La dernière folie d'André Forcier

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André Forcier a gravi, jeudi, le tapis rouge du Festival de cinéma de la ville de Québec.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) André Forcier a gravi, jeudi, le tapis rouge du Festival de cinéma de la ville de Québec (FCVQ). Comme il l'a fait récemment en ouverture du FFM, où Embrasse-moi comme tu m'aimes a remporté deux prix, dont celui de l'innovation, ce dont le réalisateur de 69 ans est très fier. Les mondanités ne l'embêtent pas trop. Les interviews, si. «C'est pas mon truc.» On a remarqué. Heureusement, le fantastique et fantasque réalisateur a bien voulu discuter de son 12e long métrage, du Forcier pur jus qui ne laissera pas indifférent.

L'enfant terrible du cinéma québécois tourne peu. Sa vision artistique si particulière, mélange de poésie surréaliste et de réalisme magique, fortement ancrée dans la réalité, déstabilise les institutions et, souvent, le public. Il y a aussi son intégrité. «On tourne un film quand on a quelque chose à dire.»

Cette fois, il avait le goût «de raconter une histoire impossible, celle d'un gars qui voulait aller se battre contre le nazisme». Forcier s'est inspiré des discussions qu'il a eues, adolescent, avec son père, qui s'était engagé dans la police pour éviter la guerre. «Je voulais un personnage inverse.»

Jumelle handicapée

Pour corser le récit, il oppose à ce volontaire de 22 ans une soeur clouée à son fauteuil roulant. Pierre (Émile Schneider) doit s'occuper de Berthe (Juliette Gosselin), qui le désire sans que ce soit réciproque. Leur relation va fortement influencer leur destinée, d'autant que Pierre est hanté par le fantasme de sa jumelle. Au point d'occulter le récit sur le Québec au début de la Seconde Guerre mondiale, avant la conscription.

«C'est important, mais je n'ai pas voulu raconter une histoire incestueuse, se défend Forcier. Ce n'est pas leur amour qui m'intéressait. Je voulais que Pierre soit pris au piège, raconter sa déconfiture.» Mais aussi que cette relation particulière devienne un frein à l'amour qu'éprouve Pierre pour Marguerite (Mylène Mackay).

Vrai que le cinéma du réalisateur ne s'embarrasse pas des conventions. On n'a qu'à penser à sa loufoque tragicomédie Une histoire inventée (1990) où le personnage de Louise Marleau est constamment suivi par ses 40 soupirants.

N'empêche. Cet étrange triangle amoureux ne pouvait exister qu'au début des années 40, estime l'auteur. «Regardez autour de vous. Je n'aurais pas pu faire la même chose avec l'Afghanistan. Je ne crois pas. Ça prenait un idéal et un symbole unique comme Hitler.»

Pas question pour autant de laisser le contexte historique lui imposer des contraintes. Il avait un conseiller sur le plateau (presque tout a été tourné en studio, on a ajouté le décor d'époque numériquement). Mais Forcier s'est surtout inspiré des récits de ses grands-parents, de ses oncles «qui ont connu cette époque» et «des films de ma jeunesse». Pas question pour lui de visionner les classiques de ces années noires. «Ce que je ne voulais surtout pas, c'était tourner dans le style de l'époque.»

Style inclassable

Ardent défenseur du cinéma d'auteur, le lauréat du prix Albert-Tessier 2003 s'est toujours distingué par son originalité, son style inclassable et indémodable - il a à son actif quelques-uns de nos plus beaux films (L'eau chaude, l'eau frette, Au clair de la lune, Kalamazoo...). 

Pas surprenant que les acteurs se soient bousculés pour avoir un petit rôle, même une apparition, dans cette comédie dramatique, parsemée d'humour et de désespoir: Pierre Verville, Pascale Montpetit, Julien Poulin, Christine Beaulieu, Donald Pilon, Benoît Brière, Sonia Vachon et même Denys Arcand (en prof d'université, un rôle naturel...). En plus des Roy Dupuis, Antoine Bertrand, Céline Bonnier, Réal Bossé...

«Ce sont des comédiens avec qui, pour la plupart, j'ai travaillé ou avec qui je voulais travailler. Plusieurs l'ont fait par amitié, d'autres, par curiosité, parce que j'ai une bonne réputation comme directeur d'acteurs.»

À 69 ans, on se demande toujours si le nouveau film sera le dernier - si c'est le cas, son aventure cinématographique se terminerait en beauté. Il nous rassure : il a une autre bonne histoire dans ses tiroirs. Mais il va la laisser «faisander». 

Parce qu'il a le goût de voir du cinéma cet automne, en particulier au Festival du nouveau cinéma, en octobre. «Quand j'écris, je n'y vais pas [par peur d'être influencé], quand je tourne, j'ai pas le temps, même chose pour le montage, un travail de longue haleine.»

Soit. Mais ce serait bien si Forcier ne laissait pas son scénario faisander trop longtemps. Notre cinématographie a besoin de son imaginaire débridé...

Juliette Gosselin avec son mentor

Le film de fin d'études de Juliette Gosselin s'intitulait Forcier. Fortement inspirée de l'univers du réalisateur québécois, la jeune femme lui a demandé d'en assurer la narration. Six ans plus tard, elle obtient une audition pour le premier rôle dans Embrasse-moi comme tu m'aimes. Forcier ne s'en souvient pas vraiment, mais il n'était pas question que l'actrice laisse passer une telle occasion. Une chance: elle crève l'écran.

