Richard Angers: tendre à l'universel

La présence de Marc Messier au générique est... (Fournie par Axia Films)

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La présence de Marc Messier au générique est évidemment un avantage pour Le pacte des anges. «C'est probablement le [rôle le] plus touchant et, en même temps, le plus loin de moi que j'ai joué», avoue le comédien.

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Le documentariste Richard Angers a mis beaucoup d'énergie et de temps à peaufiner son premier long métrage de fiction, dans le but avoué qu'il tende à l'universel. Avec la présentation du Pacte des anges aux festivals de Busan et de Namur, «on en a eu la confirmation», s'enthousiasme le réalisateur de Québec. Pas mal pour un road-movie, avec Marc Messier et deux jeunes acteurs, tourné majoritairement en Gaspésie.

Richard Angers a puisé à son expérience de travailleur... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 1.0

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Richard Angers a puisé à son expérience de travailleur dans une maison de jeunes pour donner le ton juste aux deux frères de son film Le pacte des anges.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Le film s'ouvre sur une séquence magique où une harde de caribous apparaît de façon fantomatique dans un banc de brouillard à un chasseur hagard. La symbolique du songe est apparue claire aux Coréens, dit celui qui arrive tout juste de Busan. Les Belges, eux, ont plus retenu les liens intergénérationnels subséquents.

Dans un cas comme dans l'autre, on touche au coeur de ce récit qui réunit un mécanicien d'usine taciturne et deux jeunes bums. Adrien (Messier) se retrouve au mauvais endroit au mauvais moment et est kidnappé par deux frères (Émile Schneider et Lenni-Kim Lalande). Tous traînent une blessure et leur fuite tumultueuse sert de révélateur à leur vraie nature, alimenté par un syndrome de Stockholm et un besoin d'une figure paternelle.

Le réalisateur a soupesé chacun des aspects de son drame psychologique, notamment la dynamique du trio. «Peut-être est-ce une des raisons qu'il a pris six ans à s'écrire», confie-t-il, assis dans le bureau de sa maison de production, plus tôt cette semaine. Une autre de ses raisons étant que pour gagner sa vie à Québec, Angers n'a pas le choix de consacrer beaucoup de temps au documentaire. 

La série Fou des oiseaux avec Pierre Verville, diffusée à Unis et TV5, a remporté un succès fou, justement. Le documentaire animalier peut l'occuper pendant les 10 prochaines années, s'il le désire. N'empêche : le cinéaste a trois scénarios de fiction et une histoire qui «l'interpelle». «Le prochain ne me prendra pas six ans», rigole-t-il.

Huis clos à ciel ouvert

Pour l'instant, il savoure chaque moment que lui procure Le pacte des anges. Dans ce huis clos à ciel ouvert, les fugitifs se révèlent au fur et à mesure qu'ils se déplacent. «C'est le paradoxe que je voulais travailler. Les conflits se passent dans des lieux clos, la nuit. Au grand jour, quand ces mêmes personnages sont ancrés dans la nature, ils n'ont d'autre choix que de s'ouvrir l'un à l'autre. [...] Je voulais que la nature soit belle, mais à travers un drame, qu'elle soit un personnage.»

Un sentiment qui est exacerbé par l'aspect abandonné de cette Gaspésie de villages fantômes et de maisons désertées, un «choix volontaire pour qu'il y ait moins d'humains. Ils sont fins seuls avec eux-mêmes». Le réalisateur en a accentué l'effet en limitant les dialogues au strict minimum dans son scénario, puis en retranchant des répliques pendant le tournage, puis au montage!

Basé sur l'expérience

On parle bien de ce qu'on connaît bien. Richard Angers a donc puisé à son expérience de travailleur dans une maison de jeunes pour donner le ton juste aux deux frères. Pour Adrien, il s'est inspiré de son père et de ses oncles, des hommes très ancrés et directs. «Le fossé entre les deux générations [du film] est énorme.»

Il s'est aussi appuyé sur son expérience de documentariste. Dans sa façon de capter les décors naturels des lieux et leur beauté sauvage, mais également pour imposer un jeu très réaliste à ses trois protagonistes. «Le documentaire, c'est la vérité, la vie.»

Pour saisir l'essence de l'un et de l'autre, il s'est adjoint Jean-François Lord à la direction photo. Leur collaboration remonte à Chambre no 13, série télé qu'Angers a créée en 2005. «Pour moi, il n'y avait aucun doute qu'il était l'homme de la situation, d'autant qu'on a une grande chimie ensemble. Il travaille avec très peu de moyens et a une sensibilité incroyable. C'est un homme de peu de mots et sans ego. Comme Marc Messier : c'est un équipier fantastique. C'était gagné d'avance. Avec les deux jeunes aussi», dit-il en louant leur grande implication dans le projet et en ne tarissant pas d'éloges.

La présence de Messier au générique est évidemment un avantage pour Le pacte des anges. Émile Schneider, qu'on a pu voir dans le récent Forcier, s'impose comme un des acteurs les plus prometteurs de sa génération, mais, curieusement, c'est la présence de Lenni-Kim Lalande qui pourrait assurer une distribution du film en France. Après son passage à The Voice Kids (La voix junior ici), l'an passé, il lancera bientôt un CD dans l'Hexagone... L'intérêt pour le film augmente en proportion.

