Nanni Moretti: le deuil de la mère

Ma mère, le dernier long métrage du grand... (Photo fournie par Les Films Séville)

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Ma mère, le dernier long métrage du grand réalisateur italien Nanni Moretti (à gauche) au ton très personnel, évoque le décès de sa mère, mais aussi la fierté de son pays et de sa culture.

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(Toronto) Plusieurs ont pensé que Nanni Moretti quitterait Cannes, en 2015, avec un prix, pour son très beau et touchant Ma mère (Mia Madre), lui qui avait déjà un Prix de la mise en scène (Journal intime, 1994) et une Palme d'or (l'excellent La chambre du fils, 2001). Le grand réalisateur italien est reparti les mains vides, mais avec l'estime d'une grande proportion de la presse internationale. Quatre mois plus tard, nous avons profité de son passage au Festival de Toronto (TIFF) pour discuter, par l'entremise d'un interprète, du ton très personnel de ce long métrage qui évoque le décès de sa mère, mais aussi de sa fierté pour son pays et sa culture.

Q Avec ce film, vous prenez une distance de votre propos plus social et adoptez un ton plus intimiste. Pourquoi?

R «D'une certaine façon, mes films ont toujours été très personnels. Ça a été le cas aussi avec mon précédent, Habemus Papam (2011). Les gens s'attendaient à un film très critique sur la pédophilie, les malversations financières du Vatican, mais ce que je voulais vraiment faire, c'était un film à propos des faiblesses et des insécurités d'un homme. Souvent, les spectateurs cherchent dans les longs métrages des choses qu'ils connaissent déjà et qui les confortent dans leurs opinions. On peut dire la même chose des films qui sont plus ouvertement critiques sur le plan social - ils viennent aussi d'un point de vue très personnel, la façon dont je perçois les gens et la société. Je ne crois pas qu'il y ait des thèmes de premier ordre et de second ordre dans une oeuvre. Il y a des drames sociaux qui peuvent être vraiment horribles alors que certains sujets plus intimes peuvent être magnifiques.»

Q À Cannes l'an passé, il y avait trois films italiens, mais seul le vôtre n'était pas tourné en anglais. Même chose pour d'autres pays, dont la France. N'y a-t-il pas un danger pour les cinématographies nationales?

R «L'italien est la langue que je parle et dans laquelle je peux diriger mes acteurs et réaliser mes films. Je n'ai jamais même pensé tourner un film dans une langue qui n'est pas mienne. Si vous vous proposez de faire un film international, il y a un gros risque que ce soit un film hybride. J'ai toujours cru qu'il valait mieux ne pas avoir cet objectif. S'il connaît un succès sur le plan international, ce sera sur la base de ses propres mérites.»

Q Vous avez pourtant choisi John Turturro pour incarner un archétype de l'acteur américain arrogant. Pourquoi?

R «J'ai beaucoup d'estime pour son travail d'acteur, en particulier cet aspect un peu fou qui le caractérise. Ce n'est pas seulement le cas pour ses films avec les frères Coen. Ça me rassurait de savoir qu'il avait un lien réel avec l'Italie. Je ne voulais pas d'une vedette hollywoodienne qui n'aurait eu aucun lien avec mon pays et sa langue, qui réciterait ses dialogues appris par coeur sans trop comprendre ce qu'ils signifient. Turturro avait déjà travaillé avec des réalisateurs italiens comme Francesco Rosi (La trêve, 1997). Il a même réalisé Passionne, un documentaire sur la musique napolitaine. J'aimais cette connexion avec ma culture. Il a tout de suite compris ce que j'attendais de lui pour le personnage. Il a même fait quelques improvisations qui se sont retrouvées dans le film.»

Q Et comment avez-vous choisi vos deux actrices principales, qui jouent votre alter ego et votre mère?

R «Margherita Buy [la réalisatrice] avait joué dans mes deux films précédents. Je ne connaissais pas Giulia Lazzarini - c'est surtout une actrice de théâtre. J'ai trouvé en elle quelque chose qui me rappelait beaucoup ma mère, même si elles ne se sont jamais rencontrées.»

Q Vous jouez habituellement le rôle principal dans vos longs métrages plus autobiographiques. Pas cette fois. Pourquoi?

R «Margherita est bien meilleure que moi (rires). Ça me semblait plus intéressant d'avoir une femme pour un personnage habituellement joué par un homme. Et comme j'avais déjà travaillé avec Margherita, je savais quelle actrice extraordinaire elle est.»

Q Pourquoi y a-t-il un film dans le film?

R «Tout a commencé par un événement autobiographique. Ma mère est décédée pendant le montage d'Habemus Papam. Pendant que je terminais mon film, je l'ai souvent visitée à l'hôpital. Normalement, quand il y a un film dans le film, votre personnage féminin y joue un rôle. J'aimais bien l'idée qu'elle soit plutôt réalisatrice. Son personnage tente de transposer son histoire sans être trop certaine de ce que ça signifie, elle est confuse. Tout lui arrive simultanément, avec la même urgence. J'aime beaucoup le fait que ce que le spectateur voit peut provenir de l'action du récit, du film dans le film ou d'un souvenir de Margherita, qu'il y ait une certaine confusion.»

Q Est-ce un film cathartique?

R «Non, ce n'est jamais mon cas. Faire du cinéma n'a rien de thérapeutique, même quand il est très autobiographique. Ai-je fait mon deuil à travers Mia Madre? Je ne crois pas.»

Ma mère prend l'affiche le 24 juin.

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