Alexandre Goyette, le roi de la montagne

Alexandre Goyette dans King Dave. La pièce écrite... (Fournie par les Films Séville)

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Alexandre Goyette dans King Dave. La pièce écrite par le comédien en 2005 est maintenant portée au grand écran.

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(Québec) Alexandre Goyette a écrit King Dave pour que ses chums qui ne vont pas au théâtre puissent s'y reconnaître, une plongée en apnée dans l'univers des gangs de rue, de la dope et des roulements de mécaniques.

Une pièce coup-de-poing à propos d'une victime d'intimidation qui, devenue grande, se prend le bras dans l'engrenage de la violence et est entraînée dans une descente aux enfers. Dix ans plus tard, ce drame urbain poignant s'est métamorphosé en film sans pareil (ou presque), signé Podz. L'acteur et scénariste, «fébrile», exulte en entrevue.

«Ça me rend très ému. Jamais j'aurais pensé faire tout ce voyage avec cette oeuvre. Au début [en 2005], le pari, c'était de passer à travers les trois semaines de représentation et rembourser ce que j'avais mis sur ma carte de crédit pour le show», explique-t-il.

Mais King Dave devient un véritable phénomène. Il jouera le solo pendant quatre ans. Entre-temps, Alexandre Goyette tourne aussi pour le grand écran, chez Dolan, entre autres, et le petit écran. Notamment dans C.A., sous la direction de... Podz. Il l'invite à une représentation, convaincu «qu'il y a un film là-dedans».

Pendant un an, le duo créatif va chercher à transposer le drame. Pas évident : sur scène, Goyette joue tous les rôles. Pour conserver l'énergie et l'effet de cette confession-choc, ils optent pour une solution aussi audacieuse que risquée : un plan-séquence. Quatre-vingt-dix minutes d'une hallucinante chorégraphie sur 9 km, avec 20 lieux de tournage parcourus à pied, en auto, en bus, en métro par Dave (Goyette).

Une proposition «très théâtrale» puisque notre antihéros se confie directement au spectateur. Lui raconte une rencontre fortuite qui l'écarte du droit chemin, puis sa blonde qui le trompe, son ami qui le trahit... En perdant ses repères, Dave perd pied. Le spectaculaire long métrage illustre le parcours de ce perdant magnifique demeuré un enfant avec la peur au ventre dans une société qui l'intimide. «C'est juste ça.» 

Alexandre Goyette a voulu démontrer comment une victime, même avec un foyer stable, devient un agresseur - un récit «qui a une portée universelle», presque un archétype du mâle alpha qui se la joue. «Je voulais humaniser ce jeune homme en quête d'identité. Dave veut devenir la vision qu'il a de lui, mais il ne se donne pas les bons outils pour y arriver. Je voulais aussi raconter une histoire avec des pensées très "gars-gars". Qui ne sont pas nécessairement les miennes, mais qu'on retrouve chez certains hommes.»

Loin de l'autobiographie

Le mi-trentenaire n'est pas Flaubert - Dave est loin de lui. «Je n'aime pas me nourrir de ma vie tant que ça.» Son processus de composition est «quelque chose de très technique qui devient de plus en plus organique».

Il s'est reglissé dans la peau de Dave avec un grand plaisir, un rôle iconique «qui a marqué beaucoup de gens». Trois acteurs du long métrage ont d'ailleurs trouvé leur vocation théâtrale «après avoir vu mon show». «C'est un rôle que tous les acteurs voudraient jouer», dit celui qui a eu plusieurs demandes de collègues qui souhaitaient reprendre la pièce.

Ça n'en demeure pas moins un véritable défi: «je ne peux jamais être sur le cruise control.» Mais des planches à la caméra, Goyette a eu «plusieurs petits deuils à faire» puisque la production a gardé la cinquième et dernière journée de tournage en continu pour constituer le plan-séquence. Certaines répliques qui ont mieux sorti un jour précédent, d'autres abandonnées parce que le métro arrive trop rapidement... «Il n'y a pas de montage : ça va être ça pour l'éternité. Mais je suis en paix.»

Constamment sur le qui-vive, «je n'ai pas pu m'abandonner autant» qu'il aurait aimé. D'autant que «j'avais toute [l'équipe] technique dans la face», tous ces caméramans, accessoiristes, éclairagistes et acteurs qui courraient comme des fous pour que la magie opère. 

Reste que le tournage lui laisse un souvenir impérissable. «Je suis fier du travail d'équipe accompli. [...] Il y a quelque chose de très ésotérique qui se passe quand je regarde le film. C'est comme si je revivais toutes ces années [depuis la création] et le tournage. J'ai fait le plein d'expériences humaines, ce ballet de techniciens devant mes yeux, et ça me rend extrêmement fier.»

«Je suis conscient de la chance que j'ai. Merci la vie.»

