Un Jane Austen contemporain

Dans Amour et amitié, Kate Beckinsale joue Susan,... (Fournie par Métropole Films)

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Dans Amour et amitié, Kate Beckinsale joue Susan, une manipulatrice de première. «Je l'aime beaucoup, elle est très drôle», dit le réalisateur Whit Stillman.

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(Québec) Le festival de Sundance créé par Robert Redford est La Mecque du cinéma indépendant. L'étonnement a donc été grand en janvier quand un des films qui s'est attiré les critiques les plus élogieuses s'avère un film d'époque, un Jane Austen en plus. D'autant que Whit Stillman, fort sur le cinéma d'auteur contemporain jusqu'à présent, n'a pas le profil. Mais il ne faut pas se fier aux apparences, dit le réalisateur américain, un fan fini.

L'Américain de 64 ans a un parcours étonnant. Descendant d'une grande famille industrielle et politique (son père a travaillé dans l'administration Kennedy), il est arrivé tard au cinéma, après un parcours dans le monde de l'édition. Ses trois premières comédies, basées sur sa vie, sont considérées comme des classiques du genre. Puis il déménage à Paris pendant 10 ans («on peut faire l'entrevue en français, mais tu vas beaucoup souffrir»), où aucun de ses projets ne va aboutir. Revenu à New York, il s'attaque à Amour et amitié

La franchise Austen est lucrative au cinéma (on a même fait un film de zombies, récemment). Stillman aurait pu opter pour la facilité en réadaptant une des oeuvres connues de l'Anglaise, l'iconoclaste a plutôt opté pour une de ses premières nouvelles (Lady Suzan), renommée d'après une autre nouvelle épistolaire d'Austen (Love and Frendship).

Le fait qu'il s'agisse d'une oeuvre peu connue et mineure, comparée à ses grands romans comme Orgueil et préjugés, se révélait un plus, croit-il. Ça lui permettait d'offrir une version différente, dans le rythme et la captation, des longs métrages empesés et coincés par l'héritage victorien. 

Ce défi et l'aspect comique l'ont donc attiré. «C'est un matériel parfait pour l'adaptation», dit celui qui partage une grande affinité artistique avec Austen. «Il n'y a aucun auteur et un point de vue auxquels je peux autant m'identifier. J'aime tout ce qu'elle a publié.»

Whit Stillman voyait comme un avantage qu'Amour et... (AP, Chris Pizzello) - image 2.0

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Whit Stillman voyait comme un avantage qu'Amour et amitié soit une oeuvre peu connue de Jane Austen. Ça lui permettait d'offrir une version différente, dans le rythme et la captation, des longs métrages coincés par l'héritage victorien. 

AP, Chris Pizzello

Sauf, peut-être Northanger Abbey, son dernier roman. Une relecture récente lui a toutefois permis de découvrir Lady Susan, publiée en appendice. La Susan (Kate Beckinsale) du titre en question est une manipulatrice de première, une beauté fatale égoïste, sans scrupules et intrigante qui se sert de ses charmes pour trouver des maris pour elle et sa fille. «Je l'aime beaucoup, elle est très drôle. Mais je me devais d'épaissir le personnage et d'offrir un univers complet. Ça m'a pris beaucoup de temps.»

Ça, et résoudre un problème important. Susan entretient une correspondance avec son amie Alicia (Chloë Sevigny), ce qui n'est pas très cinématographique. Il a donc inventé une confidente à Susan, qui sert de lien entre les deux femmes et dynamise les échanges. «Malheureusement, Skype n'existait pas à l'époque», rigole-t-il.

La forte présence de Tom Bennett et son humour très physique a aussi permis au réalisateur d'explorer d'autres avenues dans sa mise en scène. Notamment en ajoutant des scènes avec son Sir James Martin, bouffon (involontaire) et naïf face aux femmes fortes d'Amour & amitié. «Il le faut pour que ce soit créatif et dynamique.»

Le montage est la clé

Pour créer ce dynamisme, le cinéaste utilise un montage nerveux, parsemé d'ellipses. «Ces plans-séquences de huit minutes qu'on voit dans certaines productions ne servent à rien. Le génie du cinéma réside dans le montage», dit celui qui n'a pas aimé son expérience au théâtre. «On ne peut pas couper!»

N'empêche. L'attrait principal de ce long métrage demeure la fascinante performance de Beckinsale (qui jouait avec Sevigny dans le troisième long métrage de Stillman). La Britannique est surtout connue pour son charme dans des films fantastiques (la franchise Monde perdu, le récent Total Recall, etc.), mais il ne faut pas juger un livre par sa couverture. 

«Elle est vraiment très intelligente, dit-il à propos de celle qui a étudié à Oxford. D'autres actrices n'auraient peut-être pas réalisé [le potentiel du rôle]. Kate n'arrêtait pas de m'envoyer plein de questions sur le scénario. Ce qui, en général, est plutôt nuisible, surtout quand ça vient des gens de la production assis dans leur bureau. Pas cette fois, d'autant qu'elle doit porter le film sur ses épaules. C'était très pointu.»

Criterion vient de réunir en coffret Metropolitan (1990), Barcelona (1994) et The Last Days of Disco (1998), ses trois premiers films. Un geste qui l'a ravi. Mais pas autant que la réception obtenue par Amour & amitié à Sundance et à Rotterdam. «Ça fait du bien. Je n'ai jamais eu une réaction comme ça. Ce n'était pas seulement la critique, les gens aussi.»

«Les deux derniers mois ont été fantastiques.»

Amour et amitié prend l'affiche le 3 juin.

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