Le karma d'Isabelle Carré

Mère dévouée, femme socialement impliquée, Isabelle Carré est aussi une actrice... (Photo fournie par K-Films Amérique)

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(Québec) Mère dévouée, femme socialement impliquée, Isabelle Carré est aussi une actrice hors pair, autant à l'aise dans le drame que la comédie. La qualité et la justesse de l'interprétation, ainsi que sa présence remarquable en font une interprète de choix quand un film repose pratiquement sur un seul personnage, ce qui est le cas dans Le coeur régulier de Vanja d'Alcantara. Très généreusement, la belle de 44 ans a bien voulu interrompre momentanément ses vacances dans le sud de la France avec ses trois enfants pour discuter avec Le Soleil.

Q C'est votre troisième film tiré d'un roman d'Olivier Adam après Maman est folle (Jean-Pierre Améris, 2007) et Des vents contraires (Jalil Lespert, 2011). C'est le karma ou quoi?

R Complètement. On ne se connaissait pas du tout. Notre première rencontre, c'était pendant la promotion du Coeur régulier. Comme il a beaucoup, beaucoup aimé le film, il avait le goût de le défendre. On a des univers qui se rejoignent. Quand j'ai lu le scénario de Maman est folle, la première chose qui m'a touchée, c'est l'écriture, l'histoire.

Q Justement, qu'est-ce qui vous guide dans vos choix?

R L'histoire et ce que ça peut m'apprendre. Par exemple, dans Maman est folle, la vie des migrants à Calais, il y a déjà une dizaine d'années. Ça me passionnait. Plus qu'un film, c'était une ouverture sur une question ô combien cruciale aujourd'hui. Ça m'a énormément apporté. Quand j'entends des nouvelles sur les migrants, ça n'a pas la même résonance pour moi qui ai vécu dans cette jungle de Calais et parlé avec beaucoup de migrants pendant le tournage. Dès que j'ai cette possibilité d'élargir mon regard sur des choses de la société par un film, je suis partante.

Q Dans ce cas-ci, le long métrage raconte l'histoire d'une femme qui se réfugie au Japon pour surmonter la mort de son frère. Avez-vous ressenti un choc culturel?

R Oui, j'ai eu un choc très bizarre. Il paraît qu'il y a un syndrome qui s'appelle le syndrome de Paris. Les Japonais qui viennent à Paris sont très déprimés pendant quelques jours parce que c'est pas du tout ce à quoi ils s'attendaient. En fait, je ne sais pas si j'ai eu le syndrome inverse, mais ce n'est pas du tout ce que j'imaginais dans mon fantasme du Japon traditionnel un peu carte postale. C'était très rural, très humble, balayé par des vents contraires, j'ai été très bouleversée, perdue. Surtout qu'on a commencé sur ces falaises, à jongler avec le vide. J'ai beaucoup pleuré pendant quelques jours. Ensuite, je me suis acclimatée et j'ai adoré cette atmosphère japonaise loin des clichés, brutale mais très belle.

Q Les plans sur les hautes falaises (connu des Japonais comme un lieu de suicide) sont vertigineux. Qu'avez-vous ressenti?

R J'ai eu très peur. J'avais des chaussures qui glissaient et il y avait de grandes rafales violentes. J'ai parlé à d'autres acteurs pour savoir s'ils ressentaient la même chose. Ils m'ont dit : absolument, on est terrorisé. C'était vraiment dangereux. D'autant que quand on est lancé, tellement porté par l'énergie du film, on est prêt à tout. On ne se rend presque pas compte de ce qu'on fait. [...] Il y a une chose particulière sur ces falaises, une histoire vraie [intégrée au film], cet ancien flic qui a décidé de consacrer le reste de sa vie à essayer de sauver des vies en scrutant les falaises avec ses jumelles, jour et nuit. On a besoin de ce genre d'histoire, de gens qui se battent pour sauver une vie, puis deux, puis dix. Cet homme-là, en réalité, il en a sauvé plus de 500. C'est un vrai superhéros (rires).

