Les portraits de femmes de Chloé Robichaud

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Chloé Robichaud en tournage. De toute évidence, la femme de 28 ans est prête à renoncer à beaucoup pour vivre son désir de cinéma.

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(Québec) Chloé Robichaud a fait un pari audacieux pour Pays. Miser sur un portrait de trois femmes, contraintes à d'énormes sacrifices pour prendre leur place. Une réalité sociale, bien sûr, mais aussi de notre cinématographie trop souvent masculine à outrance. Et donc, par extension, un reflet de son statut de jeune réalisatrice.

Dans ce deuxième long métrage, la cinéaste originaire de Québec campe son récit dans un pays imaginaire dirigé par Danielle (Macha Grenon). La présidente doit négocier un accord d'exploitation minière avec le Canada, dont la délégation compte une députée néophyte (Nathalie Doummar). Entre les deux, Émilie (Emily VanCamp), une médiatrice chargée de trouver un terrain d'entente.

Le déroulement des négociations les forcera à sacrifier convictions, idéaux, voire famille, dans l'atteinte de leur but. «J'ai l'impression que c'est un apprentissage que je fais moi-même. Il y a toujours un revers à une médaille. On a un rêve, un objectif, mais il y a un sacrifice inévitable», croit-elle.

De toute évidence, la femme de 28 ans est prête à renoncer à beaucoup pour vivre son désir de cinéma. «Oui. J'ai pas eu une vingtaine normale. J'ai sacrifié certaines sphères de ma vie. C'est un métier qui exige beaucoup. On se met à nu aussi. C'est un sacrifice de soi-même. Mais le jeu en vaut la chandelle. J'aime mon métier. J'espère avoir la chance de le faire longtemps.»

Vrai que sa carrière a démarré sur les chapeaux de roues, avec la présentation de son court Chef de meute (2012) et de Sarah préfère la course (2013) à Cannes. Pays n'a pas eu la même fortune. Une déception, certes, mais elle s'est consolée avec l'ouverture du festival de Québec (FCVQ) et une présence à Toronto (TIFF).

Mélange de genres

Les festivaliers ont ainsi pu découvrir un «portrait de femmes dans la vraie vie, complexe et nuancé». Pas tant une oeuvre féministe «qu'un film qui prône l'égalité» - sa vision des hommes n'a rien de réducteur, d'ailleurs. N'empêche. «Si ça avait été trois personnages masculins, on n'en parlerait même pas.»

Femmes et pouvoir, donc. Pays n'est pas pour autant un film engagé. Bien sûr, avec ce titre, on peut y voir une projection d'un Québec indépendant, même si l'auteure a voulu qu'il ait une portée universelle. Mais le drame politique sert surtout de décor à un propos plus intime sur les désillusions, avec des traits d'humour, flirtant même avec la tragédie vers la fin.

Un mélange de genres qui «plaît à certains, à d'autres non». Une illustration aussi de la volonté d'exploration dont parle la jeune cinéaste. Cette déconstruction, lui fait-on remarquer, est typique de la Nouvelle Vague, qui a bouleversé le cinéma français à la fin des années 50, dont elle reprend certains traits esthétiques.

Les films de Godard, Truffaut, Rohmer et compagnie, découverts pendant ses années d'études au Cégep Garneau, sont de véritables coups de coeur. «Je me sentais différente. J'avais envie de déconstruire, et ce cinéma m'a parlé. Je suis encore à trouver la juste balance avec mon deuxième film et je vais évoluer. Mais je pense que ça amène le cinéma plus loin si on essaie de définir de nouveaux codes, tout en se servant de ceux qui fonctionnent, et en essayant de trouver les nôtres.» 

En attendant, Chloé tourne tout ce qui bouge (pubs, clips, série télé...) pour garder la main. «C'est important de continuer à explorer, surtout à l'âge que j'ai.» Elle a d'ailleurs une idée de pièce de théâtre, mais aussi deux longs métrages qui mijotent.

Pour l'instant, la jeune femme était surtout fébrile à l'idée que son deuxième effort prenne enfin l'affiche, après de longues années de recherche et de gestation. Un film qui se distingue dans sa volonté d'évoquer la communauté plutôt que l'individualisme forcené de notre époque. Il s'intitule Pays parce que chaque «individu est son pays intérieur, avec ses limites, ses valeurs... C'est un film qui parle de comment on s'affirme comme individu et comment, au final, on devient une collectivité».

Retour aux sources pour Emily VanCamp

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Ça faisait plus de 10 ans qu'Emily VanCamp n'avait pas parlé le français sur une base régulière. «Je suis une perfectionniste et ça m'inquiétait beaucoup. De retour à Montréal, je m'y suis immergée et c'est revenu.»

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Lorsque Le Soleil a téléphoné à Emily VanCamp, l'actrice de 30 ans était à Atlanta pour la fête d'une amie. Nous étions curieux de savoir ce que pouvait bien faire l'agent Carter de Capitaine America et la Emily Thorne de Vengeance (Revenge) dans un long métrage québécois. L'Ontarienne a passé son adolescence à Montréal et rêvait, autant qu'elle était terrifiée, de tourner en français. Quand Chloé Robichaud l'a jointe, elle a saisi la chance. Et ne l'a pas regretté, a-t-elle confié en entrevue.

Q Qu'est-ce qui vous a convaincue de tourner Pays?

R J'ai adoré le scénario. Et, après avoir vu Sarah préfère la course et discuté avec Chloé, il m'est apparu clair que je voulais travailler avec elle. C'était parfait. Je venais de terminer Capitaine America et Vengeance et j'avais faim d'un film plus intimiste. Et ça s'est révélé l'une de mes expériences préférées. Surtout travailler avec autant de femmes. C'était un changement apprécié (rires).

Q C'est effectivement très rare. Était-ce un plus?

R Un gros bonus et surtout avec des femmes aussi talentueuses. Macha (Grenon) et Natalie (Doummar) sont de très bonnes actrices et aussi de bonnes personnes. C'était un réel plaisir.

Q Vous interprétez une médiatrice qui doit intervenir dans un conflit entre le Canada et un petit pays. Étiez-vous nerveuse de jouer en français?

R Il y avait une part de moi qui n'y croyait pas. Ça faisait plus de 10 ans que je n'avais pas parlé la langue sur une base régulière. Je suis une perfectionniste et ça m'inquiétait beaucoup. De retour à Montréal, je m'y suis immergée et c'est revenu. L'expérience de jouer dans une autre langue est complètement différente. Mais je m'étais tellement préparée pour le rôle que ça m'a permis de me concentrer sur la langue. 

Q Cette femme donne tellement d'importance à son travail que sa famille se disloque. Quelle en est votre perception? 

R C'est un conflit auquel tout le monde peut s'identifier. Concilier le travail et la famille est un immense défi. Certains y arrivent assez bien, mais d'autres trouvent ça très difficile. J'éprouvais de la compassion pour elle. Je n'ai pas encore d'enfant, mais je comprends très bien tout ce que ça implique. Le film explore les différents combats qu'elle mène et Chloé a fait un travail fantastique pour les mettre en lumière. On n'en parle pas assez. C'était bien de jouer dans un film qui l'exprime de cette façon.

Q Il y a cet aspect humain, mais aussi un aspect politique dans Pays. Était-ce une dimension qui vous stimulait?

R Je m'intéresse beaucoup à la politique - je crois qu'on n'a pas vraiment le choix. C'est un aspect qui me plaisait beaucoup même si ce n'est pas un film politique. Ça sert à camper le décor pour ces trois femmes.

Q Le tournage à Terre-Neuve a été assez éprouvant, semble-t-il.

R Le froid ne m'est pas étranger (rires). Mais c'était une équipe tellement formidable que nous préférions en rire. Nous avons tourné à Fogo pendant que passait la queue d'un ouragan et j'étais dans ce chalet minuscule tellement fouetté par le vent que, je le jure, je croyais que j'allais me réveiller de l'autre côté de l'île (rires). Mais ç'a créé tout un climat. Quand tu regardes Pays, tu peux ressentir le froid - il devient un personnage. 

Q Quelle est la différence entre un film d'auteur comme Pays et un gros plateau hollywoodien?

R La pression. Sur [la série télé] Vengeance, j'avais l'impression que tout reposait sur mes épaules. C'est comme l'éléphant dans la pièce. Avec un film comme celui-ci, tu peux t'abandonner à l'expérience. Avec Chloé qui te guide, j'étais libre de trébucher. Je me sentais tellement en confiance. Je pouvais lui confier la direction du véhicule. Je ne suis pas en train de dire que je n'aime pas les superproductions, mais c'était comme rentrer à la maison, avec les miens, et je me sentais plus confortable.

Q Vous pouviez quand même compter sur la présence de Karine Vanasse dans Vengeance pour vous sentir à la maison, non?

R C'était formidable. Comme Canadiens, nous avons une sensibilité différente. Nous parlions un peu français. C'était vraiment le fun : on pouvait sacrer et déconner (rires). Elle est fantastique et incroyablement douée.

Q Vous êtes en sabbatique. Quels sont les plans pour l'avenir?

R Je lis des scénarios. J'ai passé du temps avec ceux que j'aime après avoir passé autant d'années loin d'eux. Mon copain [Joshua Bowman] joue dans une série télé à New York et j'en profite pour explorer la ville. J'ai tellement travaillé ces dernières années que ça a été intéressant de prendre du temps pour me redéfinir et de ne pas jouer quelqu'un pendant un certain temps. Les 15 dernières années ont été très intenses. J'ai hâte de voir quelle sera la prochaine étape.

Un rôle plus grand que nature pour Macha Grenon

Dans Pays, Macha Grenon incarne la présidente d'un pays... (Fournie par les Films Séville) - image 5.0

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Dans Pays, Macha Grenon incarne la présidente d'un pays fictif.

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Macha Grenon a beau compter sur une carrière florissante et plusieurs solides premiers rôles, l'actrice n'en a pas moins éprouvé un immense doute pour Pays : arriverait-elle à incarner un chef d'État?

«Ça a quelque chose de plus grand que nature», révèle la femme de 48 ans. Heureusement, dit-elle, Chloé Robichaud «avait une vision très forte» de cette présidente du Besco (un pays fictif). 

Comme la réalisatrice ne voulait pas que son actrice s'inspire trop de modèles existants dans la fiction, comme dans Borgen, ou le réel, pensons à Angela Merkel, Macha Grenon a notamment puisé à West Wing, en particulier la porte-parole de la Maison-Blanche C.J. Cregg, «pour son énergie».

La solitude et le poids des décisions l'ont beaucoup frappée. «Ça me touchait.» Férue de politique, l'actrice a toutefois eu l'impression de vraiment saisir l'essence de cette implication dans son rôle. «Ce n'est pas simple comme posture et c'est extrêmement lourd. Les enjeux sont énormes.»

Vieillissement accéléré

Pendant sa recherche, Macha a aussi remarqué à quel point les vrais politiciens vieillissent prématurément. Comment traduire cet état de stress extrême à l'écran? Le tournage s'en est chargé. Après un mois très éprouvant à Terre-Neuve, l'équipe disposait de trois nuits pour les scènes de négociations, filmées dans une école. Incapable de dormir le jour, tendue comme un arc et sans droit à l'erreur, «cette tension m'habitait» et s'affichait sur chaque muscle de son visage.

Cela dit, ce tournage a été l'équivalent d'un «coup de foudre», «avec l'intensité épuisante d'une passion» mais, «en même temps, on était profondément heureux d'être les uns avec les autres». Un plaisir décuplé pour Macha par la présence de son grand frère François comme preneur de son, «un grand bonheur».

Pays a donc pris une dimension familiale, renforcée par les liens très forts qui unissent Chloé Robichaud à Jessica Lee Gagné (directrice photo), Fanny-Laure Malo (productrice) et Catherine Kerouac (aide-réalisatrice). «Elles ont étudié ensemble. Il y a quelque chose de la sororité étudiante que je trouvais très beau.»

Bref, Pays a été «un cadeau de la vie». «C'est un privilège d'avoir fait ça», croit-elle. D'autant que l'actrice a réussi à vaincre ses appréhensions et devenir une chef d'État crédible. «C'est à peine si je me reconnais à l'écran.»

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