Un film punk rock chez les suprématistes

Dans Green Room, le tenancier d'un bar perdu... (Fournie par les Films Séville)

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Dans Green Room, le tenancier d'un bar perdu de l'Oregon (Patrick Stewart, à l'avant) est le chef d'un groupe de skinheads.

Fournie par les Films Séville

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(Québec) En 2013, un événement a changé «le cours de la vie» de Jeremy Saulnier. Le très bon Blue Ruin, son deuxième film, s'est retrouvé à la Quinzaine des réalisateurs, au Festival de Cannes. Malgré tout, le réalisateur américain ne s'attendait pas à y retourner deux ans plus tard - Green Room est un détonnant mélange de suspense et de film d'horreur. Mais il avait deux as dans son jeu, déjà bien pourvu : Patrick Stewart et Anton Yelchin. Le Soleil s'est entretenu avec ce dernier et Saulnier au Festival de Toronto (TIFF).

L'énorme succès critique de Blue Ruin a attiré l'attention et les fonds qui viennent avec pour Green Room. Sauf que Saulnier passait d'un mode de production artisanal à celui un peu plus élaboré du cinéma indépendant - on est loin des productions hollywoodiennes. «C'était vraiment un film difficile à faire. Mais, heureusement, tous les morceaux se sont parfaitement agencés, sans que j'aie de compromis à faire.»

Mais avec une sérieuse pression pour présenter le film à temps pour Cannes. «Nous avons soumis un premier montage décent, sans attente. Puis nous avons continué le montage. Nous étions au bout du rouleau quand nous avons eu la confirmation : ce fut un choc. [...] Nous avions la chance d'aller dans cet incroyable festival et d'avoir une première de classe mondiale, pour un film de genre», explique le jeune réalisateur, encore incrédule quatre mois plus tard, au moment de l'entrevue.

Pas pour tout le monde

Il y a de quoi. Green Room n'est pas pour tout le monde. Il met en scène un groupe de jeunes punks qui se produit dans un bar perdu de l'Oregon, dont le tenancier est le chef, joué par Stewart (voir autre texte), d'un groupe de skinheads. Ça part mal. Et ça empire quand Pat le guitariste (Yelchin) est témoin d'un meurtre sordide en arrière-scène (la green room en anglais). Le groupe, retenu contre son gré, veut s'évader. Mais ça dégénère...

Résultat : une «esthétique Mad Max cheap, rigole Saulnier. Les textures du cuir, les clous [studs], les mohawks, les bottes, la boue dans la nature sauvage de l'Oregon... Ça me semblait tellement cinématographique. Je voulais transcender les genres et rendre le tout accessible.»

Dès le départ, Saulnier voulait Anton Yelchin. «Avec un acteur moins expérimenté, je ne crois pas que le film aurait fonctionné.» Le jeune homme d'origine russe - il joue Chekov dans la nouvelle franchise de Star Trek - n'a que 27 ans, mais un bon bagage. Et il avait adoré Blue Ruin. Il était simplement heureux «d'avoir la chance de jouer pour un réalisateur que j'admire vraiment», ce qui n'arrive pas souvent. Les deux s'entendent comme larrons en foire depuis.

Culture punk

En plus, dans un contexte «punk-rock», une influence majeure pour le film qu'a voulu recréer le réalisateur, sans négliger son récit, ni ses personnages. L'intérêt de Saulnier remonte aux années 80, alors qu'il pratiquait le skateboard. Un ami de son père lui a fait écouter les Dead Kennedys, peu après, il achetait «une cassette» des Sex Pistols. Fasciné, l'ado introverti observait à distance «la violence» de la culture punk de Washington, DC. 

