenel). Un meurtre ou un accident, allez savoir, s'est produit en face de sa clinique. Se sentant extrêmement coupable parce qu'elle a refusé d'ouvrir la porte à la victime après les heures d'ouverture, la médecin tentera de façon obsessive de découvrir son identité. 

«Comment va-t-elle vivre avec ce sentiment même si elle n'a pas posé le geste, c'était ça, le pari», explique Luc. Ou Jean-Pierre, allez savoir.

Les frères Jean-Pierre et Luc Dardenne au Festival... (Archives AFP, Valery Hache) - image 2.0

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Les frères Jean-Pierre et Luc Dardenne au Festival du film de Cannes. Leur dernier film a été plutôt mal reçu par une partie de la critique sur la Croisette.

Archives AFP, Valery Hache

Manifestement, le pari n'a pas été très payant. Eux qui ne récoltent que des louanges (ou presque) auprès de la critique ont essuyé cette fois des reproches. Le scénario tiré par les cheveux et l'interprétation butée d'Adèle Haenel n'ont pas entièrement convaincu.

Les Dardenne avouent avoir été surpris par la réaction négative d'une partie de la critique. «Peut-être qu'ils n'ont pas vu le film qu'on voulait faire.» Il faut dire que le duo n'était pas entièrement satisfait du résultat. «Il y avait certaines longueurs.» Ils sont retournés à la table de montage pour une nouvelle version, pas énormément différente, souligne-t-on. Ils ne s'en offusquent pas. Avec ce film, «on a un vrai échange avec les journalistes comme vous».

Risques insensés

Il faut un certain acte de foi pour croire dans cette recherche de rédemption de la docteure. Son désir de sortir cette migrante de l'anonymat, qui la confine à une fosse commune au cimetière, va l'amener à prendre des risques qui n'ont aucun sens. «C'est pour ça que ça nous intéressait, justement. Elle ne réagit pas comme tout le monde dans la vraie vie. C'est l'intérêt de la fiction. [...] Ce qui l'obsède, ce n'est pas de trouver qui a posé le geste, mais trouver son nom.»

Au point de renoncer à une prestigieuse carrière dans une autre clinique, choisissant plutôt de continuer sa pratique dans ce quartier populaire avec des patients pas commodes. «Elle a la conviction qu'elle doit rester là» pour respecter le serment d'Hippocrate, mais aussi pour mener sa quête. 

Les visites à domicile servent autant à récolter des indices (c'est un peu gros) que de prétexte à un commentaire critique sur les exclus et la pauvreté. «Tous les gens qu'elle rencontre sont comme vous et moi. Ils ne veulent pas dire qu'ils connaissent la fille inconnue. Ce n'est pas étrange de faire ce qu'elle fait.»

N'empêche. La docteure Davin le fait au détriment de tout le reste, justement. Solitaire, elle va même jusqu'à camper dans son bureau. Cette recherche obsessive, «il n'y a plus que ça qui compte. Elle n'a pas d'autre vie. D'ailleurs, on n'a pas trouvé que c'était intéressant de lui trouver une autre vie.»

Vraiment? On ne peut pas dire que la docteure courage a une vie très sereine. «Oui. On pensait que cette fille était continuellement dans son obsession, il n'y a rien de drôle là-dedans. C'est quelque chose de très réaliste, mais ce n'est pas du tout ce qui nous intéressait. Plutôt comment elle va rencontrer des gens et les faire changer.»

Conquis par l'actrice

La fille inconnue repose sur les épaules d'Adèle Haenel, qu'on a déjà vue plus inspirée, notamment dans Suzanne (2014) et Les combattants (2015), César du second rôle et de la meilleure actrice, respectivement. Les Dardenne ont été conquis par l'actrice française. «Elle croit encore que l'homme est bon. C'est ça qui nous a captivés. On lui a demandé si elle voulait travailler avec nous.»

Ils ont ensuite changé le scénario. «La médecin était plus âgée au départ.» La femme de 27 ans a pris son rôle très au sérieux, allant étudier la pratique au quotidien d'un professionnel qui servait aussi de consultant sur le plateau. Une démarche essentielle à la véracité de La fille inconnue, croient les deux perfectionnistes. «Oui. Parce que c'est à partir des gestes médicaux que la vérité va apparaître.»

La fille inconnue prend l'affiche le 9 décembre.

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