Nicolas Winding Refn: sulfureux provocateur

Si Le démon de neon possède son propre... (Photo fournie par Les Films Séville)

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Si Le démon de neon possède son propre ADN, Nicolas Winding Refn a puisé dans ce que les autres ont fait de mieux.  Le film est parsemé de références à l'expressionnisme allemand, ainsi qu'à David Lynch, Jonathan Glazer et même à l'occultiste Aleister Crowley.

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(Cannes) Le démon de néon (The Neon Demon) a suscité la controverse à Cannes, en mai. Ce qui agace Nicolas Winding Refn, malgré ses prétentions. «Je ne fais pas des films pour la critique, mais pour un public qui vient vivre une expérience, a expliqué en entrevue au Soleil le sulfureux réalisateur, qui sait aussi manier la provocation: vous devriez me remercier. Sans mon film, ce serait vraiment un festival ennuyeux.» Rencontre avec un réalisateur qui ne laisse personne indifférent.

En surface, le Danois a l'air presque banal : une femme («une ultraféministe à laquelle je suis soumis»), deux jeunes filles... En entrevue, il porte des bermudas bleus, une chemise blanche ouverte, des lunettes soleil et une sage coupe de cheveux. Mais il faut se méfier de l'eau qui dort: l'homme de 45 ans peut être tranchant, surtout pour défendre son oeuvre baroque, sorte de conte de fées postmoderne qui se transforme en film d'horreur.

«L'art est plus intéressant quand il provoque une réaction, que vous aimiez ou détestiez. Ça va rester avec vous toute votre vie.» Absolument. Mais son créateur ne devrait pas se soucier de son public en la créant, fait-on valoir.

Refn ne répond pas directement. Il met plutôt en valeur que le cinéma actuel n'a plus grand-chose à voir avec l'art, à moins de sortir des sentiers battus.

«Les films sont devenus une machine à fric, dominée par quelques superproductions qui ont le pouvoir sur tout. Le cinéma a trouvé sa place et va continuer comme ça. Ce qu'on en pense devient, spécialement [la critique], non pertinent. [...] La seule façon de survivre est de miser sur sa singularité. Si vous le faites honnêtement, il y aura toujours un auditoire. Avec Internet, ce n'est plus une question de territoire. Et ça, c'est un monde incroyable et excitant que tu peux, en quelque sorte, peindre.»

Sans jouer au génie incompris, Refn prétend que son style particulier, axé sur les formes, en désoriente plus d'un. «Au cinéma, la structure est la clé pour évoluer constamment. Ça fait tellement longtemps qu'on nous impose une forme qui correspond à ce que doit être le cinéma, que le spectateur sait instinctivement ce qu'il va obtenir. C'est bien pour certains films, mais pas pour les miens. Mes films ont besoin de leur propre ADN.»

Comme les Sex Pistols

Le réalisateur de Drive ne ressent aucun besoin de se plier aux diktats du cinéma commercial - il compare son travail sans contraintes à celui des Sex Pistols, jusqu'à un certain point. «Chaque artiste doit tenter de repousser les limites de son canevas. C'est une façon de trouver de nouveaux espaces créatifs. Sinon, vous ne faites que vous répétez.»

Ce qui veut aussi dire ne pas hésiter à puiser dans ce que les autres font de mieux. «Nous empruntons tous aux autres. Tous ceux qui disent ne pas le faire sont, de toute évidence, des menteurs.» Le démon de néon est parsemé de références à l'expressionnisme allemand, mais aussi de clins d'oeil à David Lynch, à Jonathan Glazer et même à Aleister Crowley! Il a emprunté au célèbre occultiste les triangles qui parsèment de nombreuses scènes de son 10e long métrage.

Il met en scène la naïve Jesse (Elle Fanning), orpheline mineure qui aménage à Los Angeles où son petit je-ne-sais-quoi suscite bien des convoitises dans le milieu de la mode. «La vanité est immémoriale. L'obsession de la beauté n'a cessé de croitre depuis.»

Pour l'illustrer, Refn a créé un écrin d'une richesse visuelle absolument incroyable - à l'image des publicités de marques de luxe qu'il réalise. Il n'y voit aucune contradiction. «Je trouve la beauté intéressante à regarder, excitante et superficielle, mais aussi effrayante, vulgaire et dangereuse. Mais c'est quelque chose que tout le monde peut comprendre parce que nous sommes tous affectés par la vanité.»

