Le monde englouti de Jean-Paul Rappeneau

Belles familles est le film le plus personnel... (Fournie par Axia Films)

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Belles familles est le film le plus personnel du réalisateur français Jean-Paul Rappeneau.

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PARIS / Ce samedi frisquet de janvier, Jean-Paul Rappeneau n'en menait pas large. Mais même avec une laryngite, l'homme de 84 ans tenait à discuter de Belles familles.

Vrai que le réalisateur tourne peu: huit longs-métrages en 50 ans de carrière. Il y a parfois des aléas incontrôlables, même pour le réalisateur de Cyrano de Bergerac. Il a ainsi perdu cinq ans sur un film qu'il a dû abandonner. Mais à quelque chose malheur est bon: il s'est ensuite consacré à Belles familles, qui se distingue par son ton personnel, son style élégant et son incroyable distribution. Discussion avec un des derniers géants du cinéma français populaire.

Q Vous avez, comme d'habitude, réuni des acteurs extrêmement talentueux. Les gens veulent tourner avec vous ou vous êtes chanceux?

R Le fait que je n'avais pas tourné depuis si longtemps [Bon voyage, 2003], les gens étaient au courant [de l'abandon de l'autre film] et étaient tristes pour moi, quand j'ai proposé aux uns et aux autres d'être dans ce long métrage, j'ai senti qu'il y avait un désir de leur part de m'aider à revenir. D'autant que la plupart n'avaient jamais tourné avec moi.

Q D'où vous est venue cette idée de chicanes familiales?

R Mes années d'enfance, où je me suis construit pendant 18 ans. Je n'y avais jamais fait allusion. Je me suis dit qu'il fallait bien que je fasse un film sur cette Bourgogne qui n'existe plus - la maison où j'habitais a même été rasée. C'est un monde englouti. C'est l'histoire d'un homme qui revient où il a vécu. Un thème classique. Je ne savais pas ce qui allait se passer.

Q Vous avez écrit le scénario avec votre fils Julien. Était-ce de rigueur compte tenu du thème de la famille?

R Oui, mais il n'a pas connu toutes ces histoires de famille, tous ces gens à qui je fais allusion, qui sont disparus. Après Bon voyage, il s'est retrouvé avec moi pour parler de choses qu'il ne connaît pas. Il en a peut-être plus appris sur sa famille que jamais. Mon autre fils Martin a fait la musique. C'est une histoire de famille.

Q Et Philippe Le Guay (Molière à bicyclette), qui est aussi crédité comme coscénariste?

R C'est un bon ami. À un moment, ça ne progressait pas. Je sentais qu'il manquait des éléments. L'histoire [du personnage principal] est celle d'un homme qui est passé à côté de son père. Philippe avait des rapports compliqués avec son père, comme moi d'ailleurs. Toute cette partie-là, il a beaucoup contribué.

Le réalisateur Jean-Paul Rappeneau a participé au Festival international... (Archives AP) - image 2.0

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Le réalisateur Jean-Paul Rappeneau a participé au Festival international du film de Toronto en septembre dernier. Il était accompagné d'une partie de la distribution de Belles familles, Gilles Lellouche, Marine Vacth et Mathieu Amalric.

Archives AP

Q On reconnaît votre signature, dans le rythme, les ellipses et tout. Mais il y a un ton vaudevillesque qu'on n'a pas vu dans votre cinéma avant. Pourquoi?

R Je suis depuis toujours un adorateur de Feydeau. Il y a quelque chose de mon amour du théâtre dans le film : les surprises, les changements de direction... Il y a du Feydeau, mais tempéré par Tchekhov. Il y a des émotions sous-jacentes, des nostalgies et [la bourgeoisie à la campagne] qui enlèvent le côté mécanique du vaudeville. Mais j'en aime bien le tempo, qui n'est pas permanent dans le film, tout de même.

Q Il y a le thème de la filiation, mais il y a aussi ce trouble ressenti par cet homme qui revient chez lui et qui croit tomber amoureux de sa soeur qu'il n'a pas connue.

R Il y a de l'inceste dans l'air. En vérité, il y a un doute. Ça fait partie du genre d'histoire qui a flotté dans ma famille. J'avais le goût de jouer sur cette ambiguïté.

Q Après avoir mis autant de temps à tourner, avez-vous encore des projets?

R Oh oui! Oh oui! Il y a eu le choc de ce film abandonné [pour des raisons financières], ensuite il y a eu la joie de tourner ce film. On la ressent dans le film. Je ne peux pas imaginer ne pas retrouver cette joie. Et comme le temps passe et les années coulent... Dans le temps, ça ne me faisait rien. Là, je sens une horloge qui tourne. C'est la première fois que je me lève le matin et je me dis : il faut travailler aujourd'hui. Mon rythme est plus lent, mais je ne peux plus [faire comme avant]. Philippe Noiret, au moment de tourner mon premier film, La vie de château (1966), je suis allé lui proposer un rôle et il m'a dit, "je suis d'accord". Mais il n'était pas libre pour l'été. Il n'en revenait pas que je lui dise : "bon, ben, on le fera l'année prochaine." Il était sidéré que je décale d'un an.

Q Vous avez tout de même eu toute une carrière. Avec le recul, quel est votre film préféré?

R Je les aime tous. La vie de château me plaît beaucoup. Mais aussi [Belles familles]. Peut-être parce qu'ils se répondent. C'est retour au château - ça pourrait être le titre (rires et quinte de toux). Disons que j'aime moins Les mariés de l'an II (1971), un film d'aventures mécanique où les sentiments sont trop mis de côté.

Q Que pensez-vous de l'état actuel du cinéma français?

R Il est bien en vie. Il y a presque trop de films [environ 300 par année]. Mais en tout cas, ça vit...

Les frais de ce reportage ont été payés par uniFrance.

Un petit rôle pour Yves Jacques

On a beaucoup vu Yves Jacques dans des films français après que le regretté Claude Miller se soit pris d'affection pour l'acteur de Québec, apparu dans La classe de neige (1998), qu'il tenait en très haute estime. Au point où Jean-Paul Rappeneau a cru bon le mentionner lorsqu'il a livré une allocution aux obsèques du réalisateur, en 2012. 

«Je savais déjà que je voulais lui confier un rôle», souligne M. Rappeneau. Ce qui fut fait: Yves Jacques se glisse dans la peau d'un avocat pris dans le tourbillon familial et sulfureux qui oppose deux amis d'enfance. Un rôle secondaire, mais quand on regarde la distribution de Belles familles (Mathieu Amalric, Marine Vacht, Gilles Lelouche, Karin Viard, André Dussolier...), on se dit qu'il a décidément bonne réputation en France.

Ce que s'empresse de confirmer le réalisateur du Hussard sur le toit (1995). «Au théâtre ici, il a fait des choses extraordinaires, comme Les fausses confidences [de Marivaux] avec Isabelle Huppert», souligne Jean-Paul Rappeneau. La pièce mise en scène par Luc Bondy, d'abord jouée à Paris en 2014, a ensuite fait une tournée française l'an dernier. Ce qui explique qu'on ait un peu moins vu Yves Jacques ces derniers temps, à part un rôle dans la télésérie Mensonges.

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