Le dragon rugit de nouveau sur le cinéma de Hong Kong

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Herman Yau tourne le film Shock Wave” à Hong Kong. Les Hongkongais sont de plus en plus nombreux à redouter que la Chine ne renforce son emprise sur l'ancienne colonie britannique via le cinéma.

AFP, Anthony Wallace

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Theo Merz
Agence France-Presse
Hong Kong

Faut-il tourner à l'économie le film qu'on a toujours voulu faire, ou vendre son âme et réaliser un blockbuster? Tel est le dilemme auquel sont confrontés les cinéastes hongkongais alors que la lucrative industrie chinoise de la toile leur tend les bras.

Les Hongkongais sont de plus en plus nombreux à redouter que la Chine ne soit en train de renforcer son emprise sur l'ancienne colonie britannique. Mais malgré les pressions commerciales et politiques, une vague de réalisateurs choisit de produire des films faits maison à la tonalité locale, insufflant une vie nouvelle au cinéma hongkongais.

Il fut un temps où Hong Kong produisait au moins 200 films par an, de la Fureur du Dragon de Bruce Lee en 1972 à In the Mood for Love de Wong Kar-wai en 2000, en passant par une myriade de policiers et de thrillers.

Au début du nouveau millénaire, toutefois, l'industrie du cinéma hongkongaise a ralenti - elle ne produit plus que quelques dizaines de films annuels -, en partie à cause de l'essor de l'industrie chinoise, qui offre aux réalisateurs expérimentés comme novices plus d'argent et de possibilités.

Aujourd'hui, la roue semble un peu tourner, d'aucuns privilégiant la liberté d'expression aux yuans à foison.

«Avec les nouveaux films, tout le monde se demande: "Pourrait-il sortir en Chine? Peut-on obtenir des cofinancements en Chine?" C'est comme ça que les [financeurs] font du retour sur investissement», explique le réalisateur hongkongais Derek Chiu, 54 ans, qui a plusieurs films hongkongais à son actif et a travaillé sur le continent.

Il dit avoir du mal à obtenir les financements de son prochain film, «Chung Ying Street», qui évoque les émeutes contre le règne colonial britannique et s'intéresse au mouvement prodémocratie actuel.

Financement communautaire

Les organismes publics hongkongais comme chinois ont rejeté ses demandes de subventions, raconte-t-il. Un investisseur privé s'est aussi retiré du projet par crainte pour ses affaires en Chine.

«Peut-être que si je fais Chung Ying Street, je ne pourrai plus travailler en Chine. Mais je ne vais pas reculer. J'ai besoin de contrôler le processus créatif, de liberté, et la Chine ne peut pas me le donner.»

Certains se tournent vers le financement communautaire pour rester indépendants.

Christopher Doyle, directeur australien de la photographie réputé, qui réside depuis longtemps à Hong Kong, a levé plus de 150000$ grâce à la plateforme Kickstarter pour financer son dernier projet sensible.

Hong Kong Trilogy: Preschooled, Preoccupied, Preposterous, sortie en 2015, est basée sur des entretiens avec trois générations de Hongkongais. Une partie du film est consacrée à l'immense mouvement prodémocratie qui avait paralysé des quartiers entiers à l'automne 2014.

«On ne peut dire que certaines choses en Chine. Alors on tourne des drames historiques, des films d'action, pas des films plus pertinents socialement», dit-il à l'AFP.

Mais «ici [à Hong Kong], on doit faire le contraire. On doit y aller avec de petits budgets, on doit se préoccuper des quelques libertés qui nous restent encore».

Ce mouvement qui privilégie la liberté aux financements chinois s'est produit «très rapidement» et c'est le principal bouleversement récent de l'industrie hongkongaise, juge-t-il.

Au plus près de la réalité

En témoigne le succès critique et commercial de Ten Years, film angoissant d'anticipation qui imagine le Hong Kong de 2025. «À cause de la situation sociale et politique à Hong Kong, les réalisateurs se préoccupent davantage de sujets locaux», estime Andrew Choi, un des coproducteurs du film. Pour lui, une nouvelle génération de cinéastes trentenaires est en train d'accumuler de l'expérience et de gagner en réputation.

Certains réalisateurs de la nouvelle génération considèrent que rester concentré sur Hong Kong, c'est une meilleure façon de toucher leur public.

Crosby Yip, 24 ans, tourne son premier film, Diary... (AFP, Anthony Wallace) - image 2.0

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Crosby Yip, 24 ans, tourne son premier film, Diary of First Love. Pour lui, rester concentré sur Hong Kong, c'est une meilleure façon de toucher le public.

AFP, Anthony Wallace

«Je préfère travailler avec des ressources limitées sur ce que je connais», dit Crosby Yip, 24 ans, sur le tournage de son premier film, Diary of First Love, une comédie romantique. «Si je fais des films sur la ville où j'ai grandi, je crois que le résultat sera plus solide, plus réaliste.»

Malgré ces énergies nouvelles, Hong Kong devrait peiner à renouer avec sa gloire cinématographique passée, face à la montée en puissante chinoise et la concurrence venue du monde entier.

«Lorsque les stars ont été découvertes dans les années 80, le marché était moins surchargé», remarque Nansun Shi, grand nom de la production hongkongaise qui a exercé ses talents sur Infernal Affairs, un succès sorti en 2002, et a également fait partie du jury du festival de Cannes.

Pour elle, de nombreux réalisateurs vont continuer d'être attirés par les productions ou coproductions chinoises en raison de l'importance des budgets et des possibilités de toucher une audience bien plus vaste. «Que certains des réalisateurs les plus expérimentés soient partis travailler en Chine, je crois que c'est juste une évolution naturelle», dit-elle.

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