Fuocoammare: détresse en mer ***1/2

Fuocoammare, sur la crise des migrants, agit comme... (Fournie par EyeSteel Films)

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Fuocoammare, sur la crise des migrants, agit comme un électrochoc nécessaire.

Fournie par EyeSteel Films

Le SoleilÉric Moreault 3/5

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CRITIQUE / Fuocoammare: par-delà Lampedusa a causé une immense surprise à la Berlinale 2016. Le pertinent documentaire de Gianfranco Rosi a remporté l'Ours d'or. Mais le monde en général, et l'Europe en particulier, étaient submergés par l'immense émotion provoquée par la crise des migrants et les naufrages incessants en Méditerranée. Ceci explique cela. Ce film leur donne une voix et place des visages sur cette épouvantable détresse, tout en traçant un étonnant parallèle entre leur misère et notre manque de considération.

Avec la Grèce, l'Italie est aux premières loges de la crise. Le réalisateur a décidé de poser sa caméra sur l'île minuscule de Lampedusa, au large de la Sicile. Depuis 20 ans, 400 000 migrants y ont transité. Au moins 15 000 de ces «pauvres âmes» ont péri dans cette quête pour une vie meilleure. 

De façon patiente, presque indolente, dans un style naturaliste s'apparentant à celui du néoréalisme italien, avec de longs plans épurés cadrés large, le réalisateur révèle l'histoire et la culture des habitants de l'île.

Fuocoammare (titre d'une chanson traditionnelle, «feu en mer») oppose ainsi le quotidien des quelque 6000 habitants à la tragédie quotidienne qui se déroule au large. Rosi s'attarde particulièrement à Samuele, un garçon de 12 ans obsédé par son lance-pierre, peu intéressé à cette mer qui rythme la vie des insulaires. C'est l'innocence de l'enfance qui ignore les tragédies se déroulant sur le seuil de sa porte.

Le contraste est d'autant plus saisissant que sa légère anxiété, presque celle d'un malade imaginaire, le conduit chez le docteur qui traite les migrants lors de leur arrivée à Lampedusa. Pietro Bartolo a tellement vu de corps d'enfants et de femmes qu'il en fait des cauchemars. Sa colère face à la situation est comme «un trou dans le ventre».

Lentement mais sûrement, le film de Rosi nous dévoile des pans de ce que vivent ces hommes, ces femmes et ces enfants qui fuient la Syrie, la Somalie, le Soudan, l'Érythrée... Les fouilles lorsqu'ils bordent les navires après avoir mariné dans le diésel et l'eau de mer; leurs récits chantés qui relatent leurs épreuves ahurissantes (viol, violence physique, prison, déshydratation, etc.); la promiscuité des camps de l'île... 

Les plans magnifiques cèdent de plus en plus le pas à la crudité de la réalité, celle du reportage sans filtre d'une caméra qui embarque avec des gardes-frontières à la rescousse d'un navire en perdition. La misère humaine dans ce qu'elle a de plus tragique.

Sans jamais avoir recours au sensationnalisme ni porter de jugement, Rosi expose méthodiquement la détresse de l'Autre et notre relative indifférence, notre impuissance aussi. 

Fuocoammare agit comme un électrochoc nécessaire. Chaque jour, ils sont encore des centaines à se lancer à corps perdu dans une traversée où ces désespérés risquent leur vie pour une lueur d'espoir...

Au générique

  • Cote :  *** 1/2
  • Titre: Fuocoammare: par-delà Lampedusa
  • Genre: documentaire
  • Réalisateur: Gianfranco Rosi
  • Distribution: Samuele Pucillo, Pietro Bartolo et Maria Costa
  • Classement: général
  • Durée: 1h54
On aime: l'angle particulier, l'humanisme du propos

On n'aime pas: le rythme parfois trop indolent

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