Le vrai visage de Dino Tavarone

Le réalisateur Jimmy Larouche connaît Dino Tavarone depuis... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Le réalisateur Jimmy Larouche connaît Dino Tavarone depuis longtemps et a toujours été fasciné par le parcours de cet immigré italien qui, à sa sortie de prison pour trafic, s'est retrouvé vedette instantanée dans Omertà.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Dino Tavarone est ce qu'on appelle, en bon québécois, un personnage. Plus grand que nature. Qui joue un peu toujours le même rôle: le sien. Un naturel, quoi. Ce qui est encore plus évident dans Mon ami Dino, un portrait peu orthodoxe de l'acteur. Ce qui ne l'empêche pas, parfois, de porter un masque - un thème récurrent dans sa peinture. Encore plus dans ce film. Mais, jure-t-il en entrevue, les spectateurs vont y découvrir son vrai visage, «mon âme».

Ça fait un bail que Jimmy Larouche connaît l'acteur de 72 ans. Leur relation professionnelle s'est muée en amitié. Le cinéaste est fasciné par le parcours de cet immigré italien, artiste et bohème dans l'âme, qui, à sa sortie de prison, pour trafic, se retrouve vedette instantanée, au début de la cinquantaine. Tavarone incarne alors Scarfo, un parrain de la mafia, dans la série-culte Omertà (1996)! Ça ne s'invente pas.

Il cumule les rôles depuis, mais son accent prononcé l'empêche de jouer autre chose que des rôles typés. Larouche voulait «montrer à tout le monde» son talent et, en même temps, «faire découvrir l'homme». Il talonne son ami Dino, très réticent. Un documentaire, dit l'acteur, c'est pour les grands artistes. «Mais il insistait.» 

Las, lors d'une soirée bien arrosée, il donne son accord. Une semaine après, il ne peut plus reculer: Jimmy a déjà trouvé son équipe. «C'est une affaire incroyable. Des gens qui mangent du cinéma. Malheureusement, ici, personne n'investit dans le cinéma. Pourtant, la culture, c'est la richesse du pays.» Avec peu ou pas de budget, en 14 jours, on boucle ce film fascinant qui documente la progression fulgurante du cancer de Dino, le personnage.

L'homme, lui, est pétant de santé. En entrevue, il est tel qu'on le voit à l'écran. Entier. Charmant. Un peu bougonneux, néanmoins aimable. Sans faux-fuyant, en apparence. «Je suis sincère, honnête. Je ne me cache pas. Mais j'ai des masques.»

Dino Tavarone dans Mon ami Dino... (Fournie par l'Atelier) - image 2.0

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Dino Tavarone dans Mon ami Dino

Fournie par l'Atelier

N'est-ce pas un peu contradictoire? «Les masques, c'est une forme de survie. [La société] t'y oblige. Pour travailler. Pour faire une entrevue. Pour aller manger chez ta belle-soeur.»

La question se pose avec d'autant plus d'acuité que Mon ami Dino marche sur le fil de fer entre fiction et réalité. Sa forme et son propos ont tout l'air du portrait documentaire. Pourtant, le noeud du récit est fictif même si tout le monde y joue son propre rôle (sauf sa fille, interprétée par Sasha Migliarese).

Dino joue... Dino

Et Dino Tavarone, quel rôle joue-t-il, au juste? «Je me dévoile plus dans la fiction que dans la réalité. Mais je pense que c'est un film qu'il ne faut pas regarder avec la tête, mais avec le coeur. Si les gens s'attardent à mes émotions, ils vont connaître le vrai Dino, l'âme. [...] Même la fiction devient réalité. C'est comme un tour de magie. Jimmy aime bien dire ça. Tu ne te demandes pas si c'est vrai ou pas. S'il y a un truc ou pas. Les gens vont apprendre sur moi en essayant de me suivre émotivement. [...] En commençant par le coeur, ça va automatiquement à la tête.»

Vrai que le canevas du film permet à Dino Tavarone d'y peindre ce qu'il veut. Il y a une progression dramatique convenue, mais pour ce qui est des (nombreux) monologues et des dialogues, «tout est improvisé». 

On ne s'en étonne pas - l'acteur n'aime pas beaucoup apprendre ses dialogues. C'est, pour lui, une question de créativité, du moment de grâce qui peut jaillir de l'échange. Certains acteurs en sont terrifiés, dit-il. D'autres, comme Normand D'Amour, n'attendent que ça. Comme lui. «Je n'aime pas toujours rester au même point. C'est pour ça que j'aime l'avant-garde artistique.» Pas de doute, il est dans son élément dans un film indépendant comme Mon ami Dino

Ce qui risque de surprendre ceux qui ont encore l'image de Scarfo en tête. Encore plus avec son rêve ultime, qui serait de «jeter tous mes masques». Comment? En devenant itinérant. Quand c'est fait par choix, «ça, c'est du courage. Tu sais quoi? Laisser toutes tes affections, tes amitiés, tout ce que tu as connu, tes papiers, tu les jettes, c'est vraiment une bataille. Mais je n'ai pas ce courage. Sinon, je le ferais demain».

Pas d'esbroufe, semble-t-il. Parce que quand on lui demande s'il porte un masque, il répond : «Non, je suis trop fatigué. (rires)»

Le tour de magie

«C'est un peu comme un documentaire dans un cadre fictif. Un tour de magie. Ce qui est important, ce sont les émotions vécues. Dans Mon ami Dino, les gens rient, pleurent, et ils sont surpris. C'est ça le cinéma pour moi.»

Jimmy Larouche risque de déstabiliser bien des gens avec son troisième long métrage de fiction, car c'en est, et il le sait. Mais «c'est plus qu'un truc», se défend-il. «C'est un hymne à la vie, à l'amitié, à la famille beaucoup plus qu'un film sur la maladie» imaginaire de Dino Tavarone. 

Les deux hommes partagent en effet beaucoup. Outre l'amitié, ils ont fondé, en 2006, une boîte de production, Pipingo Films - d'après le nom du chien de Tavarone, vedette à part entière de Mon ami Dino, d'ailleurs.

Ce portrait inhabituel de son partenaire, qui détourne les codes de la biographie documentaire, il le compare à une toile. «Même un documentaire, ça reste un peu une fiction, parce que c'est la vision d'une personne, d'une situation et des éléments qu'il veut te montrer. Ce n'est pas Dino, mais ça lui ressemble en crisse», croit le réalisateur originaire d'Alma.

Cet hybride filmique, «je pense que j'ai fait quelque chose qui n'existait pas ou très peu. Pour moi, en tant qu'artiste, vais-je réussir à avoir une telle idée une autre fois dans ma vie? Ça, ça me rend vraiment fier», explique ce cinéphile boulimique. D'autant, ajoute-t-il, que pour la première fois, son long métrage provoque des réactions agréables chez le spectateur - La cicatrice (2012) et Antoine et Marie (2014) sont des oeuvres dérangeantes. «On a pris un pari, on a fait un projet casse-gueule et risquer des choses, et ça touche. J'ai créé un lien avec le public.»

On s'en doute, l'homme de 39 ans est fier du résultat. Au point de dédicacer ce long métrage sur une figure paternelle à une autre : son père. «Parce que je l'aime. Parce que c'est le premier film que je trouvais approprié et à sa hauteur. Je trouve que c'est un beau cadeau, une façon de lui dire merci d'avoir fait de moi la personne que je suis et de toujours avoir été là pour me supporter.»  

Mon ami Dino prend l'affiche le 5 août.

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