Lawrence Côté-Collins: le vrai du faux

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Huis clos déstabilisant, Écartée explore les thèmes du voyeurisme, de la solitude et de la dépendance affective.

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(Québec) Dès ses premiers courts métrages, Lawrence Côté-Collins pratiquait l'art du mensonge. Alors, quand est venu le temps de tourner son premier long, la réalisatrice a naturellement tourné une fiction qui a toutes les apparences d'un documentaire. Et elle l'a fait avec un maître du genre : Robert Morin. Même s'il porte la marque de son mentor, Écartée est un film singulier, qui a suscité de bonnes réactions lors de sa présentation à Fantasia et au Festival de cinéma de la ville de Québec.

C'est entre l'Abitibi et Montréal qu'est née l'idée d'Écartée. Qui peut bien vivre si loin de tout, mais si proche de l'autoroute? s'est demandé Lawrence Côté-Collins. Elle a alors imaginé un ex-détenu, Scott, qui vit avec sa jeune compagne, Jessie. Et une cinéaste, Anick, qui veut tourner un film sur la réinsertion sociale. Elle n'est pas interprétée par la réalisatrice, même si celle-ci jongle beaucoup avec le vrai et le faux.

La «junkie de documentaires» a décidé d'emprunter au genre pour sa fiction. Mais aussi à la réalité. Ronald Cyr, qui joue Scott, a passé 21 ans de sa vie en dedans. Lorsqu'il est interrogé à la caméra, il puise dans sa propre expérience. La réalisatrice a fait un long voyage de recherche, notamment à Bordeaux, pour finalement revenir à son point de départ : le voisin de palier de son père! La démarche a nourri le personnage. En plus, «mes recherches m'ont aidée à comprendre Ronald», explique-t-elle en entrevue téléphonique.

Dans sa volonté de brouiller les frontières entre la réalité et la fiction, Lawrence Côté-Collins a aussi choisi des actrices inconnues au grand écran. Comme le hasard fait bien les choses, une amie abitibienne lui a suggéré Whitney Lafleur, une artiste qui fait de la performance, pour interpréter Jessie.

Whitney Lafleur, une artiste qui fait de la... (Fournie par Les Films du 3 mars) - image 2.0

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Whitney Lafleur, une artiste qui fait de la performance, interprète Jessie.

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Les deux femmes sont voisines à Montréal! «Elle a une présence très forte, presque intimidante. Et ça prenait quelqu'un avec du charisme pour que la caméra tombe en amour.»

La cinéaste a ensuite demandé à son actrice de trouver sa Anick, pour que ça clique entre les deux. Whitney Lafleur l'a dénichée au théâtre. Coïncidence troublante, Marjolaine Beauchamp ressemble beaucoup à une amie de la réalisatrice, décédée pendant le processus créatif, qui a servi d'inspiration à son personnage.

Une fois son trio d'acteurs réuni, le petit groupe est allé tourner dans la maison qu'on voit dans le film - domicile que la réalisatrice a habité pendant un mois avec sa directrice artistique, pour lui donner une âme. Avec trois fois rien, Lawrence Côté-Collins a tourné avec une équipe réduite, autant par nécessité que par choix. «J'avais l'urgence de tourner. On est allé avec les moyens du bord.»

Influence primordiale

Les difficultés à financer un premier long métrage et la démarche particulière ont pesé lourd sur le budget. C'est aussi pour cette raison qu'elle s'est adjointe Robert Morin, le prince des indépendants. Elle a découvert son oeuvre après ses premiers films, ce qui a eu une influence majeure sur son art. «Il est dans mon top 3 des cinéastes sur la planète!» Le réalisateur de Requiem pour un beau sans-coeur et de Quatre soldats a été présent pour la conseiller à l'écriture du scénario et pour la première version du montage. 

«J'adore ce qu'il fait. J'aime ça, le côté punk, j'aime les gens qui ont une facture authentique. Robert, dans toute son imperfection, je trouve qu'il assume et va au bout de ses idées. Ça allait de soi de tourner en équipe avec lui. Pour moi, c'était comme un rêve : "Wow, mon idole qui aime ce que je fais et qui a envie de me suivre dans ma démarche." J'en revenais pas [rires]. Il m'a apporté une aide indispensable.»

L'influence de Morin a été primordiale dans la facture du film. Au départ, Lawrence Côté-Collins ne voulait pas qu'Anick apparaisse à l'écran. Mauvaise idée, lui a-t-il dit : personne ne va s'identifier à elle. Le changement a apporté un plus à Écartée puisque Anick apparaît par l'intermédiaire du cellulaire de Jessie.

C'est toute la question du voyeurisme et de l'omniprésence des caméras dans nos vies qui entre en jeu. «Vraiment. Tout le monde se filme et c'est comme rendu normal, on ne se pose plus de questions. On ne sait même plus si on se fait espionner.» En raison de sa facture, Écartée propose aussi une réflexion sur la dictature de la téléréalité.

Le film a touché une corde sensible auprès des festivaliers qui l'ont vu avant sa sortie en salles, vendredi. «Je suis agréablement surprise de la réaction. Je ne m'attendais pas à ça.» 

Et plus important, Écartée va pouvoir lui servir de carte de visite pour la suite des choses (elle a deux projets de long en écriture), et démontrer «que je suis allée au bout de mon projet». Avec beaucoup d'aplomb.

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