Feuilles mortes: le règne de trois

Dans Feuilles mortes, Roy Dupuis incarne un loup... (François Gamache)

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Dans Feuilles mortes, Roy Dupuis incarne un loup solitaire dans un Québec postapocalyptique.

François Gamache

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(Québec) L'existence de Feuilles mortes relève de l'exploit. Les trois réalisateurs de Québec ont tourné leur premier long métrage en trois semaines avec trois fois rien: des acteurs locaux, amis ou connaissances, si on fait exception de Roy Dupuis, et l'appui de techniciens de la capitale. Le résultat dépasse toutes les attentes qu'on pouvait entretenir, compte tenu des conditions de production. Pour utiliser un cliché, l'union fait la force.

Thierry Bouffard et Édouard Tremblay, deux des trois... (Le Soleil, Patrice Laroche) - image 1.0

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Thierry Bouffard et Édouard Tremblay, deux des trois réalisateurs de Feuilles mortes

Le Soleil, Patrice Laroche

Thierry Bouffard, Édouard A. Tremblay et Steve Landry (retenu à l'extérieur au moment de l'entrevue au studio Élément) sont loin d'être des néophytes. Cinéastes aguerris avec une longue feuille de route en courts métrages et en pub, les deux derniers ont aussi fait partie du collectif Phylactère Cola. Leur amitié a fait le reste. Même si le trio au début de la quarantaine appréhendait des tensions. «Le film comptait moins que notre amitié. Finalement, ça s'est super bien passé», explique Édouard.

Les trois compères avaient pris bien soin de compartimenter les responsabilités, en fonction de leur spécialité, et la réalisation de leur segment distinctif du récit. Tout en conservant une uniformité stylis-tique. «C'était important qu'on n'ait pas trois courts métrages collés, mais un scénario qui s'entremêle et est consistant» - un film choral.

Sur une idée originale d'Édouard, Feuilles mortes suit donc les péripéties de trois groupes distinctifs dans un Québec postapocalyptique. Nous sommes cinq ans après une crise où les structures sociales se sont effondrées. Sans énergie, chacun défend sa peau comme il le peut. Il y a un loup solitaire (Dupuis), une jeune femme blessée (Noémie O'Farrell) qui cherche refuge chez sa tante (Marie-Ginette Guay) et l'homme fort (Philippe Racine) d'un groupe qui survit grâce au troc. C'est la loi du plus fort, à coups de fusils tenus par des bandits de grand chemin.

Noémie O'Farrell est une jeune femme blessée qui... (François Gamache) - image 2.0

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Noémie O'Farrell est une jeune femme blessée qui cherche refuge chez sa tante.

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Philippe Racine est l'homme fort d'un groupe qui... (François Gamache) - image 2.1

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Philippe Racine est l'homme fort d'un groupe qui survit grâce au troc.

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Résultat: un western à la Mad Max, proche de Turbo Kid sans l'aspect psychotronique, qui emprunte aussi à La route de Cormac McCarthy (adapté par Jon Hillcoat, en 2009). En moins sombre: «On voulait qu'il y ait de l'espoir.» Pas question non plus de faire la leçon sur les causes (non expliquées) qui ont mené à ce monde chaotique et sans pitié. «C'est un monde qui permet de t'éclater comme scénariste et réalisateur.»

Les intentions étaient moins claires pour l'esthétique western - très contemporaine, cela dit : on est loin de Sergio Leone. «Ça a sorti avec une saveur western, mais, à la base, on n'avait pas ça dans la tête», indique Thierry. «À la technique, on voulait une approche à la western», précise Édouard. «On ne savait pas qu'on allait réussir tant que ça», ajoute Thierry. 

Avec 250 000 $, des considérations économiques ont aussi influé sur la conception. «On n'avait pas les moyens d'un gros film hollywoodien. On voulait un film à l'image du cinéma qu'on était capables et en mesure de faire, tout en n'étant pas cheap.» L'entraide et des trésors d'imagination ont permis de créer ce film à l'esthétique cohérente qui rivalise avec de grosses productions, tout en conservant une spontanéité qui rappelle le cinéma direct.