Q Votre personnage rencontre cet homme, qui l'aide à renaître, non?

R C'est ça. Elle se met dans les pas de son frère et elle le retrouve. Elle l'avait perdu avant, quand elle était enfermée dans sa vie où elle avait pourtant coché toutes les coches réussite. On connaît tous ces moments où, en apparence, tout va bien, mais où on est un peu anesthésié et on a besoin d'un réveil. Ça peut être un livre, un film, une rencontre, ça peut être plein de choses qui font que vous ressortez de là plus vivant. 

Q Croyez-vous que ce film se distingue par son usage de l'image, le non-dit, la capacité à exprimer les choses par un geste, une expression du visage?

R Oui. J'étais contente de pouvoir expérimenter ça. Le cinéma français est toujours très bavard. C'est très rare de tomber sur des scénarios qui sont dans cette épure. On pense toujours quand on est acteur que c'est quand on parle qu'on existe, alors que, parfois, c'est en écoutant, comme je l'ai beaucoup fait dans le film des frères Larrieu [21 nuits avec Pattie]. Ce n'est pas un jeu moindre : on peut frapper les spectateurs avec un silence, un regard, une écoute si elle est habitée... Ça fait comme une étincelle.

Q Le film repose presque entièrement sur votre personnage. Avec cette épure, ressentiez-vous un plus grand stress?

R Non. Ça dépend beaucoup de la personnalité du réalisateur. Vanya avait vraiment envie d'être dans un «non-pression» total. Elle me disait, avant les scènes : on oublie le scénario et on va se laisser guider par ce qui arrive. Et même si ce n'est pas ce qu'on imaginait, ce n'est pas grave. Par contre, elle voulait qu'on soit présent et à l'écoute. C'est vraiment quelqu'un qui me mettait dans une grande confiance et le tournage s'est déroulé dans une grande simplicité.

Un manque de confiance

Avec une carrière florissante de plus d'une cinquantaine de films en 25 ans de carrière, dont un César d'interprétation en 2003, on s'étonne qu'Isabelle Carré ne soit pas passée derrière la caméra. D'autant qu'elle a commencé à se faire la main à la mise en scène, au théâtre. La réalisation, ce n'est pas l'envie qui manque, confie-t-elle de sa voix toute douce. Un manque de confiance, semble-t-il.

«J'ai toujours du mal à me sentir légitime, même à 44 ans. Mais ça progresse, dit-elle en riant. Pour l'instant, je me sens plus chez moi au théâtre. Peut-être parce que c'est là que j'ai commencé. J'ai eu l'impression que j'entrais dans une famille et on m'ouvrait grand les portes. Au cinéma, ça a été beaucoup plus progressif.»

Isabelle Carré a connu un départ fulgurant - elle est nommée trois fois de suite au César du meilleur espoir féminin pour Beau fixe de Christian Vincent, Le hussard sur le toit de Jean-Paul Rappeneau et La femme défendue de Philippe Harel. Mais elle est ensuite cantonnée aux seconds rôles (plus maintenant, au contraire), ce qui lui convenait parfaitement. «Ça me permet d'avoir une vie tout à fait normale, avec un degré de popularité qui me permet de n'être jamais embêtée dans la rue et d'être avec mes enfants, en contact avec la réalité.»

Mais «voilà, franchir le pas d'avoir la réponse à donner à chaque membre de l'équipe et de me sentir légitime, ce n'est pas encore gagné», ajoute-t-elle. Quand ce moment arrivera, ce sera un sujet «très personnel». «Peut-être que je vais commencer par le raconter autrement. On verra. On a tous un roman en nous, dit-on.»

En attendant, l'actrice pourra s'inspirer d'une collègue qui est devenue réalisatrice avec beaucoup de succès et qu'elle adore, la Torontoise Sarah Polley (Loin d'elle). «J'ai eu la chance de la rencontrer plusieurs fois et j'ai un rêve qu'un jour elle me dirige. Si vous pouvez faire passer le message...» lance-t-elle en riant. C'est fait.

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