Le grand cinéaste Kiarostami s'éteint à 76 ans

Abbas Kiarostami en mai 2014... (Archives AFP)

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Abbas Kiarostami en mai 2014

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Laurence Benhamou
Agence France-Presse
Paris

Comme pour Rossellini ou Godard, il y aura eu un avant et un après Abbas Kiarostami : le cinéaste iranien décédé en France d'un cancer à 76 ans, était salué lundi comme l'un des plus grands réalisateurs mondiaux.

Kiarostami, qui a remporté la palme d'or du festival de Cannes en 1997 pour Le goût de la cerise, avait quitté Téhéran la semaine dernière pour subir un traitement en France, a indiqué l'agence de presse Isna, ajoutant que son décès avait été confirmé par la Maison du Cinéma en Iran.

Né à Téhéran en 1940 dans une famille modeste, devenu l'un des cinéastes les plus en vue du cinéma iranien dans les années 1960, il a remporté des prix dans les plus grands festivals mondiaux qui lui ont apporté une notoriété allant de l'Europe aux Etats-Unis et au Japon.

En 1999, avec Le vent nous emportera, sur la dignité dans le travail et l'égalité hommes-femmes, il remporte le Lion d'argent à la Mostra de Venise.

Cinéaste du réel, humaniste et poète, il utilisait sa caméra comme un microscope pour «faire naître du lien entre les gens», disait-il. «Abbas n'est pas seulement le plus grand cinéaste iranien, le Rossellini de Téhéran, le chercheur qui trouve, c'était aussi un photographe inspiré. Il était l'art même», a tweeté l'ancien président du festival de Cannes, Gilles Jacob.

Il est resté dans son pays après la révolution islamique de 1979 et a continué à travailler avec le monde du cinéma à l'étranger, toléré par le régime religieux. L'agence officielle iranienne IRNA a affirmé que sa dépouille serait rapatriée en Iran pour y être enterrée.

«Il fait partie de ces très rares cinéastes où il y a eu un avant et un après pour le cinéma», a estimé Frédéric Bonnaud, directeur de la Cinémathèque française.

«Un inventeur»

«C'était un inventeur, car il arrivait à conjuguer un certain réalisme, en parlant beaucoup de son pays et des enfants de son pays, tout en sachant que le cinéma est un spectacle qui peut manipuler le réel».

«Sans lui, je n'aurais jamais pu faire Persepolis», a renchéri la dessinatrice et réalisatrice la Franco-iranienne Marjane Satrapi, qui avait fait sa connaissance en France après avoir admiré ses films en Iran.

«En Europe on avait vu ses films, donc on ne voyait plus les Iraniens comme un peuple de terroristes, mais comme des êtres humains. Il a ouvert la voie à toute une génération d'artistes iraniens. Nous lui sommes tous redevables», a-t-elle dit à l'AFP.

«C'est pour moi une très grande tristesse. Nous nous sommes rencontrés de nombreuses fois, je l'aimais énormément. Il avait son langage, son style. Il était très modeste, mais de cette modestie qu'ont les gens qui sont sûrs d'eux. Derrière ses lunettes, il n'a jamais voulu me montrer ses yeux...», se souvient-elle avec émotion.

«Il a fait une grande partie de sa carrière en Iran, on lui a reproché de ne pas avoir été plus politique. Mais ses films l'étaient, car ils parlent du féminisme, du suicide...»

Son compatriote, le réalisateur Asghar Farhadi a dit au quotidien britannique The Guardian qu'il était «en état de choc». «Ce n'était pas seulement un cinéaste. C'était un mystique moderne, tant dans son oeuvre que dans sa vie privée».

«À lui seul, il a changé l'image de l'Iran», a tweeté l'actrice iranienne Golshifteh Farahani.

«Il s'intéressait aux enfants, aux écoles, aux faits divers. Son matériau premier était le réel mais il ne travaillait que sur l'interrogation et le doute, ce qui le rendait insupportable à ceux qui n'ont aucun doute, comme les religieux», a commenté Frédéric Bonnaud.

Sur Twitter nombre d'admirateurs citaient une phrase de Jean-Luc Godard : «le cinéma naît avec Griffith et se termine avec Kiarostami»

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