Podz d'un seul souffle

Podz et Alexandre Goyette pendant le tournage de... (Fournie par les Films Séville) - image 3.0

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Podz et Alexandre Goyette pendant le tournage de King Dave

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S'il y a un réalisateur québécois qui possède la technique et la créativité pour réussir à tourner un long métrage en un seul plan-séquence, c'est bien Podz. Daniel Grou, de son vrai nom, a laissé sa marque sur la télé québécoise avec Minuit, le soir et 19-2 (où il s'était fait la main au plan-séquence spectaculaire), mais aussi au cinéma avec L'affaire Dumont et MiraculumLe Soleil s'est entretenu avec le cinéaste à propos de sa volonté de rendre justice au texte de King Dave, de la génération téléréalité et des gros mâles alpha niaiseux.

Q Comment le plan-séquence s'est-il imposé?

R «Dans la pièce, il y a le niveau A, qui est l'histoire qui t'est racontée, et le niveau B, ce que Dave pense de ce qui est arrivé. D'avoir ça, ce double dialogue, je trouvais que c'était nécessaire. [King Dave], c'est comme un train qui ne peut pas s'arrêter. Pour avoir cette énergie, je trouvais qu'un plan-séquence, d'un seul souffle, c'était approprié.»

Q As-tu eu peur des contraintes que ça imposait?

R «Oui, mais elle a pris le bord rapidement. Quand tu sens que la technique est appropriée, ça s'en va. [...] C'est sûr qu'il y a un niveau d'embûches et de craintes. Mais tu te places en mode solution. Le "ça ne marchera jamais", je l'avais, mais à 4h chez moi (rires). L'autre crainte, c'était que la technique prenne le dessus. En même temps, comme c'est un film très théâtral, c'est un film qui ne cache pas sa technique, que c'est artificiel ce qui t'est raconté. Le challenge, c'était de partir avec un truc artificiel, complètement nous sommes en train de faire un film et voici le résultat, et, à travers ça, te réintégrer dans une histoire et une intimité.»

Q Dès le début, il y a une adresse à la caméra par Dave, l'équivalent d'une abolition du quatrième mur au théâtre. Était-ce une référence ou un moyen d'aller chercher le spectateur?

R «C'était une façon d'aller chercher le spectateur, sur le mode de la confession. Ce n'était pas un effet formel, mais émotif : je me raconte à toi, à la selfie. Nous sommes tellement dans une culture de téléréalité, où on se regarde constamment, que je trouvais que c'était approprié de solliciter le spectateur comme un participant à l'histoire. [...] Comme personnage, Dave n'existe pas s'il ne peut pas raconter son histoire. S'il n'a personne à qui se confesser, son histoire ne vaut rien. D'où l'adresse à la caméra.»

Q Comment tu le perçois Dave?

R «C'est un bon p'tit gars qui veut essayer d'être un badass. Il essaie d'accéder au code typiquement mâle d'être plus fort que ton prochain et la vengeance. Causer du tort aux autres, ce n'est jamais la bonne façon d'agir et il s'en rend compte. Tous les clichés de douchbag, il les fait. Il ressemble à tous ces jeunes qui vont à l'encontre de ce qu'ils sont pour prouver aux autres qu'ils sont capables. C'est une critique de ce qu'est être un gros mâle alpha niaiseux. Si Dave arrêtait de faire le cave, ça irait mieux.»

Q Alexandre et toi travaillez sur l'adaptation du Christ obèse de Larry Tremblay, dont le personnage est aussi un être amoral, comme plusieurs autres dans tes films. Qu'est-ce qui te fascine là-dedans?

R «Je suis un peu fasciné par les mauvais choix qu'on fait, qui nous amènent vers des zones qu'on ne voulait pas parcourir, ce qu'il faut pour revenir sur ses décisions et suivre un autre cours. Le plus difficile dans la vie, c'est d'être une personne morale.»

Q Outre le fait que c'est un plan-séquence, tu as cherché à minimiser les effets de style pour laisser toute la place au texte. Est-ce que je me trompe?

R «Non, c'est vrai. L'effet est toujours un peu invisible. C'est très simple, comme un panoramique [pour introduire un personnage], et fait devant toi. Ça crée un effet de rêve et le cinéma, c'est la meilleure façon d'évoquer ça. Ce film, c'est un peu le courant de conscience [de Dave], il n'y a presque pas de ponctuation.»

Q Est-ce que tu t'es préparé en regardant des films du même genre, le Birdman d'Iñárritu, par exemple?

R «Non. Birdman est sorti quand j'étais en préparation et je me suis dit : "je ne peux pas aller voir ça." Quand tu prépares un film comme celui-ci, si tu regardes des films du même genre, l'instinct de copier prend le dessus. J'ai jamais fait ça.»

Q Es-tu satisfait du résultat, compte tenu des défis techniques que ça impliquait?

R «Oui. C'était un gros défi formel, soit rendre une histoire touchante, tout en ayant une nouvelle façon de la raconter ou autre ou alternative, appelle-la comme tu veux. Que les gens aiment ou pas, ils ont vécu une fiction d'une façon autre. Ça me plaît beaucoup.»

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