Jean-Marc Vallée: survivre à Hollywood

Jean-Marc Vallée... (Archives La Presse canadienne, Chris Young)

Agrandir

Jean-Marc Vallée

Archives La Presse canadienne, Chris Young

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Démolition arrive sur nos écrans sept mois après sa première mondiale en ouverture du Festival de Toronto (TIFF). On en oublie presque que Jean-Marc Vallée a tourné trois films aux États-Unis en trois ans, une pression immense. Quand Le Soleil l'a rencontré dans la Ville reine en septembre, le réalisateur québécois avait besoin de recharger ses batteries. Mais il était très fier du travail accompli.

La journée d'entrevues tire à sa fin, Vallée, jeans, t-shirt blanc et veston noir, a les traits tirés. On sent que la fatigue est profonde. Il confirme. «Il y a un effort physique et mental, émotif même. En trois ans, tu trouves l'adrénaline pour le faire, c'est fou l'énergie que tu trouves quand tu aimes ce que tu fais, surtout une job créative. Je ne me plains pas.»

Surtout qu'il a pu raconter des histoires captivantes et surprenantes. C'est d'ailleurs ce qui l'a séduit et qui l'a convaincu, coup sur coup, de sauter dans le train en marche. «Je trouvais le scénario [de Démolition] très beau, d'une qualité rare. C'est tellement original et imprévisible, irrévérencieux. J'ai été choqué, surpris et c'est très touchant.»

Démolition raconte la perturbante histoire de Davis Mitchell (Jake Gyllenhaal) qui perd sa femme dans un accident de voiture. Or, l'investisseur new-yorkais BCBG ne ressent rien... Il développe alors une fixation pour la destruction et le démontage des objets - d'où le titre du long métrage.

Le réalisateur y voit le miroir de tous ces gens trop occupés à faire de l'argent, happés par la dictature du paraître et qui oublient d'être - une grande illusion traitée, sur un mode différent, dans Le mirage (Ricardo Trogi). «C'est une réflexion sur la vie et sur ce que tu es, ce que tu en fais, une méditation sur le deuil, mais c'est aussi un film qui célèbre la vie, qui nous rappelle l'importance de l'amour», dit-il à propos de cette comédie dramatique iconoclaste et au ton irrévérencieux.

Jean-Marc Vallée était capable de s'identifier au deuil de Davis, lui qui a vécu une douloureuse séparation d'avec la mère de ses deux enfants, il y a cinq ans. «Un divorce, ça ressemble un peu à ça: tu ne vois plus personne, y compris l'être cher. Pis il y a un deuil à faire.» Il s'est aussi «retrouvé» dans ce personnage qui a souvent opté pour la facilité, sans réfléchir aux conséquences. «Tu vis avec, mais quand tu remets ça en question, qu'est-ce que tu fais?»

Sans que ce soit aussi extrême que son personnage, l'homme de 53 ans sait de quoi il parle. Il a soudainement eu l'opportunité d'un second départ, tournant successivement Dallas Buyers Club, Wild et Démolition. L'identification avec Davis en a été renforcée. «C'est se reconstruire quand tu ne sais plus où tu en es, que tu cherches à comprendre pourquoi tu ne sens pas les choses ou que tu prétends ne pas les sentir.»

Acteur caméléon

Démolition repose évidemment beaucoup sur les épaules de son acteur principal, Jake Gyllenhaal, un acteur caméléon extrêmement doué, comme on a pu le voir récemment dans Ennemi et Prisonniers, de Denis Villeneuve, et Le rôdeur. Pour l'aider dans son rôle de composition, Vallée a néanmoins décidé de tourner le film en continuité avec le récit. «Ça aide sa transformation physique, mais aussi intérieure.»

Outre Gyllenhaal, le long métrage fait aussi une large place à une autre interprète de qualité supérieure, Noami Watts (Mulholland Drive, 21 grammes, L'impossible). Il faut dire que Jean-Marc Vallée n'a pas seulement l'oeil derrière la caméra, il sait aussi aller chercher le meilleur de ses acteurs.

