Lepage frère et soeur à coeur ouvert

À l'invitation des organisateurs du Festival de cinéma... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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À l'invitation des organisateurs du Festival de cinéma de la ville de Québec, Lynda Beaulieu et Robert Lepage se sont laissé aller au jeu de la confidence, sur la scène de l'auditorium du pavillon Lassonde.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Auteur de six longs métrages, Robert Lepage entretient une relation mitigée avec le cinéma, un art qu'il avoue ne pas bien maîtriser. Ce n'est pas sa soeur et agente Lynda Beaulieu qui le contredira, elle qui a assumé dans la douleur la production de son dernier film, Triptyque. «Le cinéma, c'est l'art du gaspillage, ça m'a découragée.»

Réuni sur la scène de l'auditorium du pavillon Lassonde, mercredi après-midi, à l'invitation des organisateurs du Festival de cinéma de la ville de Québec, le duo s'est laissé aller au jeu de la confidence, aidé en cela par la comédienne Sophie Faucher, une amie de longue date. Plus de 200 personnes ont assisté à cette «classe de cinéma» où Lepage frère et soeur ont fait état de leurs frustrations à l'égard d'un art qui tient davantage à leurs yeux de l'industrie.

Dès sa première expérience sur un plateau, en 1995, pour Le confessionnal, Lepage avoue avoir découvert que les nombreuses contraintes liées à ce mode d'expression artistique se conciliaient mal avec son désir de liberté et son aversion pour les carcans. «C'est un monde que je ne comprenais pas bien. C'est tellement lourd, écrasant, étouffant. C'est une machinerie qui coûte cher. Tu as moins de liberté qu'au théâtre, il fallait que je rentre dans un moule. J'ai fait un film qui ne me ressemblait pas beaucoup, mais qui fittait dans le système.»

C'est lors du tournage de La face cachée de la lune, en collaboration avec Daniel Langlois (spécialiste du multimédia et fondateur d'Ex Centris, à Montréal), qu'il a appris à mieux apprivoiser ce médium, réconforté par l'arrivée du numérique et des nouvelles technologies. Quatre jours avant la première au Festival international de Toronto, il raconte avoir trimé dur pour fignoler des scènes qui l'avaient laissé insatisfait. Jusqu'à ce moment où il lui faut lâcher prise, abandonner le film au public, sachant qu'il ne pourra plus rien y changer. Une grande et éternelle source de frustration pour le perfectionniste qu'il est.

L'aventure Triptyque 

S'il est une chose que Lynda Beaulieu ne croyait jamais faire en acceptant de travailler avec son frère, il y a une vingtaine d'années, c'est devenir la productrice d'un de ses films. À sa demande, elle a sauté dans l'aventure pour Triptyque, en 2013, tourné en collaboration avec Pedro Pires. «Je l'ai fait, mais je ne le referai plus. Ç'a été trois ans d'enfer. J'ai été obligée de jouer de stratégies pour arriver à faire le film qu'on voulait faire», avouait-elle au Soleil le mois dernier.

Mercredi, son discours n'avait pas changé. Elle a dénoncé toute la «paperasse et la bureaucratie» nécessaires à la production cinématographique, déplorant du même souffle l'incapacité des bailleurs de fonds à voir l'oeuvre au-delà de son scénario. «Je trouve décevant que ce soit jugé sur le texte. Ce n'est pas juste ça. Il peut y avoir 1000 façons de raconter une bonne histoire.»

Malgré tout le parcours du combattant pour le mener à terme, Robert Lepage dit de Triptyque que c'est «un film qui m'a vraiment satisfait, une aventure plus collective qui «ressemblait à ce qu'on faisait en théâtre».

À ceux qui admirent sa scénographie théâtrale qui se rapproche du cinéma, Lepage a livré cette anecdote. «Un critique a dit de moi en Angleterre que j'étais un réalisateur de cinéma frustré et que ç'a donné mon style...»

Y aura-t-il un autre film un jour? «J'aimerais bien», a-t-il répondu, mais rien n'apparaît sur son écran radar pour le moment en raison de son agenda très bien rempli.

Au Soleil, Lynda Beaulieu avait déclaré: «Le cinéma, je pense que c'est terminé pour Robert, à moins qu'il ait une latitude hallucinante et que c'est moi qui le produis. Mais on a autre chose à faire de plus payant et satisfaisant au point de vue artistique.»

Plaidoyer pour Québec 

Sous les applaudissements de l'assistance, Lynda Beaulieu s'est portée à la défense des réalisateurs de la capitale, trop souvent laissés pour compte à l'étape du financement. «Je suis tannée de voir les réalisateurs de Québec, les Trogi et autres, s'en aller à Montréal. Il est temps que ça change. Si Robert a réussi à le faire, les gens de Québec le peuvent aussi, mais ça prend du courage. Il serait temps que les gens de la SODEC et de Téléfilm [Canada] allument là-dessus.»

Robert Lepage a renchéri, dénonçant «l'hypocrisie» qui sévit trop souvent lorsque vient le temps de discuter du scénario avec les bailleurs de fonds, alors que les deux parties argumentent à n'en plus finir afin d'arriver à leurs fins. «On se ment tous. On ment à des gens qui nous mentent. Je ne veux plus jamais avoir à faire à ça. Je n'ai plus de temps à perdre avec ça», a-t-il lancé sous les applaudissements.

Aux jeunes réalisateurs qui se désespèrent de percer au Québec, le dramaturge a livré un discours d'encouragement. «Je n'ai jamais eu de plan de carrière. Si j'avais eu le casting d'un jeune premier, je jouerais peut-être dans une télésérie, mais je me suis rendu compte que mon public était ailleurs, pas ici.»

Prenant en exemple La face cachée de la lune, qui a séduit le public de la Corée du Sud, qui a vu dans cette histoire de jumeaux cherchant à se réconcilier une allusion à la situation politique avec l'autre Corée, celle du Nord, Lepage a encouragé les jeunes créateurs à s'ouvrir à la planète.

«Votre film, c'est peut-être une métaphore pour quelqu'un d'autre dans le monde. Il faut s'exposer ailleurs, voir si vous n'allez pas y trouver votre public.»

Lepage craque pour la lutte

À la surprise générale, Robert Lepage s'est livré à une profession de foi à l'égard de la lutte, pas la gréco-romaine, l'autre, plus populaire, qui met aux prises des colosses entre les câbles, dans une ambiance survoltée.

Relatant son passage il y a deux semaines au Centre Horizon, sur la 4e Rue dans Limoilou, à l'occasion du début de la saison de la North Shore Pro Wrestling, un regroupement de lutteurs amateurs basé à Québec, le dramaturge n'a pas caché son étonnement de découvrir dans ce spectacle des affinités avec son art.

«Blague à part, c'est peut-être parfois tout croche, mais il y a quelque chose d'intimement lié à nos pièces. C'est le théâtre dans sa forme la plus brute. Ça tient du cirque. Les gens viennent encourager leurs héros, d'autres viennent pour les détester. Pour la foule, c'est une vraie catharsis.»

Les lutteurs qu'il a vus faire étalage de leurs prouesses en basse ville ont offert une performance qui relève du grand art, selon lui. «Ils sont incroyables. Ils sont meilleurs que bien des acteurs que j'ai pu voir sur bien des scènes.»

À la période des questions, à une spectatrice qui racontait sa rencontre avec l'ex-lutteur Paul Leduc, Lepage a ajouté: «Ce sont des pionniers de notre show-business. Ils ont fait le tour du monde à une époque où ce n'était pas facile de voyager. J'ai une grande admiration pour ces gens-là.»

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