Eye in the Sky: victimes collatérales ***1/2

La grande Helen Mirren, dans un contre-emploi, est... (Fournie par Les Films Séville)

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La grande Helen Mirren, dans un contre-emploi, est absolument stupéfiante en va-t-en-guerre (la colonelle britannique Katherine Powell) - quelle actrice, presque inégalée dans la capacité de se fondre dans un personnage.

Fournie par Les Films Séville

Le SoleilÉric Moreault 3/5

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(Québec) CRITIQUE / La première victime d'une guerre, c'est la vérité, postule d'emblée Eye in the Sky. Encore plus, de nos jours, paradoxalement. Surtout lorsqu'elle est (presque totalement) désincarnée. Le très efficace suspense de Gavin Hood pose donc une question terrible : un drone peut-il servir à éliminer des terroristes tout en sachant qu'il y a aura des victimes innocentes? Il y a autant de réponses que d'individus (et donc de spectateurs), suggère ce poignant long métrage.

Avec une mise en scène d'une efficacité redoutable et un sens du suspense percutant, Eye in the Sky illustre les divers points de vue et dilemmes moraux qui sont en jeu dans la guerre au terrorisme.

Dans ce cas-ci, un shebab que traque depuis longtemps Katherine Powell (Helen Mirren). La colonelle britannique a une chance de le capturer au Kenya, avec l'aide de troupes locales et des informations transmises par la surveillance aérienne. Malgré une planification méticuleuse, les événements se précipitent à la suite d'imprévus et la tension augmente. La cible passe du statut de «capture» à celui «d'élimination».

Mais au moment où le pilote du drone américain Steve Watts (Aaron Paul) s'apprête à faire tomber le feu du ciel sur les terroristes, une jeune fille de neuf ans établit son kiosque de pain à proximité. Sa présence va déclencher une partie de ping-pong diplomatique au plus haut niveau des gouvernements et armées britanniques et américains alors que les protagonistes se renvoient la balle sur les implications morales, politiques et personnelles de ce nouveau modèle guerrier.

C'est évidemment un dilemme aussi vieux que la guerre : est-ce que la fin justifie les moyens? Entre objection de conscience, principes et convictions, les positions se télescopent, renvoyant sans cesse au spectateur sa propre opinion sur la question, mise à rude épreuve, peu importe où elle se situe.

Eye in the Sky se distingue par ses nuances et sa recherche d'une certaine objectivité, tout comme sa capacité de fascination.

Ce n'est pas les réalisations précédentes de Gavin Hood (X-Men les origines : WolverineLa stratégie Ender) qui m'ont poussé à visionner ce film au Festival de Toronto (TIFF). Ni même la présence des formidables Mirren et Alan Rickman (quoique...). 

Mais le cinéaste sud-africain m'a épaté par son sens de la mise en scène. Sa multiplication des points de vue avec un montage des différents lieux et l'utilisation de la caméra subjective pour les drones donnent vraiment l'impression au spectateur d'avoir le doigt sur le bouton. Ce qui est absolument déstabilisant. On comprend pourquoi le tiers des pilotes de drones souffrent de stress post-traumatique, un fait bien illustré par les révulsions du pilote Watts. Good Kill (2014) d'Andrew Niccol se concentre plus sur cet aspect, d'ailleurs.

Même si Hood a tout fait pour dynamiser sa mise en scène, le fait d'utiliser des personnages presque toujours assis procure une certaine impression de statisme. Reste que la formidable distribution réussit à nous le faire oublier. La grande Mirren, dans un contre-emploi, est absolument stupéfiante en va-t-en-guerre - quelle actrice, presque inégalée dans la capacité de se fondre dans un personnage. Même chose pour le regretté Rickman, mort en janvier, qu'on ne saurait réduire à son magistral Severus Rogue dans les Harry Potter.

Notez qu'Eye in the Sky n'est présenté qu'en version originale, une seule représentation par jour au Clap (à Québec), à une heure ingrate (17h05). Ce n'est pas lui rendre un grand service, mais, au moins, on peut le voir en salle. Ce que je vous invite fortement à faire. C'est le genre d'oeuvre dans laquelle il faut s'immerger totalement pour en mesurer toute la force d'impact - ce film ne vous laissera aucun répit. Et vous obsédera longtemps. Il m'habite encore huit mois après l'avoir vu.

Au générique

  • Cote: ***1/2
  • Titre: Eye in the Sky (v.o.a.)
  • Genre: suspense
  • Réalisateur: Gavin Hood
  • Acteurs: Helen Mirren, Alan Rickman et Aaron Paul
  • Classement: 13 ans et plus
  • Durée: 1h42
On aime: la tension, l'excellente distribution et réalisation, les dilemmes exposés, le montage

On n'aime pas: un certain statisme

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