«Il y avait des nazis, des agressions... J'avais peur. Surtout dans des lieux perdus en périphérie. Je chantais, ou plutôt je criais, dans un groupe. Je me souviens d'avoir joué dans un restaurant mexicain où il y avait une poignée de gens. C'était triste. Mais ce n'était pas pour eux, c'était l'esprit de groupe, l'expérience. Ce n'était pas pour décrocher un contrat de disques, mais pour jouer, s'amuser et se rentrer dedans. Même si c'est loin derrière moi, j'aime toujours cette vibration. C'est difficile de décrire cette énergie. Il faut l'avoir vécue. J'ai essayé d'en capturer des éléments pour l'arrière-plan de Green Room

«Petit groupe merdeux»

Anton Yelchin a tout de suite cliqué : lui aussi a fait partie - comme guitariste rythmique, un plus pour le rôle - d'un «petit groupe merdeux». «J'ai pu me replonger totalement dans un monde que j'aime. La première fois que Jeremy et moi nous sommes rencontrés, nous avons partagé pleins de choses sur la particularité du parcours de ce personnage et la relation qu'il entretient avec ses amis. Nous éprouvions exactement la même chose. C'est magique. Ce moment qui dure 30 minutes, nous avons pu ensuite l'étendre sur 30 jours de tournage.»

L'acteur prétend ne pas faire de «discrimination» entre le plateau d'une production indépendante et celui d'une superproduction. Chacun a ses particularités, plaide-t-il. Et au moins un point en commun : «Que tu aies 200 000 $, 2 millions $ ou 250 millions $, ça va être totalement cinglé.» 

«Je suis reconnaissant pour chacune des expériences que j'ai pu vivre. Mais je suis très fier d'avoir travaillé avec Jeremy et d'être dans ce film. Il n'y a pas de meilleure sensation que d'accompagner un film dans un festival quand tu l'aimes vraiment. C'est une sensation merdique quand ce n'est pas le cas. Comme journaliste, tu dois probablement t'en rendre compte si un acteur n'aime pas le [long métrage] dans lequel il joue. Quand on l'aime vraiment, ça paraît.»

Le grand manitou

«Il est le grand manitou, c'est sûr.» Jeremy Saulnier n'en revenait pas de la chance qu'il a eu de compter sur Patrick Stewart pour jouer dans Green Room - un rôle totalement à l'opposé du capitaine Jean-Luc «Engage» Picard dans Star Trek : Nouvelle génération et du professeur Xavier dans les X-Men. Il n'est pas le seul. Mais l'acteur shakespearien a confié à IndieWire que la qualité du scénario l'a totalement convaincu. Ainsi que la possibilité de jouer une brute.

Le Britannique de 75 ans a vu dans ce film un croisement entre le brutal Délivrance (1972) de John Boorman et le terrifiant Psychose (1960) d'Alfred Hictcock à la lecture. Il a commencé à parcourir le scénario de Green Room dans sa maison isolée de l'Oxfordshire. 

«Après 30, 35 pages, il m'a tellement rendu nerveux et appréhensif, que chaque petit bruit dans ma vieille maison me perturbait. Et, bien sûr, comme j'ai continué de lire, ce malaise s'est développé en sentiments beaucoup, beaucoup plus forts. J'ai été très enthousiasmé par l'intelligence du scénario et par la façon dont il a traité une situation assez classique - pour ne pas dire conventionnelle - pour un film de ce genre, soit le sentiment croissant que quelque chose de terrible va se produire. Et c'est ce qui se passe.»

Chef sans pitié

Dans Green Room, Stewart joue le chef d'un groupe de skinheads qui exploite, en apparence, un bar mal famé, au milieu de nulle part. En façade, l'homme dégage une impression de calme et de contrôle, presque d'amabilité, mais il est sans pitié. Le contraste intéressait vivement l'acteur, qui a fait des recherches sur les groupes suprématistes blancs.

«La recherche comble les zones d'ignorance. Ça n'a pas nécessairement un impact direct sur ce que vous faites devant la caméra, mais ça donne de la substance. Je crois que les acteurs le font en raison de l'authenticité que ça apporte.» En effet. Patrick Stewart est totalement terrifiant dans Green Room.

Green Room prend l'affiche vendredi.

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