Après deux festivals étrangers, Le pacte des anges aura un public plus familier avec ses grands espaces puisqu'il a été présenté en ouverture du 35e Festival de cinéma en Abitibi-Témiscamingue. Ici, le film prend l'affiche vendredi.

Marc Messier: carburer à la passion

Marc Messier: «Je suis encore dans le tourbillon... (Archives La Presse, André Pichette) - image 3.0

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Marc Messier: «Je suis encore dans le tourbillon de la vie. Je ne me sens pas arrivé quelque part, mais doit-on arriver quelque part...»

Archives La Presse, André Pichette

Après 45 ans de métier, Marc Messier est toujours animé par la même passion du jeu. Cocréateur de Broue, qui rejouera cet hiver pour une 38e saison, l'acteur au regard gris-bleu perçant a marqué l'imaginaire collectif avec ses rôles de Marc Gagnon, Bob et Réjean Pinard. Il s'est fait plus rare au cinéma ces dernières années, mais Le pacte des anges nous permet de le voir comme on l'avait rarement vu sur grand écran, dans le rôle d'Adrien, un homme rongé par la culpabilité. Entrevue révélatrice.

Q Ce qui frappe en visionnant le film, c'est que le tournage a dû être très physique?

R Oui. On était dehors pratiquement tout le temps et l'automne, le long du fleuve, on sait que ça peut être particulièrement frisquet (rires). Mais j'ai adoré. Ça aide à rentrer dans le personnage. J'ai un côté un peu cow-boy (rires), et j'aime beaucoup ça.

Q Est-ce que l'ascension du mont Jacques-Cartier à pied...

R (Rires) Heille, c'est haut. Surtout qu'on l'a fait à 5h. C'était assez épique. Mais j'en garde un merveilleux souvenir. C'est le genre de choses que tu ne fais jamais. En haut [à 1270 m d'altitude], c'était magnifique et très magique. T'as pas l'impression de faire du cinéma. C'est plus facile qu'en studio où tu dois te faire accroire.

Q On sent beaucoup de passion. Qu'est-ce qui motive encore Marc Messier à 69 ans?

R Je ne sais pas. J'adore ce que je fais. J'ai la chance, et je me croise les doigts, de travailler assez régulièrement et de faire des choses qui me plaisent. En fait, je n'ai jamais eu et n'ai jamais pris le temps de m'asseoir pour faire un bilan. C'est pas mon truc. J'ai des enfants plus jeunes [9 et 13 ans] que normalement je devrais avoir (rires). Je suis encore dans le tourbillon de la vie. Je ne me sens pas arrivé quelque part, mais doit-on arriver quelque part... Cela dit, je termine la semaine prochaine le tournage de la troisième saison de Boomerang et j'ai hâte d'avoir un peu de temps pour les enfants et tout. J'aime bien ma vie. Je bénis le ciel d'avoir pu faire ce métier auquel je rêvais quand j'étais enfant. Je m'arrange pour en profiter pleinement.

Q De toute évidence, vous jouez beaucoup, mais vous vous êtes fait rare au cinéma ces dernières années. Une raison en particulier?

R Les projets de cinéma, c'est toujours très long. Richard [Angers] m'a envoyé le scénario du Pacte des anges il y a quatre ans... J'étais sur d'autres projets qui n'ont pas abouti. Écoute, j'ai peut-être été beaucoup associé aux comédies. Je ne sais pas trop. Mais j'adore travailler au cinéma. Les impératifs de production à la télé sont rendus tellement rapides qu'au cinéma, on peut prendre plus notre temps.

Q Et donc d'avoir le temps aussi de nouer des liens particuliers sur le tournage, surtout en extérieurs comme ce film. Qu'en est-il avec les deux jeunes acteurs avec qui vous partagez l'affiche?

R Ils sont adorables. Lenny-Kim [Lalande], c'était sa première expérience au cinéma, il se cherchait un peu, surtout qu'il était loin de son personnage [de jeune bum]. Émile [Schneider], c'est un acteur accompli. D'ailleurs, on a fait la même école de théâtre [à Saint-Hyacinthe] à 40 ans d'intervalle et on vient de la même ville [Granby]. On avait des atomes crochus. À Sainte-Anne-des-Monts, il allait pêcher et ramenait des poissons. On s'ouvrait une bouteille et on mangeait ensemble. On a eu vraiment beaucoup de plaisir.

Q Parlant de relation intergénérationnelle, dans le film, Adrien souffre d'une blessure filiale. Comment l'avez-vous abordée?

R Dès la première lecture, j'ai trouvé son destin émouvant. Ce que je trouve bien, c'est que sa tristesse sert à quelque chose, sans que ce soit déprimant. Tout l'aspect poétique et touchant du film, il y a une noblesse d'âme. Je me mettais à la place de cet homme solitaire, qui traîne une immense peine... T'as juste le goût de le prendre dans tes bras. Quand j'ai vu le film la première fois, à un moment, j'ai oublié que c'était moi. Ça n'arrive pas souvent. C'est probablement le plus touchant et, en même temps, le plus loin de moi que j'ai joué. Mais on peut tous s'imaginer cette culpabilité, surtout quand on a des enfants, et cet amour inconditionnel. C'est là-dessus que je me suis branché.

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