Les films réalistes d'Emmanuelle Bercot

La tête haute a permis à Rod Paradot et... (Fournie par TVA films)

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La tête haute a permis à Rod Paradot et Benoît Magimel de décrocher un César de meilleur espoir et de second rôle, respectivement.

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(Québec) Impossible de discuter avec Emmanuelle Bercot sans revenir sur son passage à Cannes, l'an passé. Son film La tête haute, qui prend l'affiche le 10 juin, a ouvert la 68e édition. Et au dernier jour de celle-ci, la Française a obtenu, ex aequo, un Prix d'interprétation féminine. Un festival de rêve! La réalisatrice a pourtant longuement hésité avant d'accepter la proposition de Thierry Frémaux.

«Ça me paraissait déplacé par rapport au sujet», explique-t-elle en entrevue téléphonique. La tête haute est né «d'un réflexe de citoyenne». La femme de 48 ans habite un quartier populaire de Paris où elle voit «beaucoup de délinquants qui traînent dans la rue». «J'avais envie de comprendre ce phénomène.»

D'où cette histoire de Malony (Rod Paradot) qui, de déconvenues en délits, se voit placer dans des établissements de plus en plus contraignants. Mais il peut compter sur la bienveillance d'une juge compatissante (Catherine Deneuve) et le soutien d'un éducateur déterminé (Benoît Magimel). Les difficultés de l'adolescence sont un thème récurrent dans son oeuvre.

Dans ce contexte, le «glamour et les paillettes» de Cannes lui paraissaient incongrues. Finalement, l'ouverture a «été un énorme plus». Comme La tête haute prenait l'affiche le lendemain en France, «ça a mis un coup de projecteur sur le long métrage, qui a très bien marché [650 000 entrées]». La tête haute a aussi permis à Paradot et à Magimel de décrocher un César de meilleur espoir et de second rôle, respectivement.

Film social «engagé»

Un beau succès pour un film à caractère social «engagé», qui explore la justice exercée sur les jeunes délinquants, qui n'est pas sans évoquer, par la bande, Les 400 coups. «C'est une figure emblématique de l'enfance à la dérive», acquiesce-t-elle. Si le film de Truffaut «était sûrement dans mon subconscient», sa référence a été le très bon Sweet Sixteen de Ken Loach, Prix du scénario à Cannes en 2002.

Lorsqu'on lui fait remarquer que ce film correspond à un changement de trajectoire dans son cinéma, axé sur l'amour, Emmanuelle Bercot fait d'abord valoir que La tête haute raconte aussi une histoire d'amour filial entre Malony et la juge, et, aussi, son éducateur. Puis acquiesce: La fille de Brest, son prochain film, «reste dans la même veine».

Lors de notre entretien, elle était en plein montage de cette histoire véridique d'une pneumologue (Sidse Babett Knudsen, vue dans L'hermine) qui découvre un lien direct entre des morts suspectes et la prise d'un médicament autorisé sur le marché.

Ce retour «au cinéma que j'aime» et qui en contenait déjà tous les éléments dans ses courts métrages vient avec un plus grand effort. Pour La tête haute, «j'ai réalisé un gros travail d'enquête sur le terrain et c'est ce qui m'a permis d'être plus près de la réalité. Je fais des films réalistes et d'une grande vraisemblance. Encore plus pour ce film. Je ne pouvais pas être approximative. Il fallait que je tienne compte du contexte judiciaire de façon assez précise.»

Emmanuelle Bercot est avant tout une réalisatrice, mais... (AP, Thibault Camus) - image 2.0

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Emmanuelle Bercot est avant tout une réalisatrice, mais aussi une actrice... qui joue peu.

AP, Thibault Camus

Emmanuelle Bercot est d'abord et avant tout une réalisatrice, mais aussi une actrice, qui joue peu - ceci explique cela. «J'aime tellement la complémentarité des deux, c'est fantastique. L'art de la mise en scène, c'est le contrôle absolu alors qu'être actrice, c'est l'abandon absolu.»

Pas des êtres à part

Sa connaissance du jeu - «je n'ai pas de doute sur mes talents d'actrice» - lui permet surtout, dit-elle, de ne pas avoir peur des acteurs, contrairement à de nombreux réalisateurs. «C'est primordial. Ça me permet de leur dire quand ça ne va pas. Je ne les prends pas pour des êtres à part.»

N'empêche. Plusieurs ont été surpris de la voir en tête d'affiche de Mon roi de Maïwenn. Emmanuelle Bercot la première. «C'était singulier qu'elle fasse appel à une actrice peu connue pour donner la réplique à Vincent Cassell.» Son prix d'interprétation ne lui a pas monté à la tête, loin de là. «Il ne récompense pas mon talent d'actrice, mais le personnage et beaucoup de travail. Ça a plu au jury.»

Fascinante et attachante, la modeste Emmanuelle Bercot détonne un peu dans le cinéma français. Elle fait des films à son image, ce qui est tout à son honneur.

La tête haute prend l'affiche le 10 juin.

Le cinéma, une affaire de famille

Quand Emmanuelle Bercot déclare que ses films sont une affaire de famille, ce n'est pas qu'une métaphore. Son fils Nemo Schiffman y joue un rôle de premier plan ainsi que le père de celui-ci, le directeur photo Guillaume Schiffman. Sa conception comprend aussi sa famille élargie, celle des acteurs et des techniciens auxquels la réalisatrice est «très fidèle».

Nemo Schiffman a fait écarquiller bien des yeux avec sa prestation dans Elle s'en va, réalisé par sa mère, dans lequel il donnait la réplique à Catherine Deneuve. L'ado sera d'ailleurs nommé au César du meilleur espoir masculin, en 2014. Année où il sera aussi finaliste à La voix junior, en France.

Malgré ses talents multiples, Emmanuelle Becot n'a jamais envisagé de lui confier le rôle principal de La tête haute. «Il était trop jeune [14 ans à l'époque] et n'avait pas un parler populaire. Il a plutôt l'accent d'un milieu bourgeois.» Se retrouvera-t-il à nouveau devant sa caméra? «J'aimerais bien.»

D'autant que c'est le paternel qui assure la photographie. Guillaume Schiffman a aussi beaucoup travaillé avec Michel Hazanavicius (L'artiste) et Claude Miller (La classe de neige). «La plupart des gens de mon équipe [technique] sont des amis proches», explique la cinéaste.

Une fidélité qui s'étend à ses acteurs. La Deneuve jouait le rôle principal d'Elle s'en va et de La tête haute, Benoît Magimel était de La tête haute et sera de La fille de Brest. «Je suis très fidèle», s'exclame Emmanuelle Bercot en riant. «J'aime bien approfondir notre travail et la relation qu'on développe.»

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