Les gars ont voulu un film sobre et économe de ses effets - l'action se déroule à l'automne où chacun économise ses forces en fonction de l'hiver qui s'en vient. Ce qui permet d'exploiter la beauté naturelle des lieux de tournage (Saint-Casimir, Tewkesbury, île d'Orléans, etc.), mais aussi de rendre un discret hommage à notre passé de coureur des bois et à notre métissage avec les autochtones. 

Par la bande, on aborde aussi la question de la sexualisation du corps féminin. Dans Feuilles mortes, le sexe est une monnaie d'échange précieuse. Il fallait montrer, sans choquer. «Des fois, ce n'est pas nécessaire. Le son est plus rugueux que de le voir», indique Édouard.

Le film s'ouvre sur une scène de viol et l'apparition du personnage joué par Dupuis. Les réalisateurs craignaient un peu la réaction du célèbre acteur. Le producteur Charles Gaudreau leur a mentionné que, de toute façon, ils n'avaient rien à perdre en lui envoyant leur scénario. «C'était un coup de dés.»

«C'est quand même intimidant» de tourner avec Roy Dupuis, admettent-ils. Mais «plus le film avançait», plus il s'intégrait «à notre grosse famille».

Série télé

À défaut d'une sortie en salles, les créateurs de Feuilles mortes ont de grandes ambitions pour la suite des choses : une série télé, diffusée sur une chaîne câblée. «On a déjà plein d'idées. [...] Le potentiel est comme mongol. Il y a ça qui peut être charmant des séries qui sont diffusées sur Netflix ou autre. Ça peut être là-dessus que ça pourrait être profitable», croit Thierry.

En attendant, «on mise sur le bouche-à-oreille» pour que Feuilles mortes trouve son public.

Un mal pour un bien

C'est le programme de production à microbudget de Téléfilm Canada qui empêche Feuilles mortes de prendre l'affiche au cinéma. «C'est un combat qu'on a décidé d'abandonner.» Ce moyen de financement, qui limite l'enveloppe budgétaire à 250 000 $, vise à encourager l'utilisation de nouvelles plateformes de distribution numériques par des cinéastes émergents. Et donc pas au cinéma. Un mal pour un bien, estiment les réalisateurs, puisqu'ils ont obtenu une liberté créatrice qu'ils n'auraient pas obtenue avec un gros budget. «Tout au long de la production, on n'a eu aucune censure.» Après la présentation du film en première mondiale jeudi, à Fantasia, à Montréal, et sa diffusion à Super Écran, qui l'a acheté, les créateurs visent maintenant le réseau des festivals pour faire circuler leur oeuvre, à l'instar d'Un film de chasse de filles (2014), le très bon documentaire de Julie Lambert. Ils ont déjà deux confirmations et une annonce prochaine. Tant mieux. Ce film mérite de voyager et d'être vu. 

Roy Dupuis dans Feuilles mortes... (François Gamache) - image 4.0

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Roy Dupuis dans Feuilles mortes

François Gamache

Magnifique réussite

CRITIQUE / Il est cruel que Feuilles mortes ne prenne pas l'affiche au cinéma. Le western postapocalyptique des trois réalisateurs de Québec est une magnifique réussite, tant sur le plan formel que sur celui scénaristique. Chaque segment a sa personnalité propre, sans qu'il y ait un fossé stylistique détonnant. Le montage vient lier les histoires, et le trio a réussi à boucler la boucle avec brio, sur une fin ouverte. Dans ce monde de désespérés, victimes de l'effondrement de nos structures sociales, Feuilles mortes présente l'histoire de trois résilients, guidés par leur instinct de survie. Un film dur et sans quartier, au climat anxiogène, qui mise sur l'implicite, notamment dans la description de la violence, et le langage cinématographique pour nous transporter dans un futur immédiat fictif qui s'avérerait terrifiant s'il advenait. Chaudement recommandé.  ***1/2 

Accessible sur les plateformes vidéo sur demande et iTunes.

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