Juliette Gosselin se glisse dans la peau de... (Fournie par Filmoption International) - image 3.0

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Juliette Gosselin se glisse dans la peau de Berthe, handicapée qui brûle d'un désir ardent pour son jumeau Pierre.

Fournie par Filmoption International

«Ça a été une rencontre incroyable.» Au bout du fil, on sent que la femme de 25 ans se pince. Se glisser dans la peau de Berthe, handicapée qui brûle d'un désir ardent pour son jumeau Pierre, lui a permis de découvrir l'humain derrière le cinéaste. «Je suis extrêmement heureuse et choyée de le connaître et de beaucoup apprendre de lui.» 

Forcier est un peu devenu un mentor pour l'aspirante réalisatrice. En plus de quatre courts primés, Juliette a réalisé et scénarisé Switch & Bitch, une websérie pour tou.tv. Elle amorcera d'ailleurs bientôt le tournage de la troisième saison, en plus de son rôle dans 19-two (la version anglaise de 19-2).

C'est pour ses talents d'actrice, en pleine ascension, que Forcier la voulait sur son plateau. L'air de rien, elle a une douzaine d'années d'expérience - elle a amorcé sa carrière dans Nouvelle-France (Jean Beaudin, 2004). On a pu la voir récemment dans Tu dors Nicole de Stéphane Lafleur, présenté à Cannes. 

«Partenaire idéal»

Quand il lui a donné le rôle, Forcier l'a invitée à venir manger une lasagne pour rencontrer Émile Schneider, l'interprète de Pierre. «C'était un coup de dés. Mais ça a été le partenaire de jeu idéal. On avait une confiance absolue l'un dans l'autre.» Un sentiment partagé par l'acteur (nous y reviendrons dans une prochaine parution).

Heureusement, la magie du cinéma a opéré et les deux acteurs ont cliqué. Il le fallait : le degré d'intimité est sulfureux. «Il y avait beaucoup d'intimité à recréer, comme tu le dis. À travers l'histoire, la mythologie, la relation entre des jumeaux est toujours représentée comme fusionnelle ou en grande confrontation. Je pense qu'il y a des deux dans leur relation. Il fallait rendre justice à ce lien.»

Contraintes physiques

Juliette Gosselin devait aussi composer avec les contraintes physiques de jouer dans un fauteuil roulant. «C'est extrêmement différent. J'ai eu le fauteuil chez moi quelques semaines pour m'habituer. Ça change complètement la dynamique. Berthe est comme un petit volcan qui gronde et qui, parfois, explose parce qu'elle n'est pas au même niveau et qu'elle n'a pas les mêmes moyens que les autres pour attirer l'attention. Ça apporte beaucoup à l'intensité du personnage.»

Dans les circonstances, on comprend qu'elle ait suivi Forcier «comme [son] capitaine». Même si c'était inconfortable. Juliette s'est longtemps demandé si elle n'en faisait pas trop dans la peau de la bouillante Berthe. «Chez Forcier, on est dans un ton très différent. Il me disait: "Plus, plus, plus." Il a fallu que je casse mes habitudes de cinéma hyperréaliste. Si j'étais allée dans une zone plus confortable, j'aurais détonné. Je l'ai laissé m'amener là où il voulait.» 

À bon port, de toute évidence.  

Embrasse-moi comme tu m'aimes prend l'affiche vendredi.

Une double première

L'équipe du film d'André Forcier venait présenter son film... (Le Soleil, Yan Doublet) - image 5.0

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L'équipe du film d'André Forcier venait présenter son film au Festival de cinéma de la ville de Québec

Le Soleil, Yan Doublet

Double première jeudi soir pour les artisans d'Embrasse-moi comme tu m'aimes. L'équipe du film d'André Forcier venait présenter son film au Festival de cinéma de la ville de Québec et inaugurait l'utilisation de l'auditorium du pavillon Lassonde par le Festival. La salle de projection du Musée national des beaux-arts de Québec est dotée d'un écran de 10 mètres. Embrasse-moi comme tu m'aimes prend l'affiche aujourd'hui dans les cinémas du Québec.


À voir vendredi au FCVQ

Feuilles mortes (Édouard A. Tremblay, Thierry Bouffard et Steve Landry)

Le cabaret, 21h30

Ce western postapocalyptique de trois réalisateurs de Québec est une magnifique réussite, un film dur et sans quartier, au climat anxiogène, qui mise sur l'implicite et le langage cinématographique pour nous transporter dans un futur immédiat qui s'avérerait terrifiant s'il advenait.

Un homme de danse 

MNBAQ, 13h

Documentaire distribué par Spira, coopérative de Québec, le documentaire de Marie Brodeur s'intéresse à la carrière éblouissante de Vincent Warren, qui a amorcé sa carrière au MET avant de la poursuivre avec les Grands Ballets canadiens. Un dieu de la danse.

Je me tue à le dire (Xavier Seron)

Le cabaret, 15h30

Intrigant film de la compétition que cette comédie noire absurde sur une relation mère-fils un peu tordue. Le Belge Xavier Seron a remporté le prix du meilleur premier long métrage à Palm Springs avec cette oeuvre qui «repousse la forme et la structure au sein d'une histoire qui suit des thèmes communs à de nombreux films».

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