La tête haute et la rage au ventre ***

Rod Paradot, qui tient le rôle de Malony,... (Photo fournie par TVA Films)

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Rod Paradot, qui tient le rôle de Malony, un garçon laissé à lui-même dès son plus jeune âge, a obtenu le César du meilleur espoir masculin.

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Le SoleilÉric Moreault 3/5

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(Québec) La tête haute a eu droit à la première mondiale la plus prestigieuse qui soit: l'ouverture du 68e Festival de Cannes. Le solide et brutal drame social d'Emmanuelle Bercot a obtenu d'élogieuses critiques et un beau succès populaire. Malgré ses grandes qualités, son film ne m'avait pas complètement convaincu: trop de rebondissements tirés par les cheveux qui jurent avec le ton ultra-réaliste. J'ai décidé de lui donner une deuxième chance, comme toutes celles qu'on donne à son personnage principal, un petit délinquant colérique.

Malheureusement, mes réticences sont demeurées les mêmes. Je dis malheureusement, parce que si La tête haute avait évité une certaine surenchère scénaristique, ce long métrage avait le potentiel pour devenir une grande oeuvre du calibre des 400 coups (Truffaut) et de Sweet Sixteen (Loach). Parenthèse: Xavier Dolan s'est aussi inspiré de Loach pour Mommy, qui exploite sensiblement la même trame que La tête haute.

Dans un film comme celui-ci, tout est question de perspective: ma plus grande s'est très fortement identifiée à Malony (Rod Paradot, une révélation). Le garçon est laissé à lui-même dès son plus jeune âge (à l'antipode de la mienne, mais, bon...) par une très jeune mère totalement immature (Sara Forestier, qui surjoue). Il est pris sous son aile par une juge compatissante (Catherine Deneuve) et un éducateur qui est déjà passé par là (Benoît Magimel). 

Malgré ce soutien, le jeune bum, de déconvenues en délits, se voit placer dans des établissements de plus en plus contraignants. Jusqu'à ce qu'il fasse une rencontre déterminante à 16 ans - mais peu vraisemblable. Passons.

Emmanuelle Bercot braque sa caméra nerveuse sur l'escalade délinquante de ce rebelle sous tension et sans cause, réfractaire à l'autorité. Elle le suit de proche, mais avec de belles ellipses qui font rapidement progresser le récit. En fait, rien à reprocher à sa réalisation à l'approche documentaire, parsemée de magnifiques plans, qui tente d'exprimer la réalité brute. À l'image de ce Malony dont la parole sans filtre ne fait pas de quartiers, même auprès de ceux qui tentent de le pousser vers le droit chemin.

C'est plutôt le manque de retenue du scénario, certaines longueurs et des scènes inutilement bavardes qui m'ont empêché d'adhérer pleinement au récit, par ailleurs sans concession. Il s'agit d'une parfaite illustration des déterminismes sociaux, mais aussi de la grandeur d'âme de gens qui croient aux vertus de l'éducation et de la réinsertion sociale. Sans que jamais la réalisatrice ne force la note, la relation de Malony avec la juge et son éducateur finit par être extrêmement touchante.

Bien sûr, ceux-ci sont les mère et père qu'il n'a jamais eus, des personnes capables de lui témoigner de l'amour qui lui manque cruellement, mais aussi de l'aider à se prendre en mains. À ce chapitre, Deneuve est impériale et Magimel, terriblement juste en homme déterminé, compatissant mais brisé par en dedans (l'acteur a obtenu le César du meilleur second rôle).

Reste que Rod Paradot vole chacune des scènes par sa prestation brûlante et volontaire. Quelle présence! Acteur non professionnel (il étudiait en menuiserie), le jeune de 20 ans a obtenu le César du meilleur espoir masculin!

Juste pour lui, La tête haute vaut le détour. Pour le courage du propos et la montée dramatique aussi, malgré mes réserves.

Au générique

  • Cote : ***
  • Titre: La tête haute
  • Genre : Drame social
  • Réalisatrice: Emmanuelle Bercot
  • Acteurs: Rod Paradot, Benoît Magimel, Catherine Deneuve
  • Classement : 13 ans et plus
  • Durée : 2 h 00
On aime : Les acteurs. L'énergie de la réalisation. Le propos social.

On n'aime pas : Des scènes tirées par les cheveux. Des longueurs. Sara Forestier qui surjoue

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