Marguerite: bravo!  ****

Catherine Frot livre la plus émouvante prestation de sa... (Fournie par les Films Séville)

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Catherine Frot livre la plus émouvante prestation de sa faste carrière.

Fournie par les Films Séville

Le SoleilÉric Moreault 4/5

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CRITIQUE / Il aura fallu plus d'un an à Marguerite pour traverser l'Atlantique, mais l'attente en valait la peine. La superbe tragicomédie de Xavier Giannoli, aussi cruelle que poignante, est une magnifique ode à la liberté, une histoire d'amour funeste et un véritable moment de grâce cinématographique. Un film porté par une performance exceptionnelle de Catherine Frot dans le rôle-titre, qui lui a valu le mérité César d'interprétation féminine en février.

Curieux moment de synchronicité, Giannoli s'est intéressé à Florence Foster Jenkins un peu avant que Stephen Frears en fasse une biographie avec Meryl Streep. Heureusement, le réalisateur d'À l'origine (2009) propose un long métrage aux antipodes, transposant le destin de l'Américaine dans la France des années 20.

Il a toutefois conservé l'essentiel, à savoir une femme fortunée dont la passion pour la musique et l'opéra est telle qu'elle se met en tête de devenir une grande voix alors qu'elle chante comme une casserole. Par lâcheté, par hypocrisie ou pour profiter de sa fortune, personne dans l'entourage de Marguerite (Frot) n'ose lui dire la vérité.

À commencer par son mari Georges (solide André Marcon), qui l'a épousée par intérêt et qui en a honte. Madelbos (troublant Denis Mpunga), le majordome, en profite pour flatter Marguerite, avec qui il entretient une relation ambiguë. La Castafiore se mettra bientôt en tête d'offrir un récital public, encouragée par un journaliste et un poète provocateur proches de l'avant-garde artistique de l'époque. Le duo lui offre un espace de liberté dans une société qui l'étouffe.

Le film s'intitule Marguerite, mais Giannoli a pris bien soin de peindre une fascinante galerie de personnages secondaires, tout aussi étoffés et excentriques les uns que les autres. Et dont chacun, à l'instar de la chanteuse, va peu à peu se métamorphoser sous nos yeux. Le cinéaste dépeint aussi à merveille le climat de l'époque, avec des plans magnifiques qui lui rendent hommage, même si le ton est résolument contemporain. On s'émerveille aussi de la richesse thématique du long métrage libre à toutes les interprétations ainsi que les dialogues finement ciselés.

Film de paradoxes

Marguerite est d'ailleurs un film de paradoxes - on peut penser une chose d'un personnage ou d'une scène et son contraire. Chose certaine, Giannoli propose de nombreuses pistes de réflexion sur cette femme solitaire, éperdument amoureuse, qui cherche autant à s'épanouir par la musique qu'à attirer le regard de son mari qui a jeté son dévolu sur une autre. Une façon de se protéger de la cruauté du monde et d'éviter de sombrer dans la psychose.

À l'instar d'Hitchcock, Giannoli livre ici un film qui passe par les regards que pose chacun sur Marguerite. Il le fait notamment par l'oeil de photographe du valet, qui magnifie la collectionneuse lorsqu'elle essaie des costumes de rôles célèbres, achetés pour vivre son fantasme. Il y a même dans son jardin un énorme oeil, un élément de décor d'un opéra - le long métrage est parsemé de touches surréalistes.

Parlant du maître du suspense, on peut aussi évoquer l'habileté du réalisateur à tendre son arc dramatique jusqu'à la magnifique fin, qui touche en plein coeur. Mais Marguerite a aussi beaucoup de points communs, dans le ton et la trame, avec Boulevard du crépuscule (1950), le grand classique de Billy Wilder.

Un tel film aurait pu facilement basculer dans la parodie sans un savant dosage à la réalisation et à l'interprétation. Manifestement, les acteurs y croyaient et ils ont été portés par l'élan de Catherine Frot (Le dîner de cons, Un air de famille), qui livre la plus émouvante prestation de sa faste carrière. Elle se fond tellement dans le personnage qu'on la reconnaît à peine - sans aucun artifice. 

J'avais entendu beaucoup de bien de Marguerite, mais j'avais des appréhensions - les films d'époque sont parfois lourds et l'opéra m'horripile. J'en suis ressorti totalement fasciné.


Au générique

  • Cote: ****
  • Titre: Marguerite
  • Genre: drame 
  • Réalisateur: Xavier Giannoli
  • Acteurs: Catherine Frot, André Marcon, Denis Mpunga, Michel Fau 
  • Classement: général
  • Durée: 2h09
On aime: la richesse thématique, la réalisation adroite, la sublime prestation de Frot

On n'aime pas: -

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