La petite merveille d'Éric Besnard

Louise (Virginie Efira), veuve monoparentale, est forcée d'héberger... (Fournie par Axia Films)

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Louise (Virginie Efira), veuve monoparentale, est forcée d'héberger Pierre (Benjamin Lavernhe), après l'avoir renversé en voiture.

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(Paris) Le goût des merveilles pourrait être le genre de comédie romantique estivale en Provence aussitôt vue, aussitôt oubliée. Sauf que le long métrage d'Éric Besnard se distingue par son regard humain et sensible sur un duo improbable, composé de Louise, une veuve monoparentale, et de Pierre, qui souffre d'une forme légère d'autisme. Le Soleil s'est entretenu avec le réalisateur à propos de cette petite merveille, qui a demandé un énorme travail de recherche et de compréhension, et avec Benjamin Lavernhe, qui incarne avec brio ce jeune homme au coeur pur.

Dans ce long métrage plein de bons sentiments, mais d'une sincérité non feinte, Louise est forcée d'héberger Pierre, après l'avoir renversé en voiture à proximité de sa résidence. Plein de tics et de manies étranges, il se révèle néanmoins attachant, surtout auprès de ses deux enfants. Elle découvre après un temps que l'autiste atteint du syndrome d'Asperger est recherché par les autorités, qui cherchent à l'interner...

Le goût des merveilles s'avère une surprise parce que Besnard a surtout oeuvré dans le polar (Le convoyeur, Made in France) comme scénariste et aussi comme réalisateur, avec moins de succès. Mais sa femme est une psychanalyste qui travaille avec des enfants autistes. Ceci explique cela.

Même s'il s'agissait d'un sujet familier, «j'ai beaucoup travaillé en amont», explique l'homme de 52 ans. Bien que ce n'était pas l'intention, le réalisateur est bien content d'avoir «cassé l'image de l'autisme à la Rain Man, qui ne correspond plus à ce que l'on sait aujourd'hui de l'autisme». Le mélodrame de Barry Levinson a valu un Oscar à Dustin Hoffman en 1989, mais sa représentation caricaturale est pour le moins discutable.

Pour éviter de tomber dans le même piège, «je ne voulais pas d'une star du cinéma, avec l'effet d'un acteur qui fait son numéro. J'ai décidé de prendre un grand acteur de théâtre. Je ne connaissais pas Benjamin, même si je l'avais vu jouer. C'est lui qui m'a le plus étonné dans les essais».

Personnage sans filtre

L'acteur compose un personnage sans filtre, génie des chiffres, mais surtout observateur hypersensible de ce qui l'entoure. À savoir les paysages grandioses de la Provence, magnifiés par les superbes images de Besnard, qui entourent l'exploitation arboricole de Louise, jouée par Virginie Efira (20 ans d'écart, Elle). 

«Je suis né à la campagne, indique Éric Besnard. Je suis très sensible à tout ce qui est sensoriel, je voulais travailler là-dessus, sur le fragile, avec un personnage qui nous rappelle de regarder ça, à savoir cette capacité d'émerveillement qu'on perd tous avec le temps dans des sociétés où tout va très vite. Je voulais un personnage qui accorde du temps [à sa capacité d'être contemplatif] et nous le rappelle.»

Une direction que Besnard veut de plus en plus emprunter dans son cinéma. Ce personnage atypique proche de l'enfance est son alter ego, avoue-t-il. «Carrément. Il y a à la fois une extrarationalité, comme un metteur en scène qui doit être chef d'équipe, et la nécessité d'une fragilité et d'une porosité sensorielle sans lesquelles vous ne ferez pas un film personnel.»

Le metteur en scène avoue tout de même avoir été influencé par «l'hédonisme» du célèbre cinéaste Jean Renoir (Partie de campagne, Le fleuve), dont il est un grand admirateur. «Renoir, quand il tournait, il avait toujours un assistant à ses côtés pour le [rappeler à l'ordre], parce qu'il jouait toujours avec les enfants.»

Les deux hommes se sont tout de même inquiétés du résultat. Ils ont montré le film à des spécialistes pour s'assurer que l'oeuvre n'avait pas perdu de sa véracité dans le processus, «même s'il y avait une liberté poétique propre à la création artistique». C'est assez réussi «puisque nous sommes invités dans des colloques sur l'autisme».

Plein de tics et de manies étranges, Pierre... (Fournie par Axia Films) - image 2.0

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Plein de tics et de manies étranges, Pierre (Benjamin Lavernhe), qui est atteint d'une légère forme d'autisme, s'avère néanmoins attachant.

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Benjamin Lavernhe, une révélation

Le goût des merveilles n'est pas le premier long métrage de Benjamin Lavernhe. Le pensionnaire de la Comédie-Française a interprété de petits rôles, notamment chez Nicole Garcia (Un beau dimanche, 2013) et le premier long métrage remarqué de Jeanne Herry (Elle l'adore, 2014). Mais dans la peau de Pierre, un hypersensible atteint d'une forme légère d'Asperger, l'acteur de théâtre s'avère une véritable révélation.

Son interprétation tout en retenue est d'autant plus remarquable qu'il s'agit d'un rôle casse-gueule. «Quand j'ai vu le film, je me suis trouvé sage, rigole-t-il. Je me dis que j'aurais pu faire plus rire les gens. Mais c'est ce qui leur plaît, cette retenue dont on me parle souvent, la pudeur même dans la performance. Il ne s'agissait pas de faire un numéro, même si ça s'y prête. Il fallait voir ce potentiel qui bat, comme quelque chose de sourd.»

Il fallait traduire «comment ce personnage vit sa situation, se rendre disponible à la scène et être concentré pour le vivre, avec ce nouveau costume. Il fallait à la fois donner de mon âme et retenir certains élans».

La direction d'Éric Besnard, qui lui a maintenu la bride, a beaucoup aidé. «C'est ce qui est intéressant avec un metteur en scène. Il révèle quelque chose que vous avez en vous et que vous ne montrez pas toujours dans d'autres productions. J'aime bien que ce soit une rencontre entre moi et le regard du metteur en scène sur le personnage et moi, qui fait que c'est un peu une formule magique. Parce que c'est unique.» 

Son interprétation n'est pas passée inaperçue. Benjamin Lavernhe sera de la distribution de la prochaine comédie d'Éric Toledano et d'Olivier Nakache, Les temps difficiles. Dans ce film des réalisateurs d'Intouchables, il partagera l'affiche avec Jean-Pierre Bacri, Gilles Lellouche et l'actrice québécoise Suzanne Clément.

Les frais de ce reportage ont été payés par uniFrance.

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