Amour mutuel

«J'aime les acteurs et je pense qu'ils m'aiment - ils sentent ça. J'aime les regarder, les écouter, ils me font rire, pleurer. Ce sont des vedettes, mais ce sont des gens normaux. Tu peux être impressionné au départ, mais ça tombe. Tu manges avec Jake dans un resto, pis c'est comme manger avec ton chum.»

Il y a aussi le fait que la façon de tourner de Vallée et de son fidèle directeur photo Yves Bélanger, sur un plateau très ouvert avec une caméra portée, laisse beaucoup de marge de manoeuvre aux acteurs. «La priorité est au récit et aux acteurs. La forme, on s'en balance. Pis c'est souvent cru. [...] J'ai monté le film comme un film d'action, mais c'est un film de personnages.»

Avec cet espace de liberté, ses acteurs «peuvent aller où ils veulent, sans marque. En répétition, on tourne: ça les met dans un état de fébrilité. Des fois on trouve, des fois pas. [...] C'est le fun de tourner comme ça, de ne pas savoir et d'être créatif.»

Cet amour mutuel nourrit son cinéma, croit-il. «Faire un film, c'est aussi la vie: tu veux t'entourer de personnes que t'aimes. J'ai l'impression que qui se ressemble s'assemble. Pas sûr que je choisirais quelqu'un qui n'est pas dans cet esprit.»

Les relations qu'il a établies avec des acteurs clés de Hollywood lui permettent de passer d'un projet à l'autre, sans trop attendre. Il semble bien que Jean-Marc Vallée soit en voie de survivre à Hollywood et d'y laisser une empreinte durable - sans jamais oublier d'où il vient: à chaque fin de tournage, il revient à Montréal pour faire toute la postproduction. Ça l'honore.

Démolition prend l'affiche vendredi.

Démolition repose évidemment beaucoup sur les épaules de... (Fournie par VVS Films) - image 2.0

Agrandir

Démolition repose évidemment beaucoup sur les épaules de son acteur principal, Jake Gyllenhaal, un acteur caméléon extrêmement doué.

Fournie par VVS Films

Du grand au petit écran

Lors de notre entrevue en septembre, Jean-Marc Vallée était bien content de prendre une pause en raison des délais de production de Janis - Get It While You Can, son drame biographique sur Janis Joplin. «Tout ça fait mon affaire», avait-il soupiré. Et que comptait-il faire? «Rien, man.» Mais, finalement, le repos aura été de courte durée puisque le réalisateur devrait enchaîner avec deux séries pour le petit écran.

Le réalisateur québécois tourne en ce moment Big Little Lies, dont il est aussi le producteur exécutif. La série en sept épisodes, qui sera diffusée par la chaîne spécialisée HBO, met en vedette Reese Witherspoon (qu'il a dirigée dans Wild) et Nicole Kidman. On retrouvera aussi Alexander Skarsgård, Shailene Woodley, Laura Dern et Zoë Kravitz. Toute une distribution!

Scénarisée par David E. Kelley (Ally McBeal) d'après le roman de Liane Moriarty, la série a pu disposer de 92 jours de tournage. Ce qui a permis à Vallée d'y apposer sa signature caractéristique, a-t-il confié récemment à La Presse. «On m'a donné carte blanche totale.»

Big Little Lies est une comédie grinçante relatant le parcours de trois mères de jeunes enfants. Leurs vies en apparence parfaites empruntent un virage inattendu le jour où elles sont impliquées dans une histoire de meurtre.

Série de prestige

Jean-Marc Vallée devrait ensuite réaliser une autre série de prestige, Sharp Objects avec Amy Adams (Arnaque américaine). Il s'agit d'une adaptation en huit épisodes du premier roman de Gillian Flynn (Gone Girl). Il n'y a encore aucun diffuseur annoncé à propos de cette histoire sur une journaliste qui, après avoir brièvement subi des traitements psychiatriques, doit réaliser un reportage dans sa ville natale, où deux adolescentes manquent à l'appel.

Aux dernières nouvelles, Get It While You Can n'est pas mort. C'est Amy Adams qui doit interpréter Janis Joplin, chanteuse emblématique des années 60, morte d'une surdose le 4 octobre 1970 à 27 ans. Une histoire rock'n'roll, c'est en plein dans les cordes de Jean-Marc Vallée.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer