Made in France: le mal incarné ***1/2

Dans le rôle de l'inquiétant Hassan, Dimitri Storoge... (Fournie par Axia Films)

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Dans le rôle de l'inquiétant Hassan, Dimitri Storoge (deuxième à partir de la gauche) livre une prestation d'une intensité à couper le souffle.

Fournie par Axia Films

Le SoleilÉric Moreault 3/5

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(Québec) CRITIQUE / Made in France n'a pas été présenté au cinéma en France, et c'est vraiment dommage, en raison de son sujet explosif. Le sixième long métrage de Nicolas Boukhrief suit l'infiltration d'un journaliste de foi musulmane dans un groupe qui se radicalise et cherche à perpétrer des attentats terroristes à Paris. Écrit bien avant les attentats des deux dernières années, il s'avère un suspense diablement efficace dans sa forme, sans occulter son propos sur l'extrémisme.

Au fil du temps, Sam (Malik Zidi) a réussi à apprivoiser un quatuor de jeunes musulmans plutôt inoffensifs - il n'a pas encore assez de matière pour écrire. Ça viendra avec le retour d'Hassan (Dimitri Storoge) du Pakistan. Il a des contacts et des ordres. Imposant son autorité, le sombre et paranoïaque Hassan convainc le groupe qu'il est temps d'embrasser le djihad.

Sam est rapidement aspiré dans une spirale de violence qui en fait un complice (bien involontaire). Les flics le forcent à rester sous couverture pour découvrir qui se cache derrière la cellule qui planifie de faire exploser une bombe sur les Champs-Élysées. Le journaliste sous couverture ne sait plus quoi faire pour s'extirper d'une situation cauchemardesque.

Radicalisation plurielle

Made in France n'est pas un film à thèse. C'est sa principale force. Sous la couverture d'un suspense - diablement efficace -, il laisse son récit illustrer la banalisation du mal incarné, soit comment un seul homme peut entraîner d'autres à sa suite à perpétrer des actes barbares au nom d'une idéologie et d'une vision tordues.

Boukhrief n'accuse personne, il expose les rouages de la manipulation qui mènent à l'extrémisme autant que la crédulité, les blessures personnelles et les injustices, fantasmées ou réelles, d'hommes et de femmes qui ne demandent qu'à être convaincus.

Il dresse le portrait d'un quatuor de pluralités sociales (immigrant récent, bourgeois catholique en mal de sensation, etc.) dont la radicalisation est aussi plurielle (prison, Internet, mosquée, etc.). Leurs motivations (et pour un, les doutes) sont aussi différentes que leur origine, mais ils sont unis par un même but: semer la mort et la destruction pour établir un nouvel ordre socioreligieux.

Le portrait de Boukhrief (Le convoyeur) est nuancé - la police française n'est pas sans tort et sans reproche dans son chantage exercé sur Sam. Au contraire. C'est d'ailleurs là que loge la principale faiblesse du scénario. On comprend qu'il veuille protéger la population en général et sa femme et son fils en particulier, il est tout de même difficile de croire qu'il persiste malgré tout.

Reste que la réalisation très maîtrisée, alternant les mouvements de caméra bien calculés aux plans plus courts et rapprochés, crée un climat anxiogène qui nous rive à notre siège - il emprunte aux codes du polar et du western pour puncher son efficacité. Le spectateur s'inquiète autant pour Sam, auquel il s'identifie, que des répercussions des attentats.

Malik Zidi, l'interprète du journaliste, est bon, mais pas autant que Dimitri Storoge dans le rôle de l'inquiétant Hassan. Le méconnaissable acteur de Belle et Sébastien livre une prestation d'une intensité à couper le souffle. Son volcanique chef de groupe - dont la violence contenue effleure la surface de ses traits - s'avère autant fascinant que terrifiant.

Il y a, dans Made in France, une phrase terrible qui résume l'état d'esprit de ces terroristes en herbe: toujours avancer, ne jamais réfléchir. Heureusement, ce n'est pas le cas du film de Boukhrief. Oui, il nous entraîne dans son récit. Mais quand on en émerge, il entraîne la réflexion et bien plus de questions que de certitudes.

Au générique

  • Cote:  *** 1/2
  • Titre: Made in France
  • Genre: suspense
  • Réalisateur: Nicolas Boukhrief
  • Acteurs: Malik Zidi, Dimitri Storoge et François Civil
  • Classement: -
  • Durée: 1h29
On aime: la très bonne bande sonore, l'inquiétant Storoge, la maîtrise de la réalisation, le portrait nuancé

On n'aime pas: un petit manque de perspective

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