Un réalisateur et deux vedettes

L'entrevue téléphonique était prévue pour 8h20. Parce que Kim Nguyen a beau... (Philippe Bosse / Max Films)

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Philippe Bosse / Max Films

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(Québec) L'entrevue téléphonique était prévue pour 8h20. Parce que Kim Nguyen a beau être en pleine promotion pour la sortie prochaine d'Un ours et deux amants, ses journées sont occupées par la postproduction d'Eye on Juliet, son prochain long métrage. Le sympathique réalisateur québécois a aussi de gros projets qui l'enchantent. On a profité de notre échange pour en discuter et revenir sur sa première présence au Festival de Cannes, qui l'a un peu déçu, ainsi que l'alignement des astres avec ses deux vedettes pour la sortie américaine.

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Kim Nguyen, réalisateur du film Un ours et deux amants

La Presse canadienne, Ryan Remiorz

Pourtant, un mois avant son départ pour la Croisette, Nguyen était fébrile comme un «petit gars de cinq ans». La Quinzaine des réalisateurs, prestigieuse section parallèle, avait choisi sa première fiction en anglais, tournée en bonne partie dans le Grand Nord québécois. Son drame fantaisiste raconte le combat des amoureux Roman et Lucy, qui doivent braver les éléments, mais aussi affronter leurs démons intérieurs en prenant la route vers de meilleurs horizons. 

Q Avant toute chose, tu travailles sur le montage final d'Eye on Juliet. La sortie est prévue pour quand?

R Ça va dépendre comment ça va se passer et où on va avoir la chance de faire la première mondiale. On peut anticiper que ce sera au printemps avec une sortie à l'automne.

Q Donc avec un oeil sur Cannes?

R Ça dépend des stratégies. On veut aussi ouvrir les portes du marché américain. C'est sûr qu'il y a le trio Sundance-Berlin-Cannes. Je suis rendu très pragmatique dans le choix des festivals. Quand on commence, il y a le prestige et c'est très agréable. Mais, maintenant, je veux les utiliser pour faire connaître le film et le mener à une plus grande diffusion. Je fais beaucoup moins les festivals pour le plaisir d'y aller.

Q Justement, avec le recul, comment juges-tu ton expérience cannoise?

R Sur le site, c'était formidable. Par contre, j'avoue que ça a été assez dur de faire notre place. C'est vrai que c'était ma première fois, mais je m'attendais à plus de couverture internationale. Heureusement, on a eu une super belle rampe de Cannes au Festival de Toronto et l'ouverture du Festival du nouveau cinéma [à Montréal, le 5 octobre]. C'est seulement maintenant qu'on a fait nos grosses ventes à l'international, à Netflix et à Fox, pour le territoire américain. À Cannes, c'est difficile de faire sa place.

Q Vrai. Mais ça peut aussi être pénible, on l'a vu avec Xavier Dolan. As-tu plus d'appréhension pour une éventuelle présence?

R On sait tous que Cannes est à double tranchant. Par contre, Cannes est le festival le plus prestigieux au monde. Tu veux toujours tenter ta chance. Ça fait partie de la culture cannoise qu'il y ait des gens qui huent et crient pendant les projections. Pourquoi pas? C'est du théâtre. Nos vies ne sont pas en danger. Il faut garder une saine distance par rapport à ça. Même les attaques personnelles, ça reste du théâtre. On n'est pas en conflit armé.

L'entrevue téléphonique était prévue pour... (Fournie par Les Films Séville) - image 2.0

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Fournie par Les Films Séville

Un ours et deux amants a plutôt été bien reçu. Il tire aussi profit de la renommée grandissante de ses vedettes, Dane DeHaan et Tatiana Maslany, pour sa diffusion?

R C'est vrai. Dane est la vedette principale de Valérian, la superproduction de Luc Besson [sortie prévue en juillet 2017] et Tatiana qui gagne son Emmy [pour Orphan Black], ce qui en fait l'enfant chérie du Canada anglais. Le timing est vraiment super bon pour nous.

Q Tu as de gros projets de tournage pour 2017. Si tu nous en parlais un peu?

R Je tâte le terrain pour me joindre à des séries télé à grand déploiement. Je vais réaliser deux épisodes d'une série, que je ne peux nommer maintenant. J'explore ça pour que dans trois, quatre ans, je puisse adapter un roman plus consistant, difficilement adaptable en long métrage, mais qui se ferait mieux en huit heures de fiction. À l'été prochain, on s'enligne pour un film à gros budget sur le marché boursier qui s'appelle Earthlinks From a Zoo, un scénario que j'ai développé. C'est un sujet que je trouve fascinant et troublant. On a déjà un acteur attaché au projet et on courtise notre deuxième acteur principal. Pour le financement, il y a beaucoup d'intérêt. Ça n'a pas toujours besoin d'être extrêmement dur (rires).

Q J'ai lu que tu planchais sur l'adaptation d'un roman graphique basé sur les Âmes mortes de Gogol. Qu'en est-il?

R [Le réalisateur Alejandro] Jodorowsky le fait beaucoup. Je suis un grand adepte de romans graphiques. C'est vraiment une forme d'art, un des médiums qui m'a le plus marqué ces dernières années. J'avais un projet de film dont je me suis rendu compte qu'il ne se fera jamais et j'ai toujours été déçu de ne pas avoir une trace définitive de l'histoire alors que j'avais storybordé presque 75 % du scénario. J'ai jamais eu de projet précis, mais maintenant que j'en parle, ça va me donner un coup de pied au derrière pour le faire (rires).

Un ours et deux amants prend l'affiche vendredi.

Dane DeHaan: «Une aventure incroyable»

Dane DeHaan joue le personnage de Roman.... (Fournie par Les Films Séville) - image 4.0

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Dane DeHaan joue le personnage de Roman.

Fournie par Les Films Séville

Dane DeHaan est un acteur très doué, qui partage son temps entre les productions indépendantes et les superproductions. La vedette montante n'a pas la grosse tête pour autant. Rencontré au Festival de Cannes, après la première mondiale d'Un ours et deux amants, il s'est prêté au jeu de l'entrevue de bonne grâce et avec humour. Il a expliqué au Soleil que le désir de tourner avec Kim Nguyen l'a emporté sur sa peur de tourner dans l'Arctique pendant six semaines.

DeHaan a rencontré le réalisateur québécois au festival de Toronto (TIFF), il y a trois ans, pour un projet qui ne s'est jamais concrétisé. Mais «nous nous sommes bien entendus». Quand il a reçu le scénario d'Un ours..., il avait un préjugé favorable. «Quand je l'ai lu, j'étais déjà ravi. C'est unique, comme un conte de fées pour adultes.»

Il a donc débarqué dans le Grand Nord une semaine avant le tournage pour apprendre à conduire une motoneige, se familiariser avec le terrain, construire un igloo... Vraiment? «J'ai eu beaucoup d'aide», dit-il en éclatant de rire.

«C'est l'endroit le plus lointain, sur tous les aspects, où je me suis rendu. Quand j'y suis arrivé, j'étais effrayé par ce que j'allais y découvrir. Mais ce fut, ultimement, une expérience incroyablement enrichissante, souligne l'Américain de 30 ans. Je suis venu, j'ai vu et j'ai vaincu. Mais je ne vois aucune raison d'y retourner.»

Une fois sur place, le tournage s'est avéré à la hauteur de ses attentes. «On a travaillé en étroite collaboration, mais [Kim] a une vision très claire [de son film]. Il n'a pas peur d'admettre quand il a tort, mais il ne changera pas son fusil d'épaule quand il a raison. Il prend soin de ses acteurs, mais aussi de son équipe. Ça a été une aventure incroyable.»

N'empêche. Il était bien heureux d'être de retour à Brooklyn, où il habite. «C'était le printemps. Tout le monde avait froid et j'étais en t-shirt, rigole-t-il. Chaque fois que j'ai froid, je me dis que c'est très relatif.»

Au moment de l'entrevue, en mai, DeHaan se promettait un été sabbatique après le tournage de Valérian et la cité des mille planètes, le prochain Luc Besson. Une bonne idée. Depuis cinq ans, on a pu le voir devant la caméra de Derek Cianfrance, de Spielberg, d'Egoyan, de Terrence Malick, en Bouffon vert dans Spider-Man et dans la peau de James Dean et de Lucien Carr, un acolyte de Kerouac et Burroughs. Rien que ça.

Kim Nguyen a eu la main heureuse en le choisissant pour le rôle de Roman.

Tatiana Maslany: Fille du Nord

Tatiana Maslany incarne le rôle de Lucy dans... (Fournie par Les Films Séville) - image 6.0

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Tatiana Maslany incarne le rôle de Lucy dans Un ours et deux amants.

Fournie par Les Films Séville

Tatiana Maslany est l'enfant chérie du Canada anglais, surtout depuis l'obtention de son Emmy comme meilleure actrice dans la télésérie Orphan Black. Sa réputation devrait encore croître avec Un ours et deux amants. Elle, qui a grandi en Saskatchewan, s'est sentie «totalement à la maison» pendant le tournage extrême au Nunavut!

L'hiver dans la province de l'Ouest peut sembler «aussi lunaire et provoquer un sentiment semblable d'isolement que dans [le Grand Nord]. J'ai l'impression que la contrée où [mon personnage] a grandi est semblable à celle de mon enfance. C'était très familier», dit celle qui a pratiqué la pêche blanche avec son grand-père et avait déjà conduit une motoneige.

Une expérience qui s'est avérée fort utile pour ce road-movie arctique où les deux amants du titre tentent de trouver le salut dans la fuite vers le Sud en chevauchant leur destrier mécanique.

Hanté par le passé

La belle de 31 ans joue Lucy, une Juliette du Nord qui doit composer avec le fantôme du passé qui la hante. Les comparaisons avec son personnage torturé s'arrêtent toutefois là. «Elle est incapable de rester en place. Parce que ce qui la brûle de l'intérieur est insupportable au point où elle doit s'enfuir constamment. Je comprends son agitation, mais elle n'est pas mienne.»

Tatiana Maslany sait très bien se glisser dans la peau d'une autre. Comme elle l'a fait en jeune auteure excentrique (Cas & Dylan, 2013) ou en juive persécutée pendant la Seconde Guerre mondiale

(La dame en or, 2015).

Scénario «magique et surréaliste»

Le défi d'un rôle féminin «consistant» l'intéressait donc, mais aussi le sujet. «J'ai lu le scénario et je suis tombée en amour avec ce récit surréaliste. J'ai été surprise de voir à quel point il m'a fait rire. Il y avait quelque chose de magique et surréaliste dans ce scénario que je n'avais jamais lu avant.» Comme elle a beaucoup aimé Rebelle, le film de Kim Nguyen qui a été en nomination aux Oscars, en 2013, toutes les conditions gagnantes étaient réunies.

Même si la chose n'allait pas de soi. En raison du tournage de la série de science-fiction Orphan Black, Tatiana Maslany n'a pas vraiment eu le temps de se préparer. Elle n'a d'ailleurs rencontré le réalisateur québécois et Dane DeHaan, son partenaire de jeu, que peu de temps avant le tournage. Mais le trio a pris le temps d'effectuer des séances d'improvisation. La chimie a opéré immédiatement. 

Une expérience qui s'est avérée fort utile sur un tournage marqué par une bonne part d'improvisation - Nguyen dit avoir voulu faire un film «en constante mutation». «Il y avait de l'espace pour ce type d'exploration, croit l'actrice. Pas parce qu'il y avait des trous dans le scénario. Mais parce qu'il était si bien construit qu'il nous inspirait à aller plus loin.»

Reste que même si Dane DeHaan s'est révélé extrêmement généreux, c'est plutôt la rencontre avec Agee, l'ours blanc qui parle, qui l'a impressionnée. «J'ai adoré. Je n'avais jamais été aussi proche d'un [animal] aussi gros. Ses pattes sont aussi volumineuses que votre corps.» À sa grande surprise, une fois que l'ursidé a pris ses marques, il s'est mis à faire des roulades dans la neige. «C'était surréaliste.» À l'image du film.

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