Marguerite, un rôle déterminant pour Catherine Frot

Catherine Frot a été profondément interpellée par le... (La Presse, Olivier Pontbriand)

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Catherine Frot a été profondément interpellée par le personnage de Marguerite, une riche héritière qui chante comme une casserole.

La Presse, Olivier Pontbriand

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(Québec) Pour Catherine Frot, il y a un avant et un après Marguerite. Parce que son émouvante prestation lui a valu le César de la meilleure actrice, bien sûr. Mais surtout parce que le parcours particulier de cette femme qui aime chanter plus que tout, sans craindre le ridicule, l'a profondément interpellée. «Il n'y a pas beaucoup de personnages comme ça. Je me suis donnée à elle.»

Marguerite est inspiré de la vie de Florence Foster Jenkins, mais «l'opéra tragique» de Xavier Giannoli est aux antipodes de celui de Stephen Frears avec Meryl Streep. Le réalisateur d'À l'origine (2008) a transposé le récit de cette riche héritière, qui chante comme une casserole, dans le Paris des années 20, où son entourage refuse de lui dire la vérité sur sa médiocrité par hypocrisie ou perfidie. La populaire actrice nous a accordé une généreuse entrevue autour de ce film qui lui tient à coeur.

Q Avez-vous hésité quand Xavier Giannoli vous a proposé ce rôle?

R Pas du tout. Il y a juste mon père, très inquiet, qui m'a dit : tout le monde va croire que tu chantes mal (rires). 

Q Comment vous êtes-vous préparée à interpréter Marguerite?

R Dans un premier temps, ce qui m'a intéressée, c'est le parcours de cette femme, son innocence, sa candeur... Après, il y a le fait de chanter faux. [...] J'ai eu une professeure de chant pendant quelques semaines et on a travaillé le chant juste et le chant faux de tas de manières différentes. Ensuite, j'ai écouté en boucle Casta Diva de Bellini chanté par Maria Callas et La reine de la nuit de Mozart chanté par Florence Foster Jenkins, j'étais entre le sublime et l'inaudible. C'est comme ça que j'ai trouvé l'inspiration.

Q Marguerite est une femme de paradoxes dont le moindre n'est pas celui que, même bien entourée, elle est profondément solitaire?

R Bien sûr. Elle est entourée d'hommes intéressés. Elle représente quelque chose par son argent, sa situation sociale et ce qu'elle peut rapporter, ce qui intéresse les corbeaux.

Q Notamment son mari, qui la délaisse, qui en a honte, même?

R Comme elle est délaissée par lui, elle s'intéresse puissamment à la musique. Toute son énergie et son amour vont dans la musique. Elle aime profondément son mari, mais, du coup, elle a une relation trouble avec son majordome, qui la rend sublime dans ses photos. Il y a là aussi une forme d'amour. Le film est assez ambigu, il y a beaucoup de paradoxes. Tout ce qu'on peut dire, il y a aussi le contraire qui arrive. Il y a des phrases qui sont très fortes. Il y en a une qui m'a marquée, celle de son professeur de chant qui dit aux journalistes : "Vous savez, entre le génie et le ridicule, il n'y a pas beaucoup de différence." Et quelque part, c'est vrai, mais c'est terriblement hypocrite! Il y a plein de choses comme ça dans le film qui sont difficiles à expliquer, mais qui nous happent, qui nous interpellent. Il y a quelque chose dans Marguerite qui désarçonne. C'est du mélodrame à l'état pur, pas de la guimauve. Un opéra tragique, je dirais.

Q Parlant de paradoxes, il y a une candeur et une naïveté chez Marguerite, mais elle n'est pas dupe, non?

R C'est étrange. Mais c'est peut-être elle qui a fait le choix d'avoir cette attitude dans la vie. 

Q C'est peut-être le seul moyen de défense qu'elle a de se protéger de la cruauté du monde?

R À mon avis, vous avez raison. Elle en est consciente, mais, en même temps, elle a cette candeur. Mais elle va se blesser, tomber... Il y a plein de lectures qu'on peut faire dans ce film.

Q Vous avez été nommée une dizaine de fois aux Césars depuis 1986, gagné celui du second rôle pour Un air de famille (Cédric Klapisch, 1996). Mais celui de la meilleure actrice pour ce merveilleux rôle, est-ce une forme de consécration?

R Je suis contente, mais être actrice, c'est un chemin parsemé d'un tas de choses. Parfois, vous rencontrez des personnages plus forts que les autres. C'est aussi lié au talent du réalisateur, aux autres acteurs. C'est un ensemble. Je le sens que ça a marqué. Je ne me rends pas bien compte de la valeur que ça peut avoir, mais ça me va bien d'avoir joué ce rôle. J'ai pu mettre beaucoup de choses que j'estime artistiquement et qui me questionnent : qu'est-ce qui est beau, qu'est-ce que chanter bien ou mal, quelle est la valeur artistique d'une oeuvre? C'est vraiment un film qui hisse, qui donne de la hauteur. Il n'y a pas toujours de la justice, mais je trouve que c'était mérité. Marguerite, j'ai l'impression qu'elle est plus grande que moi.

Q Au cours de votre carrière, vous avez beaucoup alterné les films d'auteur et populaires. Qu'est-ce qui guide vos choix?

R Ce n'est jamais quelque chose de très précis. Il faut surtout que le film ait un coeur. Je suis toujours entre les choses, j'avoue. Tout ça dépend des rencontres, de la qualité d'écriture, du fait que je peux jouer autant les choses tristes que gaies. Souvent, mes personnages ont quelque chose de joyeux, mais la vie est dure autour. Je me suis retrouvée là-dedans. Comme Un air de famille, comme Odette Toulemonde [d'Éric-Emmanuel Schmidt] ou Oh les beaux jours de Beckett. Ce sont des personnages qui, comme Marguerite, ont une fraîcheur et en arrachent. Tous ces personnages me questionnent. Ces paradoxes me concernent. 

Q Marguerite a fait plus d'un million d'entrées en France. C'est beaucoup pour un film d'auteur. Vous attendiez-vous à un tel succès?

R Moi oui, je m'étais préparée à plus que ça. J'ai fait une quinzaine de films qui tournent autour du million d'entrées. Je suis un peu habituée. Je ne calcule pas, mais je croyais que Marguerite ferait plus (rires). [...] Un million, c'est pas tant que ça. Il y en a qui font 5, 10 millions. Moi, je préfère encore faire mes courses tranquilles. Alors, un million, ça me va (rires).

Les beaux souvenirs

Catherine Frot dans Oh les beaux jours de Samuel... (Pascal Victor/ArtComArt) - image 3.0

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Catherine Frot dans Oh les beaux jours de Samuel Beckett

Pascal Victor/ArtComArt

Catherine Frot était un tantinet déçue au début de cet entretien téléphonique. L'actrice française comprenait mal qu'il ait fallu si longtemps avant que Marguerite prenne l'affiche au Québec - un an après la sortie française. Et puis, elle aurait bien aimé revenir ici pour en assurer la promotion. Car elle garde de beaux souvenirs de son passage avec Oh les beaux jours de Beckett à La Bordée, en février 2015.

La femme de 60 ans était déjà venue à Québec en vacances estivales. La dernière fois, elle a eu la totale hivernale. «Il faisait tellement froid.» Les glaces qui descendent le fleuve Saint-Laurent, au petit matin, et leur fracas l'ont particulièrement impressionnée. «J'avais trouvé ça merveilleux.»

Mais, bon, ce n'était pas possible de revenir pour cette entrevue - trop occupée. On a réussi à la joindre la veille de son départ pour Bruxelles. Elle se rendait en Belgique pour tourner Momo de Sébastien Thierry. Le dramaturge a adapté sa comédie pour son premier long métrage, dans lequel il joue avec Mme Frot et Christian Clavier (Les visiteurs).

Catherine Frot vient tout juste de terminer Sage femme de Martin Provost (VioletteSéraphine), où elle partage l'écran avec Olivier Gourmet et Catherine Deneuve. Elle rêvait depuis un moment de tourner avec le premier. «Il est tellement remarquable dans chacun de ses films. Les compositions qu'il fait! J'ai été ravie. Catherine Deneuve, c'est une telle personnalité, qui a traversé tellement de choses dans le cinéma, j'étais heureuse.»

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