La passion selon Maïwenn

Maïwenn lors du 68e Festival de Cannes, en mai... (AP, Lionel Cironneau)

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Maïwenn lors du 68e Festival de Cannes, en mai dernier, où son film Mon roi a profondément divisé la critique.

AP, Lionel Cironneau

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(Paris) Mon roi était attendu avec impatience au Festival de Cannes, l'an dernier, quatre ans après le Prix du jury remporté par Poliss. Le film de Maïwenn est reparti avec le Prix d'interprétation féminine, décerné à Emmanuelle Bercot, mais son drame sentimental exacerbé a profondément divisé la critique. Bien que l'actrice devenue réalisatrice n'aime pas analyser son travail, elle a bien voulu partager ses réflexions sur sa façon d'aborder le tournage, le travail avec les acteurs et la part d'improvisation dans son cinéma. Et sur la passion qui est au coeur de son quatrième long métrage.

Lors de notre rencontre à Paris, en janvier, Maïwenn était déjà rendue ailleurs, travaillant simultanément à l'écriture de trois films, une première pour la femme de 39 ans. Ils sont basés sur des faits historiques, «mais après, je romance». «Ce sera toujours basé sur les interactions des rapports humains, y a que ça qui m'intéresse.»

Mon roi repose entièrement là-dessus, d'ailleurs. Il met en scène la folle passion de Tony (Bercot) et de Georgio (Vincent Cassel), une montagne russe de dépendance affective qui durera 10 ans. C'est cette passion qui l'intéressait: «uniquement ça».

Pour traduire ce déchaînement de sentiments à l'écran de la façon la plus juste possible, Maïwenn a misé sur une réalisation très physique et réaliste, l'essence même de son cinéma. Au point où elle donne l'impression que plusieurs scènes sont improvisées. Mais pour y arriver, il y a tout un travail, explique-t-elle.

Mon roi... (Fournie par Les Films Séville) - image 2.0

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Mon roi

Fournie par Les Films Séville

«L'improvisation est un concept qui veut tellement rien dire. On m'a donné cette étiquette et du coup, j'ai l'étiquette de quelqu'un qui arrive le matin et dit: "Tiens, qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui? On va improviser ça." C'est beaucoup plus compliqué que ça.» 

Il y a un grand malentendu avec son cinéma, plaide-t-elle. Pour que les scènes aient cette spontanéité, «les gens ne se rendent pas compte qu'on a besoin de très, très, très préparer le terrain».

Le son est la composante la plus importante de la mise en scène pour la réalisatrice. «Le cinéma que j'aime faire est naturaliste. Et le naturel, c'est dans les oreilles que ça se passe. Quand je sens que les acteurs ne s'écoutent plus et qu'ils balancent leur texte, je ne suis pas heureuse.» 

Oublier les dialogues

Elle demande donc à ses acteurs de lire les dialogues, puis de les oublier. «Mon plus grand souhait, ce serait de tourner sans que les acteurs aient lu, comme ça, ils pourraient tout découvrir. Ils auraient la spontanéité. Malheureusement, quand les acteurs mémorisent, ils apprennent en se faisant leur propre mise en scène. [...] Si je leur dis d'oublier leur texte, tout d'un coup, comme ils sont fragiles, ils sont obligés de s'écouter.»

Son expérience d'actrice, notamment chez Besson et Lelouch, l'a préparée à la réalisation, mais aussi permis de constater qu'il y a un monde entre les deux. «Quand je suis une actrice, je me sens très féminine, désirée et regardée. Ça fait monter mes hormones féminines [rires]. Quand je réalise, ce sont les hormones masculines. [...] C'est pour ça qu'à la fin d'un tournage, je me sens si épuisée. Je n'ai pas ressenti ma féminité pendant des mois.»

Mais cette attitude plus masculine est aussi une nécessité. «J'aime séduire et être séduite. Je pense que ce ne serait pas respectueux pour mon actrice. [...] Quand j'arrive sur le plateau, je ne m'occupe pas de mon physique, de ma séduction. Je suis là pour rassurer, je suis le chef d'orchestre, la figure paternelle. Si, tout d'un coup, je montre une faiblesse, les gens d'en face vont être déstabilisés parce que je suis là pour porter tout le monde.»

