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Le mariage forcé de fillettes, «un viol encouragé» selon Khadija Al-Salami

«Je n'appelle pas ça un mariage forcé, mais un viol encouragé.» Khadija... (La Presse, André Pichette)

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La Presse, André Pichette

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«Je n'appelle pas ça un mariage forcé, mais un viol encouragé.» Khadija Al-Salami sait très bien de quoi elle parle. À 11 ans, la Yéménite est forcée par son oncle à se marier à un homme de 20 ans son aîné. Depuis, la femme de 49 ans n'a de cesse de se battre pour éradiquer ce «crime contre l'humanité». Elle vient tout juste de livrer un combat épique. Car après plusieurs documentaires sur le sujet, la féministe a tourné un drame biographique qui fait miroir à sa propre histoire: Moi Nojoom, 10 ans divorcée.

Dans Moi Nojoom, 10 ans, divorcée, Nojoom (Reham... (Fournie par Axia Films) - image 1.0

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Dans Moi Nojoom, 10 ans, divorcée, Nojoom (Reham Mohammed) veut divorcer après avoir été mariée de force à 10 ans.

Fournie par Axia Films

La situation n'a rien d'une coïncidence et n'est malheureusement pas exceptionnelle. En entrevue au Soleil, la réalisatrice souligne que 15 millions de jeunes filles se font voler leur enfance chaque année. Comme elle, qui a vécu la trahison familiale comme une humiliation. «On s'attend à ce que notre famille nous protège...»

Khadija Al-Salami a eu l'opiniâtreté de se soustraire à l'emprise de son mari violent et de demander le divorce. Faisant fi de la pression sociale, l'adolescente poursuit ses études et obtient une bourse pour étudier aux États-Unis où elle complétera une maîtrise en production cinématographique.

Lorsque Mme Al-Salami a vent de l'histoire de Nojoom Ali, elle tient à rencontrer la fillette. Émue par son courage, elle décide de l'inscrire dans une école privée. En 2009, son histoire devient un livre, publié chez Michel Lafon. L'éditeur prend alors le relais et paie pour ses études et celles de sa soeur.

N'empêche que c'est une autre réalisatrice qui a une option sur le livre, avec le soutien de la toute puissante Gaumont-Pathé. «Je me suis battue pour avoir les droits parce que j'avais peur que le film porte un regard extérieur [sur la situation]», explique celle qui vit maintenant à Paris.

Pendant quatre ans, la cinéaste multiplie les démarches de financement. «Personne ne voulait investir. Les producteurs voyaient l'argent, moi, l'intérêt humain. J'étais désespérée.»

Finalement, une amie lui prête de l'argent et Khadija Al-Salami investit ses économies. La femme-courage n'était pas au bout de ses peines. Comme elle tient à tourner au Yémen, il lui faut recruter des acteurs amateurs. Sans électricité, la production doit opter pour un générateur - aussitôt volé. Elle doit payer les kidnappeurs pour récupérer son dû. Plusieurs villages les expulsent quand l'équipe veut tourner. «Les gens ne comprenaient pas ce qu'on faisait.»

Le cinéma est une vue de l'esprit dans ce pays. La réalisatrice s'entête. Cette histoire, c'est aussi la sienne. Elle intègre d'ailleurs des éléments autobiographiques, comme cette scène où Nojoom s'enferme dans les toilettes et se frappe la tête jusqu'à en perdre connaissance. «Ça, c'était moi!»

Sinon, le long métrage reprend les grandes lignes de l'histoire de Nojoom. Comment à 10 ans, elle entre dans une salle de tribunal et demande à un juge interloqué de lui accorder le divorce. Nojoom raconte son calvaire - elle est battue et violée - au juge compatissant, dans un long retour en arrière qui permet de comprendre comment son père en arrive à vendre sa fille.

À force de petits miracles, le film existe. Mieux, il est vu partout dans le monde. Il a même obtenu la première sélection du Yémen aux Oscars pour le meilleur film en langue étrangère! Un rare baume dans un pays pauvre actuellement déchiré par une guerre civile.

Ses compatriotes ne peuvent d'ailleurs le voir, faute de salles adéquates. Khadija Al-Salami a fait parvenir un lien Internet pour que les gens - surtout les filles - puissent le voir et «en discuter entre eux». Le taux d'analphabétisme des femmes atteint les trois quarts. Les images «vont avoir plus d'impact que les articles de presse».

Pendant toutes ces années, Khadija Al-Salami était animée par la foi que son film «peut sensibiliser les gens» et même, ultimement, pousser les autorités à adopter une loi pour interdire les mariages forcés.

Mais où trouve-t-elle cette énergie pour mener sans cesse ce combat contre l'ignorance et les traditions? «Je ne sais pas. Je crois que c'est une question de survie. En raison de ce que j'ai subi, j'apprécie chaque moment avec un grand bonheur. J'aime beaucoup la vie et je déteste les injustices.»

Moi Nojoom, 10 ans divorcée prend l'affiche vendredi.

Le voile, «ça m'agace»

Khadija Al-Salami est musulmane et contre «le voile intégral». Elle ne fustige pas pour autant les femmes qui veulent le porter si c'est leur volonté - «c'est leur problème». Mais «j'aimerais bien qu'on laisse les femmes libres de faire ce qu'elles veulent avec leur identité.»

La Yéménite se souvient qu'elle a grandi dans un pays, dans les années 70, où les femmes n'étaient pas voilées. C'est, dit-elle, l'influence de l'Arabie Saoudite, qui arrose d'argent du pétrole les pays pauvres, qui a peu à peu imposé sa vision de la charia (le wahhabisme).

«Ça m'agace quand une femme voile son visage parce que j'ai envie de la connaître. Dans notre région, on dit que connaître quelqu'un, c'est connaître sa dignité. Quand on se cache, on n'a plus de dignité.»

Khadija Al-Salami reconnaît qu'il s'agit d'un «sujet délicat». Mais, constate-t-elle, les femmes voilées sont instrumentalisées dans ce débat, tant par le pouvoir religieux et politique que par les féministes. «C'est ça qui me dérange.»

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