Néanmoins, le film devait passer par Elle Fanning, afin de bien exprimer ce que peut ressentir une ado de 16 ans qui arrive dans une métropole. Refn a aussi été inspiré par la topographie de Los Angeles, une ville qu'il adore, «l'ultime frontière à l'Ouest». «J'adore tout ce qui est contradictoire, entre le bien et le mal.» Tout à fait en accord avec sa personnalité.

Ce qui n'est guère surprenant. Nicolas Winding Refn est une chose et son contraire. Plusieurs voient en lui un misogyne à la lumière de son oeuvre. Pas du tout, dit-il. «Les femmes sont plus sophistiquées et intéressantes. Au bout du compte, ce sont elles qui dirigent le monde.»

Le démon de néon prend l'affiche le 24 juin

Elle Fanning: la reine du bal

CANNES - Elle Fanning mène une vie normale : la Californienne de 18 ans termine ses études secondaires et vit chez ses parents. Enfin, si on fait exception qu'elle a plus de 20 longs métrages au compteur et fêté son bal au Festival de Cannes, où la jeune actrice défendait son rôle d'ingénue dans Le démon de néon de Nicolas Winding Refn. Le Soleil l'a rencontrée alors que la grande blonde se remettait de ses émotions, le lendemain de la montée des marches, sur la terrasse surplombant la Croisette de l'hôtel Marriott.

La jeune soeur de Dakota Fanning a conservé la simplicité et la candeur d'une ado, malgré sa carrière et son physique de modèle, habillé d'une courte jupe orange et un chandail bleu électrique lors de l'entrevue. Ce qui en faisait une candidate rêvée pour «ce conte de fées moderne» où elle interprète Jesse, une fugueuse naïve qui tente sa chance comme mannequin dans la jungle de Los Angeles. «Elle est comme Dorothy qui arrive à Oz pour la première fois.»

Elle Fanning peut s'identifier à son destin, même si elle joue depuis ses deux ans. «Je connais cette impression de viande fraîche quand on entre dans une salle, ces regards. La pression d'être mince, si et ça, je connais. Être modèle ou actrice a beaucoup à voir avec votre apparence, même si le jeu a un aspect créatif. Ça peut être très brutal.»

Dans le long métrage, Refn pousse un cran plus loin. Malgré son côté sanglant, l'Américaine réfute l'étiquette de film d'horreur. Le plus horrifiant, croit-elle, ce sont toutes ses jeunes femmes qui modifient leur apparence, pour vrai ou à l'aide des filtres des médias sociaux, pour se conformer à une certaine idée de la beauté.

Elle a tenu la vedette dans des films de J.J. Abrams (Super 8), Francis Ford Coppola (Twixt) et Jay Roach (Trumbo), mais sa participation au drame néoexpressionniste de Refn lui illumine les yeux. «J'étais fan en partant, dit-elle à propos du génie extravagant. Il m'a donné le scénario et ça a vraiment cliqué, d'une façon bizarre. C'était crucial compte tenu de l'ampleur de notre collaboration.» Tourner pour Terrence Mallick ou Paul Thomas Anderson serait aussi un rêve.

La jeune actrice Elle Fanning incarne Jesse, une... (AFP, TIZIANA FABI) - image 3.0

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La jeune actrice Elle Fanning incarne Jesse, une fugueuse naïve qui tente sa chance comme mannequin à Los Angeles. 

AFP, TIZIANA FABI

Baptême de la croisette

Elle Fanning aime beaucoup la créativité, ce qui est différent, surtout avec un parfum de danger. L'actrice le reconnaît : Le démon de néon l'a bien servie. Il lui a d'ailleurs permis de se retrouver pour une première fois à Cannes : «c'était tellement intense». Ce n'est sûrement pas la dernière. 

Elle retrouvera d'ailleurs bientôt Sofia Coppola, avec qui elle a tourné Somewhere (2010), pour Les proies (The Beguiled), en compagnie de Kirsten Dunst et Nicole Kidman, rien de moins. Un rôle dans Live By Night de et avec Ben Affleck est également à l'horaire.

La jeune femme a d'ailleurs l'intention de prendre une sabbatique, avant d'entrer à l'université comme sa soeur aînée, afin de réduire un peu le tourbillon de sa vie, pas si normale, finalement.

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