Repousser ses limites

Et, surtout, s'assurer qu'ils repoussent leurs limites. Surtout dans Mon roi où la passion se traduit aussi par des scènes d'engueulades hystériques, typiquement françaises, malgré ce que prétend Maïwenn. «C'est comme ça que je vois la passion. Ça n'a rien à voir avec mon pays. Tous mes films sont hystériques et plusieurs ici n'aiment pas le ton de ceux-ci. Peut-être est-ce la façon dont j'aime m'exprimer et qui je suis aussi. Si vous vous sentez agressé, c'est une question de personnalité, pas d'identité.»

«La question que j'aimerais qu'on se pose après le film serait: jusqu'où on est prêt à aller pour vivre une histoire d'amour. Tomber amoureux, c'est tomber malade. L'amour, c'est très beau dans les contes de fées quand on est petit. Mais quand on grandit, on se rend compte que c'est aussi la pire maladie.»

Mon roi prend l'affiche vendredi. Les frais de ce reportage ont été payés par Unifrance.

Un prix surprise

Emmanuelle Bercot dans Mon roi... (Fournie par Les Films Séville) - image 4.0

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Emmanuelle Bercot dans Mon roi

Fournie par Les Films Séville

Emmanuelle Bercot s'est laissé désirer avant d'accepter de tourner Mon roi. Il faut dire que les raisons pour lesquelles Maïwenn la voyait dans ce rôle d'avocate fragile étaient peu orthodoxes. Elle a finalement pris la bonne décision, vu qu'elle a obtenu le Prix d'interprétation au 68e Festival de Cannes (qu'elle partage avec Rooney Mara pour Carol).

Maïwenn ne sait pas précisément pourquoi elle a d'abord voulu lui confier le rôle principal de Mon roi. «Le désir s'est arrêté sur elle, c'est assez irrationnel.» Les deux femmes se connaissent tout de même: Emmanuelle Bercot a fait jouer Isild Le Besco, la soeur de Maïwenn, dans trois de ses premiers films. 

Bercot se consacre d'ailleurs plus à la réalisation - son film La tête haute était présenté en ouverture à Cannes, l'an dernier. On l'a quand même vu chez Miller, Deville, Tavernier, Lelouch et dans Poliss de Maïwenn. Mais «le fait qu'elle soit pas très connue [comme actrice], ça m'arrangeait». 

Car Maïwenn cherchait une femme qui a de la difficulté à croire qu'un homme comme Georgio s'amourache d'elle. Les doutes d'Emmanuelle Bercot sur sa capacité à endosser ce rôle étaient du même acabit que ceux de Tony - ce qui en faisait une parfaite interprète, soutient Maïwenn.

«Positionnement marketing»

Le jury cannois a donné raison à la réalisatrice en décernant son Prix d'interprétation à Bercot. Qui n'en revenait pas. Très émue, elle a dédié son prix à Maïwenn: «Il récompense son audace, son sens aigu de la liberté et son anticonformisme.»

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Mon roi

Fournie par Les Films Séville

Curieusement, ça n'aillait pas de soi même au tournage. «Elle était toujours très consciente de la caméra - au contraire de Vincent [Cassel] qui est habitué d'oublier l'équipe technique sur le plateau, c'est tellement un génie à ce chapitre. Emmanuelle, c'était plus difficile.»

Encore plus curieux, Maïwenn a tenu à minimiser la récompense, l'assimilant «à un positionnement marketing [?!?]» qui favorisait plus sa vedette féminine que son vis-à-vis. «Le fait qu'elle ne soit pas connue, pas du tout le genre d'actrice qu'on est habitué de voir, l'a fait gagner. Vincent, il est tellement flamboyant, winner, beau, sexy, tout ça, à Cannes, ils n'aiment pas.»

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