Chloé Leriche: au coeur de la réserve

Le film de Chloé Leriche utilise quelques clichés... (La Presse, Olivier Jean)

Agrandir

Le film de Chloé Leriche utilise quelques clichés au début pour mieux s'en débarrasser ensuite, sans pour autant tomber dans l'angélisme.

La Presse, Olivier Jean

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Obedjiwan, en 2003, et l'expérience l'a profondément marquée. Alors qu'elle parcourait la réserve pour un projet, l'Attikamek de 16 ans qui l'accompagnait lui a fait visiter les lieux où ses proches, parents ou amis, s'étaient suicidés l'année précédente... «J'ai eu un choc et j'ai trouvé ça extrêmement troublant.» Sans le savoir, ce jeune venait de semer la graine du premier long métrage de la cinéaste.

Au fil du temps et de multiples réécritures de scénario, le récit dramatique d'Avant les rues s'est éloigné de sa source d'inspiration. Chloé Leriche, qui a une vaste expérience récompensée dans le court métrage et la vidéo d'art, n'a pas voulu noircir le portrait indûment. «Je me sentais aussi responsable parce qu'il s'agit du premier [long métrage] en langage atikamekw. Je voulais quelque chose d'autre, un peu de lumière.» 

La cinéaste a donc imaginé ce récit qui tourne autour de Shawnouk, petit délinquant entraîné dans un vol qui se termine par un homicide. Tourmenté, il va chercher à se libérer par la pratique de rites traditionnels. 

Son film utilise quelques clichés au début pour mieux s'en débarrasser ensuite, sans pour autant tomber dans l'angélisme - les Attikameks s'y sont d'ailleurs sentis bien représentés, dit-elle. Il faut dire que Chloé Leriche a utilisé des acteurs amateurs du cru pour tous les personnages sauf exception (dont un bref rôle joué par Martin Dubreuil). Ce qui augmente l'aura d'authenticité du récit. La réalisatrice a d'ailleurs veillé, dans certains cas, à ce que ses protagonistes fictifs soient proches de ce qu'ils sont dans la réalité.

Presque tous les acteurs d'Avant les rues sont... (Fournie par FunFilm) - image 2.0

Agrandir

Presque tous les acteurs d'Avant les rues sont des amateurs, ce qui augmente l'aura d'authenticité du récit.

Fournie par FunFilm

Pour faciliter le jeu de ces non-professionnels, Chloé Leriche a essayé, dans la mesure du possible, de tourner de façon chronologique «pour qu'ils sachent où leurs personnages sont rendus». «Je voulais qu'on prenne le temps de bien faire les choses.» Mais elle leur a surtout permis de le faire dans leur langue. 

«C'était essentiel.» La langue est une partie constituante essentielle de l'identité. «C'est fascinant que leur langue ait survécu aux 100 dernières années» et aux pressions de l'assimilation. «Ils sont très près de leur culture. C'est vital pour eux.» Une situation à laquelle les Québécois francophones peuvent très bien s'identifier.

Mais plus encore, «ça me permettait d'avoir un meilleur jeu des acteurs» qui se sont approprié les dialogues pour se les mettre en bouche. «Ça permettait aussi d'aller dans un film qui était plus autochtone, d'une certaine manière.»

Débrouillardise

Il faut dire que le tournage s'est effectué au coeur d'une réserve, celle de Manawan, à 200 km au nord de Berthierville. Et ce fut, on s'en doute, toute une expérience. «Il fallait être un peu fou et se débrouiller avec ce qu'on avait [sur place]. Tout est difficile, mais en même temps tout est possible», explique Chloé Leriche en louant la collaboration obtenue de la part des Attikameks. «Les autochtones sont très accueillants, en général. Il y avait vraiment beaucoup d'ouverture.»

Encore faut-il être capable de s'y rendre. Le titre du film «peut signifier plein de choses» et est donc libre à l'interprétation. Mais une de ces choses fait directement référence aux chemins de terre qu'il faut prendre pour monter dans le bois et qui sont empruntés par des camions forestiers qui roulent à la fine épouvante. «Les fois que j'y suis allée, j'ai risqué ma vie», dit-elle avec un ton qui laisse encore transparaître sa frayeur.

Ça en valait la peine: son oeuvre - elle est scénariste, réalisatrice, productrice et monteuse - s'est retrouvée au Festival de Berlin, où elle était en compétition dans la section Génération, et à la clôture des 34e Rendez-vous du cinéma québécois, fin février.

Avant les rues prend l'affiche après les récents 3 histoires d'Indiens (Robert Morin, 2014) et Le dep (Sonia Boileau, 2015). Il démontre un regain d'intérêt pour les Premières Nations «et pas seulement au niveau culturel, dans les médias aussi». «J'ai hâte et je crois que, très bientôt, de plus en plus d'autochtones vont eux-mêmes prendre la parole pour leurs propres films, sans que ça empêche d'autres cinéastes de s'intéresser à cet univers, qui est fascinant. Ça ouvre des portes à une cinématographie qui est très différente.»

Avec ce film, «j'avais envie de participer à un changement».

Avant les rues prend l'affiche vendredi.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer