Nicole Garcia ou le diable au corps

Pour Mal de Pierres, la réalisatrice Nicole Garcia... (La Presse, David Boily)

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Pour Mal de Pierres, la réalisatrice Nicole Garcia a récusé le terme romantique, qui est «quelque chose de plus sentimental et sage». Elle lui préfère le terme romanesque, qu'elle qualifie de «farouche et brutal».

La Presse, David Boily

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(Québec) Lorsqu'on lui a téléphoné, Nicole Garcia était ravie de son séjour au Québec. La grande actrice de Mon oncle d'Amérique (Resnais) et de Péril en la demeure (Deville) est ici avec Mal de pierres, qu'elle a réalisé et présenté à Cannes en mai. Un drame sentimental fiévreux et farouche qui met en scène une jeune femme au désir exacerbé, interprétée par une Marion Cotillard au sommet de son art, mais forcée de se marier par sa mère. Un long métrage qui, croit-elle, «peut plaire ici». Discussion chaleureuse.

Q Ce ne sont pas les possibilités d'adaptation qui manquent. Pourquoi ce roman de Milena Agus (2006) entre mille?

R J'ai lu ce livre un peu par hasard. J'ai senti qu'il y avait quelque chose pour moi, que je n'avais pas réussi à écrire dans un scénario original, soit cette femme qui veut quelque chose que tout le monde lui refuse et qui le veut tellement fort qu'on dit qu'elle est folle. Et il y avait cette mère qui fait quelque chose comme un viol social en la donnant à un homme qu'elle n'aime pas sous menace de l'interneR C'est à la fois tragique et émouvant. Alors qu'elle appelle l'amour la chose principale, qui est à la fois très sexuée et sacrée.

Q Votre film n'est-il pas, d'ailleurs, une illustration du désir féminin?

R Oui, mais je ne savais pas que ce serait à ce point-là. Il est très charnel, mais il se transcende en une sorte de mystique. Elle cherche une sorte d'extase.

Q Ce qui suscite deux interrogations. Commençons par la plus évidente : Mal de pierres aurait-il affiché cette sensibilité avec un homme derrière la caméra?

R Ça dépend quel homme (rires). Il y a des hommes qui ont sondé l'intime des femmes de manière absolument extraordinaire. [...] J'y ai mis quelque chose de très personnel, mais c'est la même chose dans mes portraits d'homme.

Q La seconde : ce film serait-il possible dans un contexte contemporain?

R C'est vrai que ça se passe dans les années 50, très normatives. Les réactions de la mère auraient pris une forme plus atténuée. Mais, sur le fond, les choses sont pareilles. Cette fille se serait retrouvée devant un psychiatre, et on lui aurait donné des médicaments. Ce qu'elle veut, ce désir qu'elle réclame haut et fort, porte le même scandale et dérange autant. Gabrielle fait peur à tout le monde, sauf aux deux hommes qu'elle va rencontrer, qui ont fait la guerre et vu la mort. Je trouve ça très beau comme idée. [...] Pour elle, ce qui compte, c'est d'être vu et lu par un homme. Elle a besoin de ce regard sur elle pour se reconnaître et devenir une femme.

Q J'ai lu que vous récusiez le terme romantique à propos du film, lui préférant romanesque. Si vous m'expliquiez?

R Le romantisme est quelque chose d'un peu plus sentimental et sage. Le romanesque, dans Mal de pierres, est farouche et brutal. Alors que le romantisme renvoie à quelque chose d'apaisé, qui ne comprend pas toutes les violences et contradictions de Gabrielle. Il y a ce désir d'absolu qui lui monte au corps et aux lèvres, mais elle est tellement en guerre avec elle et les autres, que c'est âpre. C'est mon Autant en emporte le vent (rires).

Q Justement, Mal de pierres est votre huitième long métrage, une oeuvre à part entière (Un week-end sur deux, Place Vendôme...). Vous avez d'abord mené une très grande carrière d'actrice. Si c'était à refaire, passeriez-vous à la réalisation plus tôt?

R Oui. Mais je m'interdis de penser à ça. On n'a rien à faire des regrets. Reste que je me rends compte que j'arrive de plus en plus à trouver l'expression la plus forte pour moi, de film en film. C'était mon chemin d'être actrice d'abord et de continuer à l'être d'ailleurs. Disons que j'ai une création plus accomplie quand je suis metteure en scène.

Q À Cannes, Marion Cotillard disait qu'elle redoutait ce rôle. Comment avez-vous réussi à l'amadouer?

R Au départ, je crois qu'elle n'avait pas la même notion du personnage, je crois qu'elle serait allée vers quelque chose de plus sage. Mais comme elle se sentait protégée par moi, elle est allée dans un territoire où elle n'était pas allée jusque-là, laisser parler son corps, sa sexualité, au plus simple d'elle-même. Elle ne joue rien, c'est ce que je trouve très fort dans sa performance. Elle est Gabrielle, on oublie Marion Cotillard. On la suit dans tout. Je me trouve qu'elle a quelque chose d'autre dans ce film, vous ne trouvez pas?

- Oui...

Scène du film Mal de pierres. Marion Cotillard... (Fournie par TVA Films) - image 2.0

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Scène du film Mal de pierres. Marion Cotillard «est Gabrielle, on oublie Marion Cotillard», affirme Nicole Garcia.

Fournie par TVA Films

Amitié intime

Nicole Garcia et Jacques Fieschi partagent une «amitié intime», selon les mots du scénariste, qui a collaboré aux huit longs métrages de la réalisatrice. Ce qui n'empêche pas les désaccords. «Nos différences enrichissent le film», souligne-t-elle. Ce qui était vraiment le cas avec Mal de pierres.

«Je ne voulais pas le faire», rigole Fieschi. Il a d'ailleurs invité son amie à travailler avec d'autres. Ça n'a pas fonctionné. Et le scénariste de Sautet, Jacquot, Anne Fontaine et du Yves Saint Laurent de Jalil Lespert a eu une idée «pour faire débloquer l'adaptation» du roman. «À partir du moment où on a eu cette idée, le film est venu.» À savoir «que l'héroïne est consciente de ce qu'a été sa vie. Ça donne une véracité dramatique.»

Leur collaboration ne s'arrêtera pas là. Le duo travaille à un nouveau sujet original, dont ils écriront une troisième version dès leur retour en France. «Il va revoir certains codes du film noir sans minimiser l'intériorité des personnages.»

Jacques Fieschi vient de terminer L'apparition pour Xavier Giannoli (Marguerite), dont le tournage débute dans trois mois; travaille à une adaptation de Splendeurs et misères des courtisanes de Balzac («1500 pages!»); et élabore un scénario pour son deuxième long métrage. Beaucoup de travail, mais il ne s'en plaint pas. «Le scénario est l'âme d'un film et un mouvement de